Une journaliste d’origine algérienne de Mediapart refoulée du Maroc: on vous explique ce qui s’est passé

En quête de réponses sur le drame migratoire survenu fin juillet à Ceuta, une journaliste franco-algérienne de Mediapart s’est vu interdire l’accès au territoire marocain. Un refoulement brutal que le journal en ligne dénonce comme une « atteinte flagrante à la liberté de la presse ».
Specialisée dans les questions migratoires depuis 2020, la journaliste Nejma Brahim s’est vu refuser l’entrée au Maroc le 13 août dernier. Son employeur, Mediapart, rapporte qu’elle a été refoulée dès son arrivée à l’aéroport de Tanger.
La journaliste se rendait au Maroc pour poursuivre son travail sur la tragédie survenue fin juillet près de Ceuta, où des dizaines de migrants ont péri ou disparu en tentant de passer la frontière à la nage. Après avoir enquêté côté espagnol, Mediapart entendait recueillir les témoignages des familles de victimes sur le sol marocain.
🟢 À LIRE AUSSI : Un réseau criminel de 24 millions d’euros démantelé : 78 arrestations entre l’Algérie et l’Espagne
Auditionnée pendant près de 5 heures
Dès son arrivée à Tanger, Nejma Brahim a été emmenée par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) pour y subir un long interrogatoire. Durant plusieurs heures, elle a décliné son identité professionnelle et détaillé le cadre journalistique de sa mission pour Mediapart.
Selon Mediapart, la journaliste est restée retenue pendant près de cinq heures. Privée de son passeport, elle a été conduite vers minuit en zone d’embarquement, sans aucune précision sur sa destination. Après y avoir passé la nuit, elle a été réexpédiée vers Paris au petit matin.
Ce n’est qu’une fois dans l’avion que le commandant de bord lui a rendu son passeport, accompagné de la notification officielle d’expulsion. D’après Mediapart, cette décision non motivée mentionnait étrangement la formule « Française d’origine algérienne » dans la case nationalité. Mobilisées dès le jeudi soir, les autorités consulaires françaises ne sont pas parvenues à bloquer la procédure de refoulement.
Mediapart dénonce un coup porté à la liberté d’informer
Dans ses colonnes, Mediapart fustige cette décision qui a privé sa reporter de couvrir une crise migratoire majeure et de donner la parole aux familles des victimes. Le média souligne au passage que le durcissement des politiques européennes pousse les personnes exilées vers des routes de plus en plus mortelles. Dès lors, faire la lumière sur ces drames et pointer les responsabilités politiques constitue le cœur même du métier d’informer.
Par ailleurs, la section tangeroise de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) a elle aussi fustigé l’expulsion de la journaliste, y voyant une violation caractérisée de la liberté de la presse et du droit d’informer.
Cet incident s’inscrit dans un climat de vive tension pour la presse étrangère au Maroc. Mediapart souligne qu’à peine quelques jours plus tôt, le 15 août, l’agence EFE et la télévision publique espagnole TVE dénonçaient déjà l’expulsion de leurs reporters de Fnideq, ville marocaine limitrophe de Ceuta.
🟢 À LIRE AUSSI : L’Italie suspend les règles Schengen avec l’Espagne : la crise de Ceuta expliquée de A à Z








