La BPCO en Algérie : ce « tueur silencieux » que les patients découvrent souvent trop tard

La BPCO en Algérie : ce « tueur silencieux » que les patients découvrent souvent trop tard
La BPCO en Algérie.

Une simple toux que l’on met sur le compte du tabac. Un essoufflement dans les escaliers que l’on attribue à la vieillesse ou au manque de sport. Des milliers de personnes banalisent ces symptômes quotidiens, ignorant qu’un mal irréversible détruit peu à peu leurs poumons : la BPCO. Souvent diagnostiquée à un stade critique, cette maladie est la 3e cause de décès dans le monde. Quels sont ces premiers signes anodins qu’il ne faut absolument plus ignorer ?

Longtemps reléguée au second plan derrière d’autres maladies respiratoires plus connues, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) avance discrètement. Pourtant, ses conséquences restent lourdes. Souvent associée au tabagisme, cette maladie chronique irréversible figure aujourd’hui parmi les principales causes de décès dans le monde. Son principal danger réside justement dans son caractère silencieux. En effet, les premiers symptômes passent souvent inaperçus ou se banalisent jusqu’à l’apparition de complications sévères.

C’est autour de cette problématique qu’une table ronde dédiée à la sensibilisation à la BPCO a récemment réuni le Pr Merzak Gharnaut, président de la Société algérienne de pneumologie (SAP), le Pr Rachida Khelafi, cheffe du service de pneumologie au CHU de Beni Messous, le Pr Kachenoura Aldjia, cheffe du service de cardiologie au CHU de Béjaïa, ainsi que Monsieur Rami Scandar, président du laboratoire AstraZeneca pour le Proche-Orient et le Maghreb et Madame Leila Mrad, directrice d’AstraZeneca Algérie.

Les échanges ont porté sur la maladie, son diagnostic, ses facteurs de risque, les symptômes, mais aussi les solutions thérapeutiques aujourd’hui disponibles en Algérie.

BPCO : une maladie fréquente qui tue encore trop

Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la BPCO représente actuellement la troisième cause de décès dans le monde. En 2021, elle a provoqué près de 3,5 millions de décès. Cela représente environ 5 % des décès mondiaux.

La maladie réduit progressivement le flux d’air dans les poumons en provoquant des lésions irréversibles au niveau des bronches et des alvéoles pulmonaires. Elle se manifeste principalement par une toux chronique, souvent accompagnée d’expectorations. On observe aussi un essoufflement à l’effort, une respiration sifflante et une fatigue persistante.

Pourtant, malgré cette fréquence, elle reste méconnue du grand public. Le Pr Rachida Khelafi rappelle qu’à Alger, la BPCO toucherait environ 9,2 % des personnes âgées de plus de 40 ans, selon des données issues de travaux scientifiques publiés dans la Revue des maladies respiratoires. Elle souligne cependant la nécessité de mettre en place un registre national basé sur des critères clairement définis. Cela permettrait d’obtenir une vision plus précise de l’ampleur réelle du phénomène dans notre pays.

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Quand les patients banalisent les premiers symptômes

L’un des principaux obstacles reste le retard diagnostique. Les spécialistes observent régulièrement le même scénario : le patient minimise ses symptômes. Une toux persistante ? Il l’attribue au tabac. Une gêne respiratoire ? Il pense simplement vieillir ou perdre sa condition physique. Résultat : beaucoup consultent uniquement lorsque la maladie atteint déjà un stade avancé.

« The silent killer », ou « le tueur silencieux », comme certains spécialistes l’appellent désormais, agit précisément de cette manière. Très souvent, le diagnostic intervient après une aggravation brutale des symptômes, appelée exacerbation, qui conduit le patient vers les urgences ou une consultation spécialisée. À ce stade, une obstruction sévère des voies respiratoires s’est déjà installée.

Les experts rappellent qu’un examen simple permet pourtant de confirmer le diagnostic : la spirométrie, une exploration fonctionnelle respiratoire qui mesure la capacité pulmonaire. L’examen dure entre 15 et 20 minutes.

Les deux spécialistes ne plaident pas pour un dépistage systématique à grande échelle, mais insistent sur la nécessité d’examiner rapidement les patients présentant des symptômes évocateurs.

Tabac, pollution et environnement professionnel : les principaux facteurs de risque

Le tabagisme demeure le facteur de risque numéro un. Dans les pays à revenu élevé, il serait responsable de plus de 70 % des cas de BPCO. Le tabagisme actif comme passif joue un rôle majeur. Mais les spécialistes rappellent que la maladie ne concerne pas uniquement les fumeurs.

Parmi les autres facteurs de risque figurent :

  • L’exposition prolongée aux poussières et produits chimiques en milieu professionnel ;
  • La pollution atmosphérique intérieure et extérieure ;
  • Certaines infections respiratoires répétées durant l’enfance ;
  • Un asthme mal contrôlé ;
  • Certains facteurs génétiques plus rares.

Le Pr Khelafi et le Pr Kachenoura ont également insisté sur la nécessité d’agir dès le plus jeune âge à travers une prévention primaire dans les établissements scolaires pour sensibiliser aux dangers du tabac et de la pollution.

La BPCO ne touche pas seulement les poumons

L’un des points majeurs abordés durant cette rencontre concerne les complications associées à la maladie.

Contrairement aux idées reçues, la BPCO ne se limite pas aux poumons. Elle entraîne une inflammation généralisée dans l’organisme et favorise plusieurs maladies associées : diabète, ostéoporose, anxiété, dépression, mais surtout des complications cardiovasculaires.

Le Pr Khelafi a rappelé que les décès liés à la BPCO ne résultent pas majoritairement d’une insuffisance respiratoire. Selon elle, près de 70 % des décès surviennent à cause des maladies cardiovasculaires associées.

Hypertension artérielle, troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque ou maladies coronariennes peuvent évoluer en parallèle et parfois passer inaperçus derrière les symptômes respiratoires.

Les spécialistes plaident ainsi pour une prise en charge conjointe entre pneumologues et cardiologues afin d’évaluer systématiquement ces risques.

Vaccination, activité physique et arrêt du tabac : les clés de la prévention

La prévention ne repose pas uniquement sur les médicaments. Le Pr Kachenoura a insisté sur l’importance de la vaccination antigrippale et antipneumococcique afin de limiter les infections respiratoires susceptibles d’aggraver l’état des patients.

L’activité physique régulière fait également partie intégrante de la prise en charge. Les spécialistes alertent sur les effets de la sédentarité chez les personnes atteintes de BPCO.

Mais avant tout, une priorité demeure : l’arrêt du tabac. Les médecins rappellent que le sevrage tabagique constitue la première mesure à mettre en œuvre après le diagnostic.

Des traitements disponibles en Algérie, mais un défi majeur persiste

Les experts se montrent rassurants sur un point : les traitements existent. Bronchodilatateurs, corticoïdes inhalés, nouvelles associations thérapeutiques et innovations récentes, comme certaines trithérapies, figurent aujourd’hui parmi les solutions accessibles en Algérie.

Ces traitements permettent d’améliorer la fonction respiratoire, de réduire les exacerbations et de limiter les complications cardiovasculaires. Les intervenants ont également mis en avant les progrès réalisés avec les traitements inhalés combinés. Ces progrès permettent de simplifier la prise quotidienne et d’améliorer l’adhésion des patients.

Parmi les innovations thérapeutiques évoquées lors des échanges figure notamment la trithérapie inhalée, présentée comme une avancée dans la prise en charge des patients atteints de BPCO. Cette solution, introduite en Algérie par AstraZeneca, vise à simplifier le traitement grâce à une association thérapeutique intégrée, avec pour objectif d’améliorer l’observance des patients et de réduire le risque d’exacerbations ainsi que certaines complications associées.

En outre, le Pr Khelafi et le Pr Kachenoura ont également rappelé qu’après le diagnostic, la prise en charge thérapeutique se poursuit généralement à vie. Si certains patients expriment des inquiétudes concernant d’éventuels effets secondaires, les deux spécialistes assurent que ceux-ci restent faibles au regard des bénéfices apportés. Parmi ces bénéfices figurent la réduction des exacerbations, l’amélioration de la qualité de vie et la prévention des complications.

Pour les spécialistes réunis lors de cette rencontre, le défi n’est donc plus seulement thérapeutique. Le véritable combat commence bien avant : reconnaître les symptômes suffisamment tôt. Car face à ce « tueur silencieux », quelques mois gagnés sur le diagnostic peuvent parfois faire toute la différence sur la qualité de vie et l’évolution de la maladie.