La séance du Conseil de sécurité de l’ONU, mercredi dernier, a été marqué par un moment de forte émotion. L’ambassadeur d’Algérie auprès des Nations unies, Amar Bendjama, a lu, la voix brisée, la lettre d’adieu que la journaliste palestinienne Mariam Abu Daqqa a laissée à son fils Gaith, avant qu’elle meure lors d’une frappe israélienne sur l’hôpital Nasser de Gaza.
Mariam Abu Daqqa, 33 ans, figure parmi les cinq journalistes assassinés lors de ce bombardement, qui a couté la vie à 20 civiles. Quelques jours avant sa mort, elle avait publié un message à son fils de 13 ans :
« Tu es le cœur et l’âme de ta mère. Quand je mourrai, prie pour moi, ne pleure pas pour moi. Et lorsque tu grandiras, lorsque tu te marieras et que tu auras une fille, appelle-la Mariam, comme moi. »
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Des accusations directes contre Israël
Visiblement ému, Amar Bendjama a dénoncé avec force la politique israélienne visant à réduire au silence la couverture médiatique du drame palestinien.
« Mariam n’avait pour armes qu’une caméra et un gilet de presse. Israël veut éteindre les voix de Gaza, cacher le génocide et la famine », a-t-il martelé.
Selon les chiffres rappelés par le diplomate, le génocide a déjà tué 245 journalistes depuis le début de l’offensive. En aout dernier, six autres reporters ont péri dans des frappes ciblées.
« Ils ne portaient que des mots et des images. Pourtant, ils ont été éliminés dans l’indifférence de ce Conseil », a-t-il fustigé.
Gaza, « un enfer vivant »
Au-delà du sort des journalistes, l’ambassadeur algérien a souligné la situation humanitaire catastrophique. Il a cité l’exemple bouleversant du petit Yazan Abu Foul, âgé de deux ans, photographié, émacié et agonisant dans les bras de son père, symbole de la famine imposée à Gaza.
« Ce n’est plus une zone de guerre, c’est un enfer vivant », a-t-il déclaré, reprochant au Conseil de sécurité d’être devenu « un théâtre de lamentations » incapable d’agir concrètement.
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Amar Bendjama a exhorté la communauté internationale à exiger immédiatement un cessez-le-feu, à acheminer une aide humanitaire massive et à stopper « un génocide qu’on ne peut plus ignorer ».
« Échouer, c’est être complice. Retarder, c’est accepter la honte. Arrêter un génocide n’est pas un choix, mais une obligation », a-t-il martelé.
Condamnations internationales et inaction américaine
La réunion, consacrée à la catastrophe humanitaire à Gaza, a vu 14 membres du Conseil de sécurité condamner « l’usage de la famine comme arme de guerre » et appeler à un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et permanent, ainsi qu’à la libération des otages et à une augmentation de l’aide humanitaire.
Les États-Unis ont été le seul pays à refuser de signer la déclaration commune, confirmant une fracture profonde au sein du Conseil.
Depuis octobre 2023, l’offensive israélienne a fait près de 63 000 victimes palestiniennes. L’enclave est ravagée par la guerre, plongée dans la faim et les épidémies. En novembre dernier, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son ex-ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Par ailleurs, Israël est poursuivi pour génocide devant la Cour internationale de Justice.