L’Algérie révisera-t-elle ses prix du gaz face à la concurrence de Gazprom/Qatar ?

L’Algérie révisera-t-elle ses prix du gaz face à la concurrence de Gazprom/Qatar ?

Gaz algerie.JPGLes nouvelles mutations énergétiques mondiales ont un impact stratégique sur le devenir de l’Algérie mono exportateur d’une ressource soumise aux fluctuations erratiques du marché international.

Depuis plus d’une année la majorité des partenaires et notamment européens ayant conclu notamment des contrats à terme, qui arrivent bientôt à expiration font pression sur l’Algérie afin qu’elle révise à la baisse ses prix. Pourquoi ?

Le gaz algérien est soumis à la concurrence russe et qatarie.

1.- Après 50 années d’indépendance politique en 2012 c’est toujours une économie rentière malgré ses importantes potentialités : 98% d’exportation d’hydrocarbures à l’état brut et semi brut fin 2012 et important 70% des besoins des ménages et des entreprises qu’elles soient publiques ou privées, le tissu productif étant en déclin, moins de 5% de l’industrie dans le produit intérieur brut. Pour l’évolution des prix des hydrocarbures pétrole et gaz tout dépendra de l’évolution de la croissance de l’économie mondiale, de son modèle de consommation énergétique, de l’évolution du couple coûts/vecteur prix en termes réels tenant compte des fluctuations des monnaies clefs notamment du dollar déterminant pour la concurrence des énergies substituables, pouvant découvrir des milliers de gisements mais non rentables financièrement. Car il serait également illusoire pour l’Algérie de miser sur un prix du baril à prix constants de plus de 150 dollars qui serait un prix plancher de seuil de rentabilité pour encourager les énergies substituables.

2.- Dans la conjoncture actuelle, l’Algérie se trouve confrontée à une forte concurrence internationale qui limite forcément ses exportations futures notamment pour le gaz conventionnel , concurrence avec la Russie 30% des réserves mondiales concurrent direct de l’Algérie sur le marché européen dont les canalisations le North Stream inauguré le 8 novembre 2011 qui permet l’acheminement de gaz russe en Europe, dont le tracé, d’une longueur de 1 224 km, doit à terme permettre de transporter 55 milliards de mètres et le projet de South Stream, long au total de 3.600 km d’une capacité de 63 milliards de m3 de gaz, et d’un coût estimatif évalué à 15,5 milliards d’euros, concurrent direct de l’Algérie, il est destiné à livrer du gaz russe à l’Union européenne via la mer Noire, les travaux devant se terminer en 2015. Cela explique en grande partie, le gel du gazoduc algéro-italien Galsi via la Sardaigne, la raison officielle invoquée étant que pour des raisons d’écologie les élus se seraient opposés au tracé initial. Cela pose la problématique du prix de cession du gazoduc Transmed, en activité , passant la Sicile d’une capacité de 30 milliards de m3 par an qui devait être porté à plus de 34 milliards de mètres cubes gazeux fin 2010 et 40 milliards fin 2012. Sans compter la concurrence du Qatar entre 10/ 15% des réserves mondiales, l’entrée de nouveaux producteurs et surtout avec la révolution du gaz schistes qui risquent de bouleverser la carte énergétique mondiale. Par ailleurs, le rapport 2012 de l’AIE selon lequel les USA avec la révolution du gaz schiste (2ème réserve mondiale avec de 27.000 milliards de mètres cubes gazeux à faible profondeur et réduisant ses couts grâce aux canalisations sur tout le territoire US et surtout maitrisant la technologie) devrait être exportateur de pétrole vers 2017 et de gaz horizon 2020 concurrençant sérieusement les leaders actuellement l’Arabie Saoudite pour le pétrole et la Russie pour le gaz. Si les prévisions de ce rapport se vérifient, qu’en sera-t-il pour l’Algérie si le marché américain est fermé horizon 2017/2020 représentant plus de 35% de ses ventes en valeur contre 56% pour l’Europe ?

3.- Quant au projet Nigal Gazoduc d’environ 4500 km reliant la région de Warri (Nigeria) à l’Algérie et l’ Europe, 2500 km sur le territoire Algérien, 750 km sur le territoire du Niger, 1300 km sur le territoire Nigérian, prévu pour le transport de 20 à 30 milliards de m3 par an en majorité vers le marché européen, qui devait être opérationnel en 2015, outre les conflits frontaliers en Afrique subsaharienne et dont le cout initialement prévu par la société PENSPEN, entre 5 à 7 milliards de dollars dépasse selon certaines estimations en 2012 les 15 milliards de dollars à prix constants, une étude de l’Institut français des Relations Internationales réalisée par Benjami Augé en mars 2010, (voir site Ifri) l’estimant même à 25 milliards de dollars, et qui devait bénéficier d’un apport financier européen, il est toujours en gestation. Pour le marché asiatique fort consommateur d’énergie, là aussi nous retrouvons la dynamique de Gazprom et du Qatar concurrent de l’Algérie, dans la pratique des affaires n’existant pas de sentiments. Pour la Chine, recelant la première réserve mondiale de gaz schiste (45.000 milliards de mètres cubes gazeux toujours selon l’AIE) et les négociations encours entre Gazprom et China National Petroleum le projet de gazoduc Altaï entre l’Ouest de la Sibérie et le Sichuan à l’Ouest de la Chine d’une capacité de 30 milliards de mètres cubes gazeux devant faire passer la part du marché russe de 3% à 30%. Long de près de 7000 kilomètres, le coût étant évalué, selon différentes estimations à environ 14 milliards de dollars. Le Qatar est un autre concurrent proche de l’Asie avec des capacités du double au triple des capacités de GLN algérien réduisant substantiellement ses couts, sans compter les couts de transport, l’Algérie devant contourner toute la corniche de l’Afrique avec des couts de transport importants.

4.- Ainsi, depuis trois à quatre années, nous assistons dès lors à une déconnexion du prix du gaz par rapport à celui du pétrole, clause contenue dans les contrats à moyen terme de l’Algérie avec ses partenaires, contrats qui expirent entre 2013/2014. D’où actuellement des pressions pour que l’Algérie révise ses prix de cession à la baisse face à la concurrence de Gazprom dont une fraction de ses exportations est livrée aux prix du marché spot. Et ce en prévision de l’expiration des contrats à moyen terme. Cela concerne Gaz de France mais également Endesa et d’Iberdrola qui selon l’agence Reuters en date du 25 novembre 2012, dans le projet du gazoduc Medgaz entre l’Espagne et l’Algérie, seraient sur le point de vendre leurs participations en raison de la crise qui sévit en Europe notamment en Espagne préférant acheter sur le marché spot le gaz du Qatar et du Nigeria. Cela pose un grand problème stratégique pour l’Algérie dans la mesure où les investissements dans le gaz sont très capitalistiques et à maturation lente. D’où l’urgence de diversifier l’économie algérienne réhabilitant l’entreprise créatrice de richesses et son soubassement la valorisation du travail et l’intelligence au lieu de la distribution de rentes pour une paix sociale éphémère, en levant les contraintes d’environnement dont la bureaucratie étouffante, le système financier inadapté, le foncier et ce pour réaliser rapidement la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre de cette Re-mondialisation irréversible.

Dr Abderrahmane Mebtoul