La Transformation Numérique L’Algérie a les moyens pour être un acteur incontournable

jeudi 14 décembre 2017 à 22:27
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Dans cette première partie, Ali Kahlane, président de l’Association des opérateurs des télécoms alternatifs, dresse un «état des lieux» de la transformation numérique en Algérie.
Notre pénétration sur les lignes fixes s’est relativement améliorée depuis 2015 par rapport à des pays comparables au nôtre. Nous jouissons d’une télédensité du mobile de l’ordre de 117,5%, l’une des plus grandes d’Afrique, et d’un taux de pénétration à internet de 45.5%, utilisateurs fixes et mobiles confondus (75,5% si on inclut les multipuces). Par contre, la pénétration en termes d’abonnés à l’internet fixe illimité de type ADSL, Wimax et VSAT, rapportée au nombre d’habitants, est de l’ordre de 7,3%. Ce dernier pourcentage est celui que les institutions internationales spécialisées (IUT, Banque mondiale, WEF…) documentent dans leurs rapports et que les classements prennent en compte, car il correspond à une connexion physique sur le téléphone fixe ou fibre optique et représente mieux l’appropriation des TIC par un pays lorsqu’il est comparé aux autres et à ses propres résultats passés. L’Algérie fait des avancées importantes pour une meilleure connectivité et une bande passante adéquate. En 6 ans, nous sommes passés de 44 000 km de fibre optique installée à plus de 85 000 km déployée par Algérie Télécom seule. D’une bande passante internationale de 67 Gbps à plus de 1.1 Tbps (1 100 Gbps) avec une bande passante nationale de plus de 1400 Gbps (1,4 Tbps). Cette dernière est plus importante que l’internationale car un effort particulier a été fourni par Algérie Télécom pour interconnecter la majorité des communes d’Algérie (près de 1 500 sur les 1 541, d’après les chiffres du MPTTN), cette bande passante nationale est par contre peu ou prou utilisée, car la quasi-totalité de notre trafic internet vient et va vers l’international. Ce trafic international n’est pas encore atténué par l’installation d’un véritable centre d’échanges internet (AlGiX) qui a été lancé puis éteint pour des raisons inconnues. Il interconnecterait les différents fournisseurs d’accès à internet ce qui éviterait, par exemple, que le mail d’un client d’Algérie Télécom, habitant en Algérie, envoyé à un client d’Icosnet (ISP alternatif algérien) ne fasse le tour du monde avant d’arriver à son destinataire algérien. Une consommation de bande passante qui coûte de plus en plus cher parce que la demande nationale augmente régulièrement. Cette augmentation qui est de 50 à 60% par an depuis 2011 pourrait égaler ou même dépasser la bande passante nationale à plus de 1,5 Tbps d’ici l’année prochaine.

Les raisons du retard
La lenteur dans le développement de la téléphonie fixe en Algérie a fait basculer toute la demande vers une utilisation de l’internet mobile (qui) a explosé en nombre d’utilisateurs. Malgré ces résultats, l’association internationale GSMA relève dans une de ses études annuelles (GSMA Intelligence) que 51% des utilisateurs algériens de l’internet mobile estiment ne pas arriver à trouver du contenu local ou un contenu qui leur convienne. Parmi eux, 23% d’entre eux sont très peu ou pas instruits. Alors que 12% sont rebutés par le coût élevé des téléphones intelligents et/ou des services offerts. Les Algériens font tout de même mieux que le Maroc dont 51% des utilisateurs sont peu instruits, et 33% d’entre eux estiment que le coût d’accès à la technologie est une barrière. Par contre, en termes de disponibilité de contenu local, le Maroc fait légèrement mieux, car ils ne sont que 49% à penser qu’ils ne trouvent pas de contenu spécifiquement marocain.
En attendant le dégroupage de la boucle locale, qui est en fait permis par l’actuelle loi n°2000-03, mais impossible à mettre en œuvre dans la pratique en l’absence d’une volonté́ ferme des pouvoirs publics. Ceux-là̀ sont en droit d’obliger Algérie Telecom à jouer le rôle de grossiste de bande passante et permettre la venue d’opérateurs alternatifs.
La bonne nouvelle est qu’à l’échelle internationale, dans le classement de l’index de développement des TIC (IDI de l’IUT) en 2016, nous avons gagné 9 places, passant de la 112 à la 103 sur 175 pays. Une progression de 115% qui nous a valu les félicitations du DG de l’IUT.

L’accès à internet demeure cher
Il reste que l’accès à l’internet, mobile ou fixe, demeure relativement cher comparativement au pouvoir d’achat de l’Algérien moyen. En effet, le prix d’un forfait internet mobile de 1 Go représente 5,55% du salaire minimum en Algérie, alors qu’il n’est que de 2,1% en Tunisie, de 2,3% en Egypte et de 0,4% au Maroc. Par contre, l’Algérie se positionne mieux en ce qui concerne les prix des smartphones, notamment en entrée de gamme, qui représente 55% du salaire minimum alors qu’il est à 72% pour le Maroc, 153% pour l’Egypte, la Tunisie fait mieux que tout le monde avec seulement 40% du salaire minimum. Quant à l’internet fixe, le coût d’une connexion à 20 Mbps représente en Algérie 21% de son PIB mensuel alors qu’il n’est que de 4,5% en Tunisie et de 2,90% en Egypte. Par ailleurs, les Algériens paient très cher le roaming voix et encore plus cher celui de la connexion de l’internet depuis l’étranger, alors que partout ailleurs on tend vers l’uniformisation, comme en Europe où le système de roaming a été purement et simplement abandonné. Imaginez que lorsque vous êtes à l’étranger (en France, par exemple) vous payez les appels reçus, une moyenne de 30 DA/minute, 100 DA/minute pour les appels vers numéro local, et 150 DA/minute lorsque vous appelez chez vous. Sachant que tous ces appels sont désormais véhiculés en utilisant internet comme pour les données, et que nous ne payons pratiquement rien lorsque nous utilisons d’autres moyens de communication voix comme Viber. Alors qu’est-ce qui justifie ces prix ?

Réduire le coût de la bande passante
La consommation numérique des Algériens de la bande passante provient principalement du streaming vidéo, de films HD, et autres Youtube qui totalisent, uniquement pour ce dernier, plus de 10 millions d’abonnés algériens avec un peu plus de 50 millions de vues par jour. Cela en dehors des vidéos spécifiques à Facebook qui compte près de 18 millions d’abonnés algériens. Le reste est partagé par une utilisation des réseaux sociaux tels que Twitter (750 000 abonnés), LinkedIn (800 000 abonnés), WhatsApp et autres Instagram.
Par ailleurs, la quasi-majorité des sites web et blogs algériens et des messageries algériennes sont hébergés à l’étranger. L’absence de data center spécialement équipé pour faire de l’hébergement aux normes internationales, capables de prendre en charge la demande nationale y est pour beaucoup. Il se trouve que même sur les quelque 9 400 noms de domaine enregistrés en .dz, une proportion parmi les 6 000 sites web est également hébergée à l’étranger. Alors que le nombre de sites web et blogs d’origine algérienne en .com, .net etc, est évalué à plus de 350 000, il était de 45 000 en 2012. Ceux qui hébergent leurs sites/blogs à l’étranger estiment que l’accès serait plus 
sûr et plus rapide. Pour d’autres, les raisons 
sont purement d’ordre économique et surtout 
de continuité de service (mauvaises connexions, pannes intempestives du réseau), coupures involontaires, comme celles de câbles en mer, ou «volontaires», comme celles des épreuves du baccalauréat (incidemment, ces coupures auraient occasionné de 2016 à 2017, des pertes évaluées à plus de 21 millions de dollars à l’Algérie, soit 2,4 milliards de DA).

Développer nos propres contenus
Dans ces domaines, à forte valeur ajoutée, nos voisins ne sont pas en reste et enregistrent 7 à 10% de parts des TIC à leur PIB. Alors que nous avons tout le mal du monde, pour le moment, à faire bouger les lignes au-delà de 4%. En fait, la part du développement numérique tel que l’e-administration, l’e-santé, l’e-éducation ainsi que les logiciels et applications liées, représente réellement moins de 1%. Le gros étant constitué par les télécommunications, c’est-à-dire la téléphonie et l’internet mobile, dont la plus-value algérienne est peu significative pour le moment. Si on exclut les quelques expériences de création d’incubateurs et d’accompagnement de start-up que les opérateurs mobiles montent régulièrement. Ces actions entrepreneuriales vont dans le bon sens. Qui d’autres que les opérateurs du numérique et ceux du mobile tout particulièrement peuvent mieux que quiconque promouvoir l’économie numérique d’une manière aussi directe ? En effet, selon l’UIT et la Banque mondiale, un emploi dans le numérique crée jusqu’à trois autres emplois dans le reste de l’économie et une augmentation de 10% dans la pénétration des TIC, ce qui a pour effet d’augmenter sa part dans le PIB de 1,4%.
A. K.

* Ph.D, Brunel University (Londres). Président de l’Association des opérateurs des télécoms alternatifs. Membre du Comité sectoriel permanent de recherche scientifique et de développement technologique du ministère de la Poste et des TIC. Ancien professeur à l’Ecole militaire polytechnique (ex-ENITA, Bordj-el-Bahri).
[email protected], LinkedIn : alikahlane.

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