L’APN est sans président depuis le 2 juillet : Bouchareb a été évincé “sur instruction”

L’APN est sans président depuis le 2 juillet : Bouchareb a été évincé “sur instruction”

L’institution parlementaire, déjà paralysée depuis le début de la révolte populaire, entre dans une période d’illégalité avec la “démission” de son président. 

Avant de se résigner à remettre sa démission au bureau de la Chambre basse du Parlement, Moad Bouchareb a tenté de faire de la résistance. Celui qui est arrivé à la tête de l’APN par un coup de force opéré en octobre dernier contre Saïd Bouhadja a subi le même sort que son prédécesseur. Pressé depuis des semaines par les dirigeants de son parti, le FLN, pour démissionner officiellement “en réponse aux demandes du mouvement populaire”, le député de Sétif a temporisé. À des amis qui lui rendaient visite, il a toujours répondu qu’il attendait un “signal” d’en haut. Il était exactement dans la même situation que Saïd Bouhadja, qui, en pleine tourmente, répondait que, pour céder son poste, il fallait un coup de fil de la présidence de la République.

C’était en octobre 2018. Abdelaziz Bouteflika était encore en poste. Et il s’apprêtait à se représenter pour un cinquième mandat. Le mouvement du 22 février a tout changé. Comme le gouvernement, le président de l’APN a été obligé de se cacher. Alors, pour se débarrasser de l’homme, devenu encombrant car “faisant partie des symboles” de l’ère Bouteflika, les nouveaux maîtres du pays ont commencé par l’évincer de la tête du FLN qui lui a été offerte concomitamment. Ils ont réussi facilement à placer Mohamed Djemaï, député de Tébessa et un des symboles de l’intrusion violente de l’argent dans la sphère politique, à la tête du parti. La nouvelle direction du FLN s’est, dès lors, employée à essayer de déchoir Moad Bouchareb de la présidence de l’APN. Mais en l’absence d’un cadre réglementaire, la mission n’était pas facile. Malgré les innombrables interpellations, le député de Sétif a refusé de céder. Lundi dernier, des députés du FLN et d’autres partis de la défunte “alliance présidentielle” ont empêché la tenue d’une plénière.

Une pression supplémentaire sur un homme qui n’abdique pas malgré l’usage de la violence ; l’accès au cinquième étage, où se trouvent les bureaux du président et de l’administration de l’APN, a été obstrué. Cela ne suffisait pas. Dans la nuit de lundi à mardi, en revanche, la donne a changé. Alors qu’il s’apprêtait à quitter son bureau pour rentrer chez lui en début de soirée, il se rend compte que les policiers chargés de sa protection ont quitté les lieux. Il ne restait que le chauffeur et un accompagnateur. Il comprend alors que son sort est scellé.

Ce procédé qui consiste à retirer la garde rapprochée au président de l’APN a déjà été appliqué à Saïd Bouhadja, il y a déjà huit mois. Les méthodes n’ont donc pas changé. Une telle décision ne peut être prise que sur décision des hautes autorités du pays. Une preuve de l’implication du pouvoir exécutif dans la gestion d’un conflit interne à l’institution parlementaire qui se trouve ainsi,, une nouvelle fois, en dehors de toute légalité.

C’est en effet la première fois depuis plus de vingt ans que la clôture d’une session du Parlement se fait en deux temps. Le départ de Bouchareb étant acté, d’autres chapitres liés à la gestion de l’APN s’ouvriront. À commencer par son remplacement. Le “futur” président de la Chambre sera issu du FLN. On évoque Hadj-Laïb, Si Affif ou encore Mohamed Djemaï. En attendant, des enquêteurs de la Gendarmerie nationale sont attendus dans les bureaux de l’APN pour éplucher le dossier de la gestion de cette institution ces dernières années.

Ali Boukhlef