Le conflit se durcit avec les rebelles libyens : Alger devra payer cher son soutien à Kadhafi

Le conflit se durcit avec les rebelles libyens : Alger devra payer cher son soutien à Kadhafi

Rien ne va plus entre les rebelles libyens et les officiels algériens. Et c’est le porte-parole militaire des insurgés libyens, le colonel Ahmed Omar Banni, qui remet une louche ce dimanche soir lors d’une conférence de presse tenue à Benghazi, bastion rebelle dans l’Est libyen. Le différent entre les rebelles libyens et les autorités algériennes confine désormais à un conflit ouvert entre deux pays qui partage les mêmes frontières.

« Nous avons prouvé au monde que nous méritions d’être reconnus et les pays puissants l’ont fait, les autres, nous n’attendons pas leur reconnaissance. Un jour viendra où ils devront répondre de leur attitude vis-à-vis des révolutionnaires libyens », a déclaré dimanche soir le colonel Ahmed Omar Bani. L’allusion aux officiels algériens est très claire.

« Nous faisons une distinction entre le grand peuple algérien et le gouvernement algérien (…) Les Algériens nous ont reconnu comme combattants de la liberté et libérateurs de notre pays », a affirmé le colonel Banni.

« Les Algériens savent qu’il y a des tombes de Libyens en Algérie, tombés aux côtés des Algériens lors de leurs combats pour l’indépendance », a-t-il encore souligné.

C’est la deuxième déclaration incendiaire du colonel Banni à l’égard du pouvoir algérien. Invité jeudi 25 août par la chaîne BBC à commenter la décision des autorités algériennes de ne pas reconnaître pour l’heure le CNT, Ahmed Omar Banni a été cinglant à l’égard du président Bouteflika.

«Nous n’avons pas besoin que Bouteflika nous reconnaisse personnellement. Le peuple algérien s’en est déjà chargé. Il nous suffit de constater que le (grand) peuple algérien, lui, nous reconnaît, et nous prend pour exemple », a-t-il expliqué.

La réaction d’Omar Banni faisait écho à des informations faisant état de la décision du gouvernement algérien de ne pas reconnaitre pour l’heure les rebelles libyens comme nouveau pouvoir en Libye.

Alger conditionne la reconnaissance officielle du CNT à l’engagement de celui-ci à lutter contre Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI). Ce qui irrite fortement les représentants des rebelles.

« Cette histoire d’Al Qaîda en Libye n’est qu’un tissu de mensonges, car Al Qaïda n’existe pas en Libye, expliquait encore à la BBC Omar Banni. Nous ne pouvons pas, par conséquent, faire la guerre à un ennemi qui n’existe ni sur le terrain et encore moins dans nos esprits.»

Dans sa première réaction officielle après l’entrée le 21 août des rebelles dans Tripoli, Alger avait souligné vendredi 26 août observer une « stricte neutralité en refusant de s’ingérer, de quelque manière que ce soit, dans les affaires intérieures » de la Libye.

Depuis le début de l’insurrection contre le colonel Kadhafi, les représentants de la rébellion libyenne entretiennent une relation tendue, pour ne pas dire exécrable, avec le pouvoir algérien. Celui-ci a été accusé de soutenir le régime de Kadhafi par l’envoi d’armes, de munitions ainsi que par le concours de mercenaires.

Alger a opposé à chaque fois des démentis fermes à ces allégations qui, du reste, n’ont jamais été étayées par des faits ou des preuves avérés.

Au-delà des accusations et contre-accusations, au-delà des déclarations et des démentis des uns et des autres, l’avenir des relations entre l’Algérie et la Libye, pays voisins et frontaliers, est désormais inscrit dans le conflit.