Benjamen Stora ne veut pas mélanger histoire et buzz médiatique. Alors qu’on tentait de le faire réagir sur le dossier sensible d’Amir Boukhors, alias Amir DZ, lors de son passage sur France Inter, le spécialiste de l’Algérie a recadré le journaliste et a rappelé avec fermeté que sa mission reste l’analyse des faits et non la polémique d’actualité.
Dans l’émission « Sur le terrain » de France Inter, l’animateur Loïc de la Mornais a ouvert l’entretien sur le « froid polaire » qui caractérise les relations franco-algériennes, notamment à l’occasion de la visite du ministre français de l’Intérieur Laurent Nunez à Alger. L’échange s’est déroulé en présence de Benjamin Stora, historien spécialiste de l’Algérie, Sébastien Lafargue, journaliste France Télévisions et Henri Vernet, éditorialiste politique.
Le ton a cependant changé du tout au tout lorsque Loïc de la Mornais a mis sur la table le cas épineux d’Amir Boukhors et le reportage polémique de Complément d’Enquête.
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Benjamin Stora : « Je ne suis pas venu ici pour parler d’Amir DZ »
L’historien a recadré l’échange avec une fermeté sans équivoque : « On vient me parler ici encore ce soir d’Amir DZ. Je dis non, qu’est-ce que je fais ici ? Je vous dis franchement, moi, je m’en vais. Vous avez les essais nucléaires, vous avez les disparus de la Bataille d’Alger. Ce sont de grosses affaires dont il faudrait parler à la télévision française ».
Dans cette mise au point, Stora dénonce la déconnexion des plateaux de télévision, qui préfèrent les polémiques aux dossiers de fond comme les essais nucléaires ou les disparus, discréditant ainsi leur propre traitement de l’information.
Par ailleurs, Benjamen Stora a tenu à clarifier la raison de sa participation à l’émission : « On m’a téléphoné pour me dire : est-ce que vous voulez venir parler des rapports d’histoire entre la France et l’Algérie, du traumatisme, des mémoires conflictuelles et la façon de se réconcilier avec ce pays ? Voilà pourquoi je suis venu ce soir, pas pour parler d’un influenceur ».
Colère saine de Benjamin Stora. pic.twitter.com/k87YhhhRxu
— Rima Hassan (@RimaHas) February 17, 2026
Benjamen Stora dénonce une « humiliation intellectuelle »
Hors de lui, l’historien a refusé « d’abaisser le niveau du débat », rappelant qu’il n’était « pas venu pour parler d’un influenceur ». Pour Benjamin Stora, cette tentative de diversion médiatique s’apparente à une « humiliation intellectuelle ».
Fort de cinquante ans de travaux sur la colonisation et la guerre de Libération, l’historien natif de Constantine, auteur du rapport mémoriel commandé par l’Élysée, a rappelé avec amertume la gravité d’un dossier pesant « des centaines de milliers de morts ».
🔴 🗣️ « Je pense que la France a du mal à affronter son passé colonial, oui, elle a du mal à le regarder en face », considère l’historien spécialiste de l’Algérie @b_stora.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez est en visite à Alger. @loicdelamornais #SurLeTerrain #Canal16 pic.twitter.com/AAeoT6tG94
— franceinfo (@franceinfo) February 16, 2026
Pourtant, son expertise a été balayée par le montage de Complément d’enquête : ses analyses de fond ont été réduites à quelques secondes pour laisser place à un sujet sur l’enlèvement présumé de l’influenceur Amir DZ : « Amir DZ a été plus important que les crânes. Amir DZ a fait 20 minutes par rapport aux crânes », s’est insurgé Stora, dénonçant un « manquement grave à l’éthique journalistique ».
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