Des pistaches halal, du vinaigre halal, du poivre halal, des céréales halal… des produits de toutes sortes estampillés halal (licite, en arabe), font leur apparition dans les rayons des supérettes en Algérie. Une stratégie marketing tout droit venue de Malaisie, où, du vernis à ongles au tourisme en passant par l’eau, tout est garanti « halal ».
Notre Observateur en Algérie s’agace de ce nouveau phénomène.
Idir Tazerout, est journaliste et activiste. Son post interrogeant la définition du halal (« C’est quoi des pistaches halal, des pistaches égorgées selon les normes de l’islam ? ») a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
Post d’Idir sur Facebook
Extrait de réactions au post d’Idir
Il y a quelques semaines j’ai vu pour la première fois un sachet de pistaches avec la mention halal à la superette où je fais mes courses en Kabylie. J’ai refusé de l’acheter, cette mention m’a paru absurde, insensée. J’ai ensuite publié un post sur mon compte Facebook qui a reçu beaucoup de commentaires. Beaucoup d’amis étaient choqués comme moi et m’ont envoyé des photos de poivre et de vinaigre Hallal.
Madeleines halal vendues en Algérie
« Les industriels profitent de la religiosité de la société »
Que la viande qualifiée halal, car abattue selon le rite musulman, soit commercialisée comme telle, certes, mais jamais je n’aurai cru possible que des pistaches, vinaigre, et bientôt chaussures – il faut s’attendre à tout – soient certifiés halal ! Les industriels profitent de la religiosité de la société et poussent des consommateurs en quête d’une identité islamique toujours plus affirmée à acheter des produits dit ‘halal’. C’est, pour moi, une insulte à la religion !
Vinaigre halal importé de Turquie et vendu en Algérie.
Interrogé sur ce paquet de pistache halal importé de Turquie et vendu en Algérie, Faegheh Shirazi, chercheuse à l’Université de Texas et auteur de « Brand Islam : The Marketing and Commodification of Piety », ne semble aucunement étonnée.
Si les pistaches ont été traitées et emballées dans une usine qui traite et emballe des produits non halal (des chips aromatisées au porc par exemple) et que les pistaches sont emballées sur le même tapis où peuvent demeurer des résidus du produit non halal, la certification halal ne pourra être accordée. La certification halal ne dépend donc pas seulement de la nature du produit, mais également de son traitement, emballage, manutention et même transport, stockage et distribution.
Poivre halal vendu en Algérie
Les entrepreneurs du halal surfent sur un marché de 2 300 milliards de dollars
« Contrairement à une idée commune, la qualification halal ne se limite pas à l’abattage rituel de la viande. Elle définit les règles de la nourriture des musulmans et concerne aussi bien les types d’aliments autorisés, les règles d’hygiène, la façon dont l’argent a été obtenu pour acheter un produit, le respect de l’animal et de l’environnement… », souligne Florence Bergeaud-Blackler, chercheuse et auteur notamment de « Les sens du Halal : une norme dans un marché mondial » (éditions CNRS, Paris, 2015). C’est cette définition plus large du halal que des entrepreneurs, bien conscients du profit qu’ils peuvent en tirer, ont retenu. Le marché halal estimé à plus de 2 300 milliards de dollars en 2013, inclut désormais des produits cosmétiques, ménagers, le tourisme ou encore le secteur financier.
Glace halal à l’eau sacrée de Zamzam fabriquée en Malaysie.
Les Émirats ont suspendu l’importation d’eau halal, une qualification abusive
C’est en Asie du Sud-Est que le marché du halal, investi par les acteurs économiques et religieux, est particulièrement développé. Selon la chercheuse Florence Bergeaud-Blacker, l’explication se trouve peut-être dans « le rite chaféite, connu comme un des plus exigeants des quatre écoles juridiques en matière de pureté alimentaire…. » Ainsi, le halal s’applique à quasiment tous les consommables. On y trouve même de l’eau halal, l’eau zamzam puisée dans le puits de Zamzam à la Mecque, dont les publicités vantent l’extrême pureté. Mais tous ne s’accordent pas sur cette certification. Les Émirats arabes unis ont suspendu l’importation de ces bouteilles considérant abusive la qualification halal pour de l’eau.
L’eau réputée très pure de Zamzam
Le marché halal, produit de la mondialisation et de l’idéologie du libre-échange, dont la Malaise est la plaque tournante, n’épargne donc plus l’Algérie. Le pays, que des classements ne place qu’en 22e position en termes de tourisme halal sur la base de critères (tels que l’accès à la nourriture halal, toilettes avec eau propre pour des ablutions, service de restauration pendant le ramadan), tente de rattraper son retard. Un organisme public chargé de la certification des produits halal a récemment été mis en place. L’objectif étant de doter l’Algérie de son propre label halal et de promouvoir les produits algériens à l’export pour conquérir un marché qui compte près de 1,6 milliards de consommateurs.
Engouement pour le vernis halal commercialisé à travers le monde