Jeu de chaises musicales dans la presse publique. Abdelmadjid Cherbal, directeur du quotidien gouvernemental El-Moudjahid depuis 2005, a été limogé mardi 5 avril de son poste par les pouvoirs publics, a appris DNA auprès de journalistes du quotidien.
Il été remplacé par Naâma Abbas, directrice de l’autre quotidien public Horizons. Larbi Timizar, rédacteur en chef d’El-Moudjahid, prend la place de Mme. Abbas à la tête d’Horizons.
Le limogeage de M. Cherbal intervient suite au mouvement de protestation enclenché par le personnel d’El Moudjahid. Mardi 5 avril, les salariés du journal ont observé un arrêt de travail. Massés dans les locaux de leur quotidien, le personnel, notamment des journalistes, menaçait de perturber l’apparition du journal.
Ce mouvement de protestation outre qu’il constitue un épisode rare dans l’histoire ce quotidien gouvernement tombait au plus mal pour la direction obligée d’assurer la couverture de la visite du Président Boutefliak à Tamenrasset, dans le sud d’Algérie
Aussitôt le limogeage du directeur d’El Moudjahid entériné, la mouvement de protestation a pris fin. En fin d’après midi, les journalistes et autre personnel ont repris du service. « Nous avons décidé de reprendre notre activité à la faveur de la satisfaction de nos revendications socioprofessionnelles », ont souligné les délégués du collectif, cité par APS.
Curieusement, la même agence n’a rien soufflé sur le limogeage d Abdelmadjid Cherbal.
La satisfaction des revendications des employés du quotidien intervient après l’intervention du ministère des Communication, Nacer Mahel.
Celui-ci, assurent des journalistes, a exhorté le nouveau conseil d’administration du quotidien à répondre favorablement aux revendications du personnel du quotidien public, devenu une Société par actions (SPA).
Lundi 4 avril, le collectif des travailleurs d’El-Moudjahid, qui regroupe journalistes et personnel technique, avait « décidé à l’unanimité d’aller vers un arrêt de travail » pour dénoncer « les agissements malhonnêtes et la mauvaise foi des responsables », selon un communiqué.
La grogne au sein d’El Moudjahid a commencé mardi 22 mars, lorsque 80 salariés des services administration, rédaction, documentation, régie publicitaire et parc automobile, ont décidé d’observer un sit-in de protestation devant le siège du journal à Alger.
Dans une lettre adressée au directeur général du quotidien public, dont DNA s’est procurée une copie, les salariés avaient dénoncé de « graves dérives et dépassements que connaît [leur] journal, et qui n’ont fait qu’empirer ces dernières années, des dérives qui ont conduits notamment (…) à une gestion basée sur la favoritisme, le clientélisme, le népotisme, avec une absence totale d’éthique et un mépris affiché envers le collectif ».
A Abdelmadjid Cherbal, désormais ex-directeur général du journal, les travailleurs lui reprochaient d’avoir bafoué leurs droits depuis en installation la tête du journal.
Les travailleurs accusaient, dans la même missive, les cadres responsables d’être à l’origine de plusieurs injustices. « Ces dernières années, le collectif est considéré comme une bande de parasites alors que vous connaissez très bien qui sont les véritables parasites grassement rétribués à notre détriment, et qui sont devenus, par on ne sait quel miracle, de grands propriétaires et riches notables expatriés », contre-attaquaient les rédacteurs de la lettre.
Dans leur plate forme de revendication, le collectif créé à cette occasion réclamait le reclassement et la régularisation des travailleurs, selon l’ancien et le plan de carrière, la permanisation des contractuels, la réactualisation des primes et indemnités, la revalorisation du poste de travail, l’accès au congé divers à l’ensemble du personnel affilié à la rédaction.
Les travailleurs exigeaient par ailleurs le rétablissement à 30 % de la prime de rendement individuel, l’« allégrement distribué à ces mêmes favoris », le rétablissement des frais de mission à 100 %, la révision du statut des correspondants régionaux, l’affichage des sommes et des modalités de distribution de la prime de bénéfice annuel et la cessation de « l’ingérence de la photographe parachutée responsable, sans niveau, ni qualification, dans la gestion de la rédaction ».
Crée durant la guerre d’Algérie, le journal francophone El Moudjahid est devenu un quotidien en juin 1965, peu de temps après le coup d’Etat qui a renversé le président Ahmed Ben Bella.
Devenu organe central des autorités algériennes, «El Moudj » a formé plusieurs générations de journalistes algériens dont certains travaillent encore aujourd’hui dans la presse privée.
Doté d’une rotative qui imprime à des millions d’exemplaires plusieurs titres de la presse francophone et arabophone, El Moudjahid est une entreprise florissante.
