Le douloureux combat des porteurs de VIH

dimanche 20 octobre 2019 à 19:05
Source de l'article : Liberte-algerie.com

Malgré les avancées médicales et sociales enregistrées dans le monde en termes de lutte contre le sida, de prise en charge des porteurs de VIH, de sensibilisation des sociétés sur la maladie, l’Algérie reste dans le lot des pays qui accusent un sérieux retard dans le domaine et continuent d’avoir peur de leurs malades.

“Il y a un monde entre ce qui se dit et la réalité du terrain. Beaucoup prétendent que l’Algérie a enregistré de sérieuses avancées dans la prise en charge des séropositifs. Il n’en est rien. Du moins à Oran”, s’indigne Ahlem Azzi, présidente de l’association “Rêve de vivre positive” au cours d’une rencontre avec Liberté. Les raisons de cette indignation ? “Je peux vous en citer des dizaines : récurrence des ruptures de stock de médicaments, mauvais accueil réservé aux nouveaux malades, manque d’accompagnement psychologique, manque de matériel médical qui oblige les malades à recourir au privé, absence de répondant de la part des institutions officielles… Mais surtout, l’indifférence dont beaucoup font preuve à l’égard de notre situation”, déplore-t-elle.

L’urgence d’un réapprovisionnement en médicaments
La semaine passée, nous faisions état d’une nouvelle rupture de stock qui a touché l’ensemble des médicaments composant le traitement des séropositifs, Duovir (Lamivir+Zudovir), Stocrin, Aluvia, Triomine et Raltégravir. Ne restait qu’une petite quantité d’une formule de trois molécules pour moins d’une semaine (Daru, Prezista et Truvada).

“Ce traitement permet aux porteurs de VIH de garder la charge virale inférieure à 20 copies par millilitre de sang et, donc, de ne pas transmettre le virus”, explique Ahlem Azzi. Selon les scientifiques, une personne séropositive sous traitement, qui a une charge virale indétectable depuis plus de six mois, ne risque pas de transmettre le virus. “Mais lorsque, comme aujourd’hui, les malades ne prennent pas leurs médicaments à cause de la rupture de stock, la charge de virus augmente et menace leur santé…”, s’alarme notre interlocutrice.

Depuis plusieurs semaines, Ahlem Azzi et d’autres bénévoles de l’association multiplient les actions pour attirer l’attention des autorités sur l’urgence de la situation. “Nous avons saisi la direction du CHU d’Oran, le ministère de la Santé, l’Onusida, mais jusqu’ici, nous n’avons pas eu de réponse ferme”, s’inquiète-t-elle en annonçant une action de protestation pour les prochains jours si aucune mesure n’est prise pour débloquer la situation.

En outre, notre interlocutrice s’étonne du fait que ces ruptures de stock ne touchent pratiquement que la wilaya d’Oran qui comprend quelque 6 000 malades provenant de tout l’ouest du pays. “Au Centre ou à l’Est, nous n’avons jamais entendu parler d’un manque de médicaments”, affirme-t-elle en suggérant une mauvaise gestion dans l’approvisionnement.

Le regard qui pousse à la “harga”
L’attitude de l’autre constitue également l’un des grands problèmes auxquels les porteurs de VIH sont confrontés, y compris dans le milieu médical. “Un dentiste a refusé de m’extraire une dent quand je lui ai dit que je portais le virus. Un ami, résidant à Mascara, a dû se faire opérer de l’appendicite dans une clinique privée parce que l’hôpital de sa ville a refusé de ‘prendre le risque’ lorsqu’il a informé les médecins de sa pathologie. Cet ami a pu payer les 70 000 DA, mais qu’en est-il de tous ceux qui n’ont pas les moyens d’aller chez le privé ?” s’interroge un porteur de VIH qui a requis l’anonymat.

Hakim, appelons-le ainsi, affirme être en paix avec lui-même et avec sa maladie. “Lorsque j’ai appris que je l’avais contracté, j’ai informé tous les miens. Ma femme, mes enfants, mes parents sont au courant et ils sont suffisamment sensibilisés. Mais je constate qu’il y a encore un gros travail à faire qunat à la sensibilisation de la société et au changement des mentalités”, déplore-t-il en s’inquiétant que le corps médical n’ait pas du tout évolué.

“Que le citoyen lambda ait encore peur du sida, cela peut se comprendre. Mais que des médecins refusent d’apporter des soins par peur d’être contaminés, ce n’est pas normal”, déclare-t-il en regrettant le retard pris par l’Algérie dans le travail de sensibilisationconcernant les maladies sexuellement transmissibles. Un retard qui, affirme-t-il, a poussé des porteurs du virus à tenter la harga à bord de barques de fortune pour vivre dans un monde plus tolérant.

“J’en connais au moins six qui ont réussi à traverser la mer cette année et à s’installer à l’étranger. Leurs parents nous donnent régulièrement de leurs nouvelles : ils sont convenablement pris en charge sur le plan médical et, socialement, ils ne craignent plus le regard culpabilisateur.” Selon les chiffres fournis par l’association “Rêve de vivre positive”, l’Oranie compte plus de 6000 porteurs de VIH déclarés et traités à Oran.

“Mais la réalité peut être plus grave. En raison des préjugés et des peurs, les Algériens ne font pas le test de dépistage et beaucoup peuvent être des porteurs qui s’ignorent. Ce qui complique la situation, parce qu’un malade qui s’ignore ne prend pas de traitement et la charge virale peut augmenter jusqu’à devenir mortelle”, rappelle Ahlem Azzi, en insistant sur l’importance du dépistage.

S. Ould Ali

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