Saâd-Eddine El Othmani, nouveau ministre marocain des affaires étrangères et de la coopération, est attendu aujourd’hui à Alger pour une visite officielle de deux jours. Il s’entretiendra dans un premier temps avec son homologue algérien, Mourad Medelci, puis sera reçu par Bouteflika.
La question de la réouverture des frontières terrestres, à laquelle tient le Maroc, figurera sans nul doute au menu de ces entretiens.
Il s’agit de la première visite officielle à l’étranger du nouveau chef de la diplomatie marocaine qui témoigne du dégel des relations entre les deux pays, malgré la persistance de nombreux contentieux. Un dégel qui, rappelons-le, a été engagé depuis quelques mois avec l’ancien gouvernement marocain.
Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Amar Belani, dans un communiqué à l’APS, cette visite s’inscrit dans le cadre de «la dynamique constructive engagée par les deux pays à travers l’échange de visites ministérielles et la concertation pour raffermir les liens de fraternité et de coopération qui unissent les deux peuples frères».
Ainsi, à l’ordre du jour de cette visite, outre les relations bilatérales, les deux ministres devront essentiellement examiner, d’une part, «les voies et moyens susceptibles de relancer l’Union du Maghreb arabe en réorganisant certaines de ses institutions et de ses mécanismes en vue d’une meilleure efficacité», d’autre part, «les questions régionales et internationales d’intérêt commun», a ajouté le porte-parole de la diplomatie algérienne.
La reconstruction de l’UMA : une priorité de l’Algérie
Par ailleurs, le choix de l’Algérie comme première destination étrangère du ministre issu du parti islamiste Justice et Développement, n’est pas tout à fait fortuite puisqu’elle intervient dans un contexte où les gouvernants des deux pays ont affiché leur volonté d’enterrer la hache de guerre. A ce sujet, à l’occasion de la célébration du 56e anniversaire de l’Indépendance du Royaume chérifien, en novembre dernier, le président de la République, dans un message de vœux au souverain marocain, a réitéré sa volonté de raffermir, de concert avec lui, les relations de coopération entre les deux pays. De plus, le 17 avril dernier, Bouteflika a déclaré depuis Tlemcen qu’il n’existait pas de problème entre l’Algérie et le Maroc : «Le problème du Sahara occidental est un problème onusien. Le Maroc est un pays voisin et frère. Il faut coopérer et nous devons coopérer avec lui».
Concernant l’Union du Maghreb arabe (UMA) qui est en panne depuis plusieurs années et qui regroupe l’Algérie, la Tunisie, la Libye, le Maroc et la Mauritanie, elle tente de prendre un nouvel essor après les bouleversements dans la région au lendemain du printemps arabe. Lors de son discours prononcé le 14 janvier dernier à Tunis où il a pris part aux célébrations du premier anniversaire de la révolution tunisienne, le Président Bouteflika a mis en relief la ferme détermination de l’Algérie à relancer l’Union maghrébine.
A ce propos, le chef de la diplomatie algérienne avait annoncé, lors de son dernier passage sur les ondes de la radio nationale Chaîne III, qu’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb arabe (UMA) aura lieu fin février au Maroc, affirmant que «l’UMA est une construction qui passe par une nouvelle organisation de nos rapports, une modification de certaines de nos institutions et la création de nouveaux mécanismes (…) Les changements survenus en Tunisie, en Libye et dans d’autres pays arabes ne peuvent que nous encourager à accélérer la construction de l’UMA». Abordant la question de la fermeture des frontières, Medelci avait affirmé que «la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc n’a jamais été une décision définitive. Le rapprochement qui s’opère avec le Maroc va se consolider avec le nouveau gouvernement marocain. Toutes ces évolutions travaillent à une normalisation à terme des relations entre Alger et Rabat».
Rabat souhaite une «normalisation complète» des relations avec Alger
En froid depuis un certain nombre d’années, Rabat a émis ces derniers temps son souhait de voir «normalisées» les relations entre les deux pays «voisins». La plus récente intention a émané de l’ancien ministre marocain des Affaires étrangères, Taeib Fassi Fihri, qui, au lendemain d’un entretien avec Mourad Medelci à Rabat, en marge d’une réunion extraordinaire de la Ligue Arabe sur la crise syrienne, bien que regrettant le «maintien des frontières fermées», avait en effet jugé que «quelles que soient les divergences, il est anormal de ne pas avoir une relation normalisée avec un pays voisin (…) Nous avons décidé de l’importance de conforter le dialogue politique par rapport à certaines questions arabes», notamment dans «la région sahélo-saharienne». Plaidant pour une reconstruction d’un Maghreb arabe, l’ancien chef de la diplomatie marocaine avait alors indiqué que cette reconstruction se ferait à travers un «nouvel ordre maghrébin qui tienne compte des changements intervenus en Libye et en Tunisie, mais aussi des aspirations des cinq peuples à un meilleur cadre de vie dans un Maghreb intégré».
Pour sa part, le roi Mohamed VI, dans son discours du 6 novembre dernier, a invité l’Algérie à coopérer «dans le cadre de la dynamique actuelle» pour la construction d’un Maghreb nouveau qui serait un «véritable moteur de l’unité arabe» capable d’assurer la «stabilité et la sécurité dans la zone sahélo-saharienne». En outre, cette visite du chef de la diplomatie marocaine à Alger est aussi une réponse à l’appel du nouveau chef du gouvernement marocain, pour qui le rapprochement est nécessaire pour résoudre le problème du Sahara occidental. «Si nos différends avec l’Algérie sont réglés avec l’ouverture des frontières, le problème du Sahara sera résolu. La fraternité avec l’Algérie résoudra tous les problèmes», a-t-il déclaré.
Des échanges en-deçà des opportunités
En outre, concernant le volet coopération algéro-marocaine, depuis quelques mois les deux pays se sont engagés sur la voie de la réconciliation après des années de brouille qui ont suivi la fermeture de la frontière terrestre en août 1993. En effet, une coopération a été engagée depuis plusieurs mois dans plusieurs domaines, notamment l’agriculture, la pêche et l’énergie. Dans ce contexte, l’ancien ministre marocain des Affaires étrangères avait estimé que «ce processus se déroule bien et nous pensons qu’il débouchera sur une normalisation complète de nos relations (…) Les deux pays décideront dans un avenir très, très proche de la prochaine étape de ce processus». Cependant, les échanges commerciaux entre les deux pays restent dérisoires. En 2010, la part des échanges commerciaux avec l’Algérie dans les réalisations globales du Maroc se limitait à 2% pour les importations et 1% pour les exportations. Durant la même année, le Maroc a importé près de 5,9 MDH, soit 59 milliards DA de produits algériens, entre janvier et novembre, contre près de 5 MDH (50 MDA) de marchandises durant la même période en 2009, soit une évolution de 18,27%. Pour ce qui est des exportations de janvier à novembre 2010, le Maroc a exporté près de 9,6 MDH de marchandises (96 MDA), contre 9,4 MDH (94 MDA) l’année précédente, soit une évolution de 2,05%. Le Maroc exporte essentiellement des acides phosphoriques, des fils et câbles électriques, des produits alimentaires divers, et importe d’Algérie du gaz, du cuivre et des dattes.
Une visite, des questions…
De cette première visite du chef de la diplomatie marocaine découleront de nombreuses questions dans l’opinion publique. Tout le monde sait que les relations algéro-marocaines restent des plus complexes. Pourtant, ce ne sont les intérêts communs qui manquent. Est-ce le début d’une nouvelle page dans les relations entre les deux pays ? Les échanges économiques mis en route dernièrement sont-ils un gage de bonne volonté pour de meilleures relations bilatérales ? Les frontières, seront-elles ouvertes à l’issue de cette visite ? Sachant que Rabat en fait sa fixation première, quelle sera la réponse d’Alger ? Concernant le Sahara occidental, considéré comme l’un des dossiers majeurs figurant dans le contentieux entre Alger et Rabat, les deux parties trouveront-elles un terrain d’entente sur la question de l’autodétermination du peuple sahraoui ? Arriveront-elles à surmonter cet obstacle politique ?
Par Lynda Naili Bourerbab
Réunion des ministres des AE de l’UMA le 17 février à Rabat
La réunion regroupant les ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb arabe (UMA) que préside actuellement la Libye, se tiendra «probablement» le 17 février 2012 à Rabat, a indiqué hier à Alger le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel. Ce dernier fera savoir que l’Algérie a demandé à inscrire les questions sécuritaires à l’ordre du jour de la réunion.
Lynda N. B.
