Chaque année, la hausse du mercure annonce le début d’une période à haut risque. Pour la saison 2026, les autorités algériennes ont pris une décision majeure : toute présence humaine dans les espaces forestiers est interdite du 1er mai au 30 octobre. Que l’on soit randonneur passionné, campeur d’un week-end ou simplement en famille à la recherche d’un coin de fraîcheur, aucune exception ne sera tolérée. Et les sanctions sont loin d’être symboliques.
Le décret est sans ambiguïté. Il prohibe la circulation des personnes, que ce soit à pied, en voiture ou à vélo. Il est interdit de faire des barbecues, des feux de camp, des pique-niques et de se rassembler, même pendant l’Aïd El Adha, lorsque les forêts attirent traditionnellement des milliers de familles.
Quiconque passe outre s’expose à des poursuites judiciaires. Les peines prévues vont de deux à six mois d’emprisonnement, auxquelles s’ajoutent des amendes. La sévérité de la sanction grimpe encore si le contrevenant est à l’origine d’un départ de feu ou s’il a entravé les opérations de secours.
À LIRE AUSSI : Feux de forêt en Algérie : plus de 12 incendies en moins de 24h
Pourquoi ces restrictions sont-elles imposées chaque été ?
Ces mesures ne relèvent pas d’un excès de zèle administratif. Elles découlent directement des drames vécus ces dernières années. Sofiane Louassaa, membre de l’organisation de protection des consommateurs « Himayatec », l’explique clairement :
« Ces lois et réglementations ont été imposées par les circonstances et les expériences passées que l’Algérie a vécues avec les incendies de forêts, qui ont causé des pertes humaines et matérielles considérables. »
Le constat est brutal. Une simple étincelle, par temps chaud et venteux, peut déclencher en quelques minutes une catastrophe incontrôlable. Les forêts d’Algérie se trouvent souvent dans des zones au relief accidenté et offrent peu de marges de manœuvre aux équipes de secours.
Quelles sont les sanctions exactes pour les contrevenants ?
Les peines encourues en cas de violation des interdictions forestières sont les suivantes :
- Emprisonnement de 2 à 6 mois en cas de non-respect des réglementations en vigueur concernant l’accès et l’allumage des feux,
- Amendes financières cumulables avec la peine de prison,
- Aggravation des peines si l’infraction provoque un incendie ou gêne les secours.
La loi n° 23-21 relative aux forêts va même plus loin à l’échelle nationale, prévoyant dans les cas les plus graves une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité.
Des terrains qui piègent les secours
Les autorités expliquent principalement leur décision par les obstacles logistiques liés aux opérations de sauvetage. Louassaa insiste d’ailleurs sur cet aspect :
« L’intervention des agents de la Protection civile et des équipes de secours dans les zones forestières reste l’une des opérations les plus difficiles sur le terrain, en raison du relief accidenté et de l’absence de pistes et de routes aménagées permettant aux équipes d’intervention d’arriver à temps. »
Ce n’est pas qu’une question de feu. Des randonneurs se perdent. Des familles se retrouvent bloquées. Les opérations de sauvetage dans ces zones isolées mobilisent des ressources considérables — et mettent en danger les sauveteurs eux-mêmes.
À LIRE AUSSI : Feux de forêt : l’Algérie sort l’artillerie technologique avec 140 drones pour 2026
Où se détendre cet été sans risquer une amende ?
L’interdiction ne signifie pas la fin des sorties en plein air. Louassaa propose des alternatives comme les zones périphériques aux massifs forestiers, les espaces naturels ouverts, ainsi que les abords de barrages et de oueds. À condition, précise-t-il, de respecter les consignes de sécurité et d’éviter la baignade dans les zones non surveillées.
Les réseaux sociaux dans le viseur des autorités
Un phénomène préoccupe particulièrement les associations de protection : la multiplication des vidéos « défi » tournées en pleine forêt fermée. Louassaa ne mâche pas ses mots :
« Ces comportements donnent une image erronée et encouragent d’autres à les imiter, comme s’il s’agissait d’une aventure ordinaire, alors qu’ils peuvent mettre en danger la vie de leurs auteurs et celle des équipes de secours. »
Son appel s’adresse directement aux influenceurs et créateurs de contenu : plutôt que de valoriser des comportements à risque, ils pourraient devenir des relais efficaces de sensibilisation. Le potentiel de leur audience est réel. La responsabilité l’est tout autant.
Ce que l’Algérie a mis en place pour protéger ses forêts
Au-delà des interdictions, le dispositif préventif s’est considérablement étoffé. La Direction Générale des Forêts a déployé pour la saison 2026 plus de 6 000 agents, des colonnes mobiles, des tours de guet et des bassins d’eau stratégiquement positionnés. Des drones de surveillance complètent ce maillage, avec 140 appareils annoncés pour renforcer la détection précoce des départs de feu.
La saison 2025 avait démontré l’efficacité de cette approche : une baisse de 91 % des surfaces brûlées par rapport aux années précédentes. Un résultat que les autorités entendent reproduire, voire améliorer, en 2026. Les incendies qui ont frappé plusieurs wilayas ces dernières années — de Béjaïa à Tizi Ouzou en passant par Sétif — rappellent que la menace reste bien réelle.
Le message des autorités est simple : la forêt algérienne n’est pas un terrain de jeu estival. C’est un patrimoine naturel fragile, dont la survie dépend aussi du comportement de chaque citoyen.
À LIRE AUSSI : Risque élevé d’incendies : le ministère de l’Intérieur appelle à la vigilance face à la canicule
