Une vue de Téhéran
En 12000 ans d’histoire, les Iraniens ont pu se forger la réputation d’un peuple viscéralement attaché à ses traditions.
Il y a des monuments que tout visiteur qui se rend de l’aéroport à la ville de Téhéran ne peut pas rater. C’est le cas du mausolée de l’imam Khomeïny, qui ne se vide jamais de ses visiteurs. On y vient surtout d’Irak et d’autres pays où le rite chiite a pignon sur rue. Partout femmes et hommes sont en train de faire leurs prières.
L’accès est très surveillé par prudence et afin d’éviter tout acte malveillant. Ici sont aussi enterrés le fils et la femme de Khomeïny. Sur place, on se rend compte de la vénération que vouent les Iraniens à leur défunt leader qui a renversé le shah. Le monument est si fréquenté qu’un un centre commercial est installé à proximité: le tout au milieu d’un immense parc où des familles viennent passer la journée dans une sorte de grand pique-nique.
La ferveur religieuse de la population s’est vérifiée lors de plusieurs étapes de notre voyage. Dans divers quartiers de la capitale, des mosquées sont finement décorées et les mausolées sont bien entretenus. Les façades sont toutes recouvertes de faïence aux couleurs chatoyantes. Il n’y a pour ainsi dire aucune couche de peinture sur les murs. Pour des décors de carte postale, il n’y a pas mieux. D’ailleurs, les guides à destination de touristes ne manquent pas de ces illustrations qui relèvent presque des oeuvres d’art. Pour se rendre compte de l’importance que revêt la religion dans la vie de tous les jours des citoyens, il faut aussi se rendre à Qom, à plusieurs kilomètres de la capitale. C’est là qu’avait séjourné Khomeïny avant la révolution. Sa maison est toujours ouverte aux visiteurs. La ville est connue mondialement. A la mosquée de Sayida Al Maâsouma, il y a foule des grands jours. L’accès pour les étrangers y est réglementé. On a dû montrer patte blanche auprès des agents d’accueil pour effectuer notre visite.
Tous témoignent une ferveur sans pareille aux personnalités élevées au rang de saints. Le traitement est réservé à toute la descendance de Ali ainsi qu’à tous les imams et certains membres de leurs familles. Dans la rue principale de Qom, la tenue de rigueur pour les femmes est le tchador. Les signes de dévotion sont aussi visibles chez les hommes. Dès leur entrée à la mosquée, ils ne manquent pas de toucher le bois de la porte principale, il faut dire les portes principales tant les accès sont nombreux. A l’intérieur, prêches et prières se succèdent dans un va-et-vient continuel de fidèles où se mêlent hommes, femmes et enfants.
A proximité, il y a d’autres mosquées: certaines sont encore en construction. Mais pas seulement. Les échoppes ne manquent pas non plus. Des gâteaux traditionnels et des fruits à noyaux sont des marchandises achalandées sur les étals, à la vue des clients qui ne s’en privent pas tant ils sont délicieux. Des sons de musique accompagnant des chants religieux s’échappent aussi de certaines boutiques. Ici, on connaît bien Khaled mais ses disques ne s’y vendent pas. Khaled n’est pas le seul Algérien à y être connu puisque certains de nos compatriotes ont choisi cette ville pour s’y établir.
La bibliothèque Maraâchi
En termes de joyaux culturels, le site regorge de merveilles à ne pas rater. La bibliothèque de l’imam Maraâchi est de ceux-là. A l’entrée se dresse son mausolée. Des fentes sont aménagés dans les lambris en bois qui délimitent sa dernière demeure pour que les fidèles puissent glisser des billets de banque. C’est d’ailleurs la règle pour tous les mausolées qui sont nombreux, même dans la capitale. A l’intérieur, le lieu est gardé comme une chambre forte. Des trésors y sont renfermés: des exemplaires rares du Coran mais aussi des livres saints des autres religions. L’imam a consacré sa vie à les rassembler au prix d’énormes sacrifices, ce qui lui vaut le respect des Iraniens. Son fils qui nous a reçus a pris la succession. La collection est composée en grande partie de manuscrits. Ils sont au nombre de 37000. En plus des livres traitant de la religion, les étagères regorgent de manuels consacrés aux autres sciences. Le tout est censé préserver l’héritage culturel du pays. C’est la mission qui est assignée à une autre institution qui est le Centre des études en iranologie installé à la Bibliothèque nationale de Téhéran. Des bâtiments commencent à sortir de terre à côté de cet édifice pour impulser l’essor de la recherche scientifique. Un exemple de ce dynamisme est fourni par l’institut de recherche Royan. C’est l’un des rares dans les pays islamique à se consacrer à la recherche sur le génome humain, à la fécondation assistée et au clonage.
Des couples viennent de plusieurs pays arabes de la région pour vaincre le problème de la stérilité. Les chercheurs, qui y travaillent, sont connus pour leurs publications dans des revues scientifiques et pour leur participation à des séminaires avec des spécialistes de renommée mondiale. Dans les instituts disséminés à travers la capitale, à l’Université de Téharan, des cohortes d’étudiants sont formés chaque année dans les domaines des technologies les plus pointues ce qui est envié par de nombreux, voisins et au-delà. Les sanctions auxquelles est soumis le pays depuis plusieurs années n’ont fléchi en rien la volonté de la jeunesse d’acquérir des savoirs autrefois réservés aux nations avancées. C’est à ce statut qu’aspire arriver l’Iran. Dans cet objectif, les applications pratiques des recherches scientifiques sont visibles partout en ville. La capitale dispose depuis plusieurs années d’un réseau de métro sophistiqué. D’autres réalisations forcent l’admiration. Pour s’en apercevoir, il faut visiter des joyaux d’architecture et de technologie. La tour Mellat, haute de plus de 200 mètres, fournit la preuve de cette volonté de l’élévation de l’esprit. Sciences et technologie se fondent bien dans ce lieu avec l’art et la culture. C’est au sommet de cette tour que sont exposées des oeuvres d’art à la vue des nombreux visiteurs. Sculpture, peinture, artisanat, poterie sont des techniques bien maîtrisées par les artistes qui vous en mettent plein la vue. C’est la même sensation d’émerveillement qui est offerte lorsqu’il nous est donné de flâner à travers les allées du parc Mellat dont les carrés à végétation luxuriante sont bien entretenus. Pour exciter le palais, rien de tel que de goûter aux spécialités culinaires du pays. Des variétés de légumes, de céréales et de condiments sont savamment associés pour faire ressortir toutes les effluves de la gastronomie. Un tour au marché de Tadjrich, au nord de Téhéran, suffit à se rendre compte du soin qu’apportent les habitants à leur alimentation. On a droit à du poisson frais des produits laitiers succulents et des fruits et légumes au goût incomparable. C’est aussi le kebab avec ses diverses variétés qui est proposé pour les citoyens et les visiteurs qui se rendent dans les multiples locaux dédiés à ces spécialités. Pour nous convaincre de la réussite iranienne dans le domaine agricole, on n’hésite pas à citer les exportations vers les pays voisins comme l’Irak. Services, agriculture, mais aussi industrie trouvent leur place dans ce pays. Malgré sa réputation de producteur important d’hydrocarbures, les autres activités ne sont pas négligées. Des conventions sont même signées depuis longtemps avec des pays étrangers pour une coopération économique. C’est par ce biais qu’on parvient à fabriquer des véhicules grâce à une licence de Peugeot. Il ne faut pas croire pour autant que les autres moyens de transport sont à la marge. En ville, il y a même des voies réservées aux autobus sur plusieurs kilomètres. Autrement, ce serait l’asphyxie dans cette agglomération de plusieurs millions d’habitants. Ces véhicules commencent d’ailleurs à participer à l’élévation du taux de pollution. Heureusement, l’étendue du pays offre plusieurs aires de détente. Les guides touristiques s’enorgueillissent du fait que la diversité du climat offre l’opportunité de vivre les sensations des quatre saisons en une seule journée. Cette contrée à l’histoire plusieurs fois millénaire n’est pas avare en vestiges de toutes les époques, faits pour séduire le visiteur.
Les joyaux du Chah
De l’époque moins reculée de l’histoire qui remonte au règne du shah, les Iraniens ont hérité de palais et de jardins somptueux ouverts au public. En témoin du génie perse, on peut aussi citer le riche trésor de la famille régnante dont une partie est exposée dans les locaux de la Banque centrale. Vous serez subjugués par le raffinement des artisans qui savent allier saphir, diamant et perles pour confectionner couronnes, trônes, sceptres et épées. Autant de signes de la noblesse récupérés par l’Etat afin de ne pas subir le sort des autres bijoux et pièces rares qui se trouvent à l’étranger.
En fait, c’est tout le pays qui se visite comme l’une des plus grandes et des plus diversifiées cultures au monde. Vous ne serez pas déçus après avoir vu Machhad, apprécié les plages de la Caspienne, parcouru le désert de l’Est et escaladé des montagnes culminant de plus de 5000 mètres. Tous les témoignages confirment que l’effet est garanti. C’est bien dommage que les étrangers ne se précipitent pas sur ces monuments. Le souhait est grand de voir l’Iran se libérer et briser l’isolement auquel il est soumis pour de plus grands échanges humains.
L’Iran a marqué un point contre les Occidentaux qui tentent de l’isoler en recevant, la semaine dernière, les représentants de 120 pays non-alignés pour rehausser son prestige international. Téhéran a fait valoir sa tolérance à l’égard des critiques et sa capacité à se faire des amis au-delà des divergences d’opinion. Voici le témoignage de Mohammad Saleh Sedghian, directeur du Centre arabe d’études iraniennes basé à Téhéran. «Au final, le sommet a donné une image positive de la République islamique, capable d’accueillir 120 nations.» Et cela peut aider l’Iran dans l’attrait des touristes. La situation géographique de l’Iran a fait créer les différentes régions climatiques et de multiples cultures. Cette variété donne un grand charme au pays.
Traditions et croyances
Le visiteur peut passer de la mosquée à l’église puis au temple et trouver ainsi la sensation qu’il recherche. C’est autant de paysages variés dans un seul pays. Ce sont des merveilles que nul ne peut voir dans une autre contrée. L’Iran appelé par le passé, le carrefour du monde, a constamment attiré l’attention des chercheurs en histoire. Pendant des milliers d’années, différentes civilisations ont été créées léguant un héritage précieux d’oeuvres précieuses. Certaines sont même enregistrées au patrimoine mondial de l’Unesco. A Ispahan et à Chiraz, ce ne sont pas les délices des yeux qui manquent. Les guides touristiques vous décriront ces merveilles avant de les visiter. Un concentré de cette civilisation se trouve aussi dans les musées.
Dans chacun d’entre eux, vous pouvez admirer des oeuvres uniques et extraordinaires. Vous ne les trouverez nulle part ailleurs. Coupes en or, statuettes en argile, miniatures, manuscrits, pierres précieuses. Tout y est. En tout, ce sont 400 musées qui sont des livres ouverts sur l’histoire. Traditions et croyances sont déclinées en mille couleurs. Même à présent, les artisans redoublent d’ingéniosité pour restituer la beauté de l’art iranien. Les magasins de souvenirs foisonnent de divers objets en cuir, en porcelaine, en bois ou d’autres matériaux. Le goût prononcé de l’art se perpétue au sein de la population actuelle. Rien qu’à voir les nombreuses salles de cinémas qui se déclinent dans les rues des villes renseigne sur le degré d’instruction des citoyens. Le raffinement se conjugue assez bien avec la vie quotidienne à en juger par les traditions d’accueil des Iraniens. Des rues propres et bien tracées, ornées d’arbres et d’autres plantes ne seraient que le reflet d’un art de vivre partagé avec les étrangers. Il est vrai que les montagnes de Zagros et d’Elbourz avec leur sommets enneigés une grande partie de l’année contribuent à entretenir ce décor verdoyant. Des ruisseaux coulent le long des saisons au rythme de la fonte des neiges. Et dans ce climat exhale le parfum des fleurs, au grand bonheur du tourisme…
