Karim Mahmoudi, président de la confédération générale des finances : “Le système n’a pas changé”

Karim Mahmoudi, président de la confédération générale des finances : “Le système n’a pas changé”

Le président de la Confédération générale des finances (CGF), Karim Mahmoudi, a estimé, en marge du colloque annuel de la confédération, organisé hier au siège du parti MDS, à Alger, sous le thème “Quelle géo-économie pour l’Algérie à l’horizon 2030 ?”, en présence, notamment, des ambassadeurs du Brésil, du Vietnam et de la Norvège, que “le système n’a pas changé”. Le président de la CGF, également président de l’Africain Holding Investments, basé à Dakar (Sénégal), regrette l’absence “de politique économique claire”. 

Karim Mahmoudi a averti que l’Algérie risque, “dans une année”, de frapper à la porte du Fonds monétaire international, insistant sur l’urgence de régler “le problème politique de légitimité”. Le président de la CGF propose, entre autres, de réduire de 30% le budget de l’État et de 20% les transferts sociaux. M. Mahmoudi plaide pour la libéralisation graduelle des prix sur un horizon de cinq ans. Il estime que l’Algérie peut s’inspirer des expériences des pays comme le Vietnam, la Norvège et le Brésil. L’exemple du Vietnam est édifiant. Ce pays a mis en place en 1987 sa politique du Doi Moi (Renouveau), troquant l’économie planifiée pour celle de marché à orientation socialiste. Les réformes ont permis au Vietnam, qui faisait partie des pays les plus pauvres du monde il y a trente ans, de se hisser au niveau de la tranche inférieure des pays à revenu intermédiaire. 

L’Algérie aurait pu prendre exemple, également, du fonds souverain norvégien. Créé en 1990 pour recueillir les revenus tirés de l’exploitation pétrolière et gazière afin d’en faire profiter les générations futures, ce fonds a atteint environ 900 milliards d’euros. Le fonds est géré par la Banque centrale norvégienne pour le compte du ministère des Finances. Selon les experts, l’objectif de diversification de l’économie algérienne, bien que réaffirmé unanimement depuis des décennies, est loin d’être réalisé. Les faiblesses dans la gouvernance économique en général, et en particulier dans les transformations structurelles requises pour élargir et diversifier l’économie du pays, ont contribué à renforcer sa pétrodépendance. Les caractéristiques fortes de l’économie algérienne sont celles d’une économie prisonnière de la trappe de la spécialisation primaire subissant cycliquement les chocs positifs et négatifs du marché mondial des hydrocarbures. 

Un expert évoque l’existence d’une corrélation très négative entre la dotation en ressources naturelles et les faibles performances de l’économie. Cet expert s’interroge sur la volonté politique d’aller vers une diversification de l’économie. La part de l’industrie manufacturière dans le produit intérieur brut (PIB) a fortement régressé. La contribution sectorielle à la croissance est symptomatique d’une économie souffrant du syndrome hollandais. L’expert estime que l’économie algérienne possède “les caractéristiques d’une économie très orientée par les dépenses publiques”, un système bancaire obsolète, une corruption généralisée, une faible productivité de la ressource humaine et une dominance du marché parallèle et de l’évasion fiscale. 

Pour Djamel Eddine Bouabdellah, DG de SDG groupe et président du Cercle de commerce et d’industrie algéro-espagnol, “l’Algérie doit, impérativement, s’ouvrir à l’international”. Elle doit améliorer le climat des affaires, libérer les initiatives et assouplir les procédures administratives. Djamel Eddine Bouabdellah plaide, entre autres, pour l’abrogation de la règle 51/49 et la stabilité juridique. Il insiste sur la consolidation d’une justice adaptée aux pratiques internationales. 

Meziane Rabhi