La pacification d’un nord Mali théâtre de graves turbulences passe aussi par le retour à la normale au Mali et en Guinée-Bissau. D’où la rencontre des dirigeants de la cédéao, réunis jeudi dernier à Abidjan avant de se retrouver, jeudi 3 mai, au sommet de Dakar. Où tout l’intérêt sera porté aux deux pays objet d’un coup d’État militaire.
Alors que le sommet de la Cédéao-auquel a pris part l’Algérie en qualité d’observateur, a dénoncé l’«occupation continue de la région de Kidal, de Gao et de Tombouctou» et réaffirmé son «attachement à l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali», la tension est de nouveau montée à Bamako, après le refus des putschistes, du 22 mars, de ne pas accepter les décisions prises à Abidjan et qui prévoient la prolongation du mandat des autorités de transition à douze mois, au lieu des quarante jours prévus dans la Constitution, et l’envoi d’une force militaire à Bamako pour sécuriser la transition.
Le Burkina a dépêché deux émissaires et a plaidé une nouvelle fois pour la négociation entre les autorités de transition et les rebelles, avec la médiation du président burkinabè Blaise Compaoré, qui sera désormais épaulé par son homologue du Nigeria, Goodluck Jonathan.
Concernant la force ouest-africaine, qui devrait compter au moins 3 000 hommes, aucune date n’a été fixée pour son déploiement au Mali. Sa première mission sera de sécuriser les autorités de transition, mais pas de combattre les rebelles du Nord. La force en attente est censée «parer à toute éventualité » et notamment empêcher que les rebelles ne descendent encore plus au Sud.
Fondateur du Mnla (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) et membre du bureau politique, Moussa Ag Achag Hatman a réagi au communiqué final de la Cédéao et a affirme que son mouvement n’a jamais eu l’intention d’aller au-delà de nos «frontières». «Nous espérons que la Cédéao ne tentera pas de pénétrer notre – territoire- », -a-t-il dit .
Pour ce qui est de la période de transition les deux missi dominici burkinabés, Djibril Bassolé et Adama Bictogo sont dans la capitale malienne pour tenter de faire accepter par le capitaine Sanogo une transition d’une année décidée par le sommet. Le capitaine-putschiste malien leur fait comprendre qu’il n’acceptait pas les conclusions de la réunion de la Cédéao. Il a confié qu’il se sentait trahi par le texte adopté à Abidjan.
Mais surtout les putschistes ont peu apprécié l’invitation qui leur a été formulée à Abidjan de regagner leur caserne et de se soumettre au pouvoir civil. Les chefs d’État Ouest-africains réunis en sommet à Abidjan ont annoncé l’envoi d’une force régionale au Mali et en Guinée-Bissau, pour «sécuriser » la transition dans ces deux pays déstabilisés par de graves crises politico-militaires. Au Mali, il s’agit d’aider à «sécuriser les organes de la transition et le gouvernement intérimaire en attendant que le processus arrive à son terme».
La Cédéao a fixé la période de la transition au Mali à un an, alors que la Constitution malienne donne au chef de l’État par intérim 40 jours pour organiser l’élection présidentielle. Les dirigeants Ouest-africains ont demandé aux militaires qui avaient pris le pouvoir, le 22 mars, de respecter totalement leur engagement de restaurer la légalité constitutionnelle au Mali.
Le sommet de la Cédéao a par ailleurs constate, avec «préoccupation, la poursuite des atrocités au nord du Mali perpétrées par les rebelles, les groupes terroristes et les autres réseaux de criminalité transnationale organisés transformant ainsi le territoire malien en une grande zone de banditisme et d’insécurité aiguë avec des conséquences humanitaires graves».
Le sommet a en outre décidé de prendre toutes les mesures nécessaires visant à assister le Mali dans le rétablissement de son unité et de son intégrité territoriale et aider le Mali et les pays limitrophes à faire face aux conséquences humanitaires provoquées par la rébellion.
Pour ce qui est de la Guinée-Bissau, Carlos Gomes junior, le Premier ministre sortant, et Raimundo Pereira, le président par intérim, sont arrivés à Abidjan, libérés par les militaires qui se plient ainsi aux injonctions de la Cédéao. Les militaires ont aussi promis une transition de douze mois. Une transition au terme de laquelle des élections seront organisées. En apparence les militaires bissau-guinéens donnent l’impression qu’ils cèdent aux injonctions de la Cédéao. Mais au fond, les choses ne sont pas aussi simples.
Tout d’abord, ils expulsent du pays deux hommes politiques qu’ils ont fait arrêter le 12 avril dernier. Et ce faisant, ils espèrent clairement les mettre définitivement hors jeu. C’est particulièrement vrai à propos de Carlos Gomes junior qu’ils considèrent comme leur ennemi juré. D’ailleurs, c’est tout le sens de cette période de transition qu’ils comptent instaurer.
Car si les militaires ont réduit la durée de la transition de deux à un an, là encore sous la pression ouest-africaine, ils comptent bien la confier à un gouvernement composé de personnalités neutres et de technocrates. Enfin, si les militaires acceptent la présence d’un contingent de la Cédéao, c’est pour mieux neutraliser la force militaire envoyée par l’Angola et qu’ils accusaient d’être au service de Carlos Gomes.
L’armée bissau-guinéenne estime sans doute moins dangereuse pour ses intérêts vitaux une force ouest-africaine que le contingent angolais. Pour l’état-major, l’essentiel était enfin de neutraliser l’axe politique entre Luanda et Lisbonne qu’ils considèrent comme le principal soutient de Carlos Gomes.
Mokhtar Bendib
PENDANT QU’ALGER PRIVILÉGIE ENCORE LA NÉGOCIATION: AQMI MET EN GARDE L’ARMÉE DE LA CÉDÉAO
Pour ceux qui doutaient des capacités d’Al-Qaïda au Maghreb à mettre sous sa coupe la rébellion, les voilà servis : après l’entrée triomphale de Mokhtar BelMokhtar à Gao, en compagnie de Iyad Ag Ghali, chef des «Ansar Eddine», le chef d’Aqmi, Abdelhamid Abou Zeid vient d’enjoindre le Front national pour la libération de l’Azawad- le Fnla – de quitter Tombouctou, et le Fnla dit avoir quitté Tombouctou sur injonction d’Abou Zeid.
C’est dans un communiqué que le Front national de libération de l’Azawad (Fnla), composé d’Arabes de la région de Tombouctou, qui avait pris, hier, le contrôle d’une partie de cette ville du Nord du Mali, a annoncé avoir quitté les lieux à la demande d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
«Abou Zeid, le chef d’Aqmi, lui-même, nous a demandé de quitter nos positions de Tombouctou. Pour éviter un carnage, dont les premières victimes seront les populations civiles, nous avons quitté la ville», a déclaré Ahmed Ould Chérif, l’un des responsables du Fnla. On peut, légitimement, se demander pourquoi Aqmi a exigé le départ du Front de l’Azawad.
La première lecture qui s’offre est celle d’une préparation à une longue guerre d’usure, si la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) va réellement déployer les 3 000 soldats promis au Mali pour entraîner et rééquiper l’armée malienne après le coup d’État contre ATT. Le chef des putschistes, le capitaine Amadou Sanogo, qui a destitué ATT dans un pronunciamiento de quelques heures seulement, avait demandé aux partenaires du Mali de fournir de l’équipement et une aide logistique.
Toutefois, le capitaine putschiste avait, aussi, affirmé qu’il ne voulait pas que des forces étrangères, même si la reprise du Nord du Mali était devenue son impératif. Jusqu’à l’heure actuelle, Alger privilégie la négociation, et pousse le gouvernement de transition à appeler à un dialogue national, tout en excluant toute idée de partition du Mali.
Les choses sont telles au Nord-Mali que toute guerre serait inutile, avec la prolifération de groupes rebelles traditionnels et islamistes -«Ansar Eddine»- et l’essaimage de mouvements terroristes, proches d’Al-Qaïda, comme Boko Haram et la Djamaât et-tawhid oua el-djihad.
Fayçal Oukaci