Longtemps cantonné au second plan des ressources énergétiques nationales, l’hélium algérien change aujourd’hui de statut. Porté par une demande mondiale en pleine effervescence et par les bouleversements géopolitiques qui redessinent les circuits d’approvisionnement, ce gaz rare, extrait comme sous-produit du gaz naturel, place désormais l’Algérie parmi les partenaires que les grandes puissances industrielles ne peuvent plus ignorer.
Les chiffres publiés par l’institut américain des études géologiques le confirment sans ambiguïté. Entre 2021 et 2024, l’Algérie a couvert 10% des importations américaines d’hélium. Une part qui témoigne d’une ascension progressive sur un marché resté longtemps verrouillé par une poignée de producteurs.
Marché de l’hélium : derrière le Canada et le Qatar, l’Algérie se taille une place de choix dans le panier américain
Le marché de l’hélium reste structurellement concentré. Selon les données de l’institut géologique américain, les États-Unis ont importé en moyenne 10% de leur hélium d’Algérie entre 2021 et 2024, le Canada en a fourni 47%, le Qatar 28% et la Chine 5%. Cette répartition situe clairement l’Algérie derrière les deux géants nord-américain et qatari, mais devant la Chine, dans un secteur où chaque point de pourcentage représente un enjeu économique considérable.
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Cette position s’explique par les réserves du pays. L’Algérie occupe le quatrième rang mondial en la matière, avec environ 8 milliards de mètres cubes de réserves et une production annuelle de 11 millions de mètres cubes. Un potentiel que le groupe public Sonatrach entend désormais valoriser davantage, dans un contexte où la demande internationale ne cesse de croître.
Pourquoi la demande mondiale d’hélium explose depuis février dernier ?
Depuis février dernier, le marché mondial de l’hélium traverse une période de forte instabilité. Deux facteurs principaux expliquent ce bouleversement. L‘évolution de la situation géopolitique au Moyen-Orient, qui a perturbé les circuits d’exportation traditionnels. Ainsi que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui a resserré l’offre disponible sur le marché international.
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Conséquence directe de ce déséquilibre entre l’offre et la demande. Les cours de l’hélium ont grimpé d’environ 50%. Cette flambée des prix s’explique en grande partie par la montée en puissance des industries de pointe et par la course mondiale à l’intelligence artificielle, deux secteurs particulièrement gourmands en volumes d’hélium.
L’Algérie, nouvelle destination de repli face à l’arrêt des exportations qataries
L’arrêt des exportations en provenance du Qatar, conjugué au resserrement de l’offre chinoise, a rebattu les cartes du marché mondial. Les acteurs internationaux, contraints de diversifier leurs sources d’approvisionnement, se tournent alors vers de nouveaux fournisseurs capables de garantir une certaine stabilité. L’Algérie profite pleinement de cette reconfiguration géopolitique et s’impose comme une destination privilégiée pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en cette ressource critique.
Cette opportunité économique s’appuie sur un atout structurel. L‘hélium algérien provient directement de l’exploitation du gaz naturel, ce qui confère au pays un avantage compétitif difficile à égaler pour des concurrents dépourvus de telles ressources gazières.
Semi-conducteurs, imagerie médicale, intelligence artificielle : les usages qui rendent l’hélium stratégique
L’hélium n’est plus un simple gaz industriel parmi d’autres. Sa rareté et ses propriétés physiques uniques en font une ressource stratégique pour plusieurs secteurs de pointe :
- La fabrication de semi-conducteurs, où il sert au refroidissement et à la purification des composants
- Les équipements médicaux de haute précision, notamment les appareils d’imagerie par résonance magnétique
- Les technologies liées à l’intelligence artificielle, dont le développement nécessite des infrastructures gourmandes en refroidissement
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Cette diversification des usages explique pourquoi les grandes économies industrielles cherchent aujourd’hui à multiplier leurs sources d’approvisionnement plutôt que de dépendre d’un nombre restreint de fournisseurs.
Le dossier de l’hélium n’échappe pas à l’attention des autorités algériennes. Lors d’une réunion du conseil des ministres tenue fin mai dernier, le président de la République a fixé un nouveau cap pour ce secteur, avec l’objectif assumé de renforcer la présence du pays sur le marché international de cette ressource.
