La solution par voie constitutionnelle contestée : L’Armée et l’engagement d’aller au-delà du 102

lundi 15 avril 2019 à 10:43
Source de l'article : Reporters.dz

Maintenant que la solution par voie constitutionnelle fait face à un rejet de la population et de l’ensemble de la classe politique, les regards sont une nouvelle fois braqués vers l’institution militaire qui, jusque-là, œuvre pour le respect de la Loi fondamentale à travers l’application de l’article 102.

Ahmed Gaïd Salah, qui effectue à partir d’aujourd’hui une visite de travail et d’inspection dans la 4e Région militaire, à Ouargla, selon un communiqué du MDN, sera sans doute très attendu sur ce registre.
Mais, il est d’ores et déjà admis que le plan de sortie de crise ainsi défendu par le pouvoir politique en place et appuyé par le chef d’état- major de l’armée peine à convaincre. Les différents courants sur la scène politique suggèrent plutôt une solution politique à la crise à la place de cet attachement au légalisme constitutionnel que l’opinion nationale semble avoir dépassé.

Cette situation replace ainsi l’institution militaire au cœur de la crise politique que vit le pays, d’autant plus que le général de corps d’armée, Ahmed Gaid Salah, avait plaidé le 2 avril, pour l’application «immédiate» des articles 7, 8 et 102 de la Constitution. «Ainsi, nous estimons qu’il n’y a plus lieu de perdre davantage de temps et qu’il faut appliquer immédiatement la solution constitutionnelle proposée, à savoir la mise en application des articles 7, 8 et 102 et entamer le processus garantissant la gestion des affaires de l’Etat dans le cadre de la légitimité constitutionnelle», a déclaré Gaid Salah, récemment, à Oran.

La sentence, si elle a précipité la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika comme réclamé par la rue, a tôt fait de laisser un goût d’inachevé auprès de l’opinion nationale qui découvre que le légalisme constitutionnel défendu par Gaïd Salah se résume à la mise en application du 102 et que les articles 7 et 8 sont renvoyés aux calendes grecques. Ce qui s’est avéré, une dizaine de jours plus tard, en inadéquation avec les revendications du mouvement populaire. Ce dernier refuse mordicus à ce que la période transitoire, marquée particulièrement par la désignation d’Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat, soit ainsi menée par des institutions et des personnalités apparentées au règne de Bouteflika. A l’évidence et en récusant le 102, le mouvement citoyen vient d’invalider la solution engagée par le pouvoir.

Il s’inscrit bien au-delà de cette option, visiblement bancale, si l’on mesure les difficultés sérieuses que rencontrent les ministres du gouvernement Bedoui à effectuer des visites sur le terrain. A cette difficulté manifeste s’est greffée, depuis samedi, l’annonce du club des juges de boycotter la supervision de l’élection présidentielle convoquée par le chef de l’Etat pour le 4 juillet prochain. Et c’est à l’aune de cette multiplication de rejets, rendant caduque la solution inscrite dans le cadre de la légitimité constitutionnelle, que l’ANP se voit de nouveau attendue avec, bien entendu, les divergences que suscite, comme à l’accoutumée, l’idée d’une implication de l’institution militaire dans le débat politique. Dans ses recommandations de sortie de crise, l’ancien chef de gouvernement, Ali Benflis, lui attribue un rôle important vu «l’incapacité des instituions en place à contribuer au règlement de la crise», a-t-il estimé, d’autant que ces institutions font partie du problème à résoudre et ne peuvent absolument pas être parties prenantes dans la solution recherchée.

Pour le chef de Talaie El Houriyat, «seule l’institution militaire peut aider à parvenir à la solution comme l’exige son devoir patriotique et le sens élevé qu’elle a de ses responsabilités nationales». Benflis a précisé, à ce propos, qu’il «n’est pas attendu de nos forces armées qu’elles soient l’ordonnateur de la sortie de crise, mais qu’elles remplissent un devoir de facilitation, d’accompagnement, de garantie et de protection de la solution de la crise». Un avis complètement contradictoire avec celui de l’ancien président du RCD, Saïd Sadi, pour qui, «aujourd’hui, la situation est aussi à analyser du point de vue de l’accélération des mutations politiques nationales». Relevant ainsi que «des éditorialistes et observateurs étrangers ont pensé que les menaces proférées par le chef d’état-major à partir d’Oran pouvaient dissuader la masse des Algériens à continuer leur protestation avec autant de vigueur et de détermination, l’armée étant toujours un tabou dont il ne faut pas discuter et encore moins critiquer les déclarations. Il n’en a rien été». Pour Saïd Sadi, l’ampleur de la réaction populaire «est d’abord une réponse au premier responsable militaire du pays», ajoutant que «l’on peut considérer que ce 12 avril signe l’acte de décès de l’armée politique en Algérie».

Pour sa part, Louisa Hanoune, première responsable du Parti des travailleurs (PT), considère que le rôle de l’ANP «ne doit pas être politique», rappelant qu’il «incombe à l’armée de protéger notre sécurité nationale, nos frontières, mais aussi, de répondre à toute velléité d’ingérence étrangère». Opposée à toute implication de l’Armée dans le jeu politique, Mme Hanoune n’a pas cessé de reprocher à ceux qui appellent à une intervention de l’Armée de «vouloir entrainer l’Algérie dans un scénario à l’égyptienne». Le FFS, pour sa part, a appelé l’ANP à être «garante» du bon déroulement de la transition démocratique dans le pays, dont elle ne devra «en aucun cas influencer les tenants et aboutissants».
Le parti du défunt Aït Ahmed estime que l’armée «doit uniquement exercer ses missions de défense de l’intégrité territoriale et de la sécurité des citoyens et se plier à la volonté de l’écrasante majorité du peuple algérien».

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