Interview avec Manelle Otmane, Directrice générale de la GAM Assurances

Interview avec Manelle Otmane, Directrice générale de la GAM Assurances

Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire pour la GAM ?

Cette crise sanitaire inédite induite par le Covid19 a bousculé nos habitudes et reclassé nos priorités. Elle nous a forcés à repenser dans l’urgence nos plans et nos méthodes de travail. C’est ainsi que dès le 17 mars des mesures ont été prises pour la protection des collaborateurs, des partenaires et des assurés. En effet, il y a eu mise en congé et télétravail de 80% des effectifs, Souscription des contrats à distance via notre service clients et livraison des contrats à nos frais au domicile de l’assuré. 

Ainsi nous avons pu respecter les mesures de confinement et de distanciation sociale recommandés. 

Voilà déjà plus d’un mois que nous sommes en confinement, et sur le plan économique cela se ressent fortement. la GAM n’échappe pas à la règle, cette crise sanitaire a eu pour effet une forte baisse de l’activité et nous estimons la régression à 40% au mois d’avril et à 30% depuis le 1er janvier. Cependant nous ne pouvons pas imputer cette baisse du chiffre d’affaires à la seule crise sanitaire, il faut savoir que le secteur des assurances souffre depuis quelques années aussi bien des mauvaises pratiques du marché que des mauvaises décisions des pouvoirs publics qui concourent à sa perte.

La crise économique a-t-elle eu un impact sur le niveau d’activité de la GAM ?

La GAM opère dans le secteur des assurances dommages, notre portefeuille est dominé par l’automobile et nous faisons de l’engineering et du transport, c’est donc de plein fouet que nous avons subi la crise économique que connait le pays. En effet, l’absence de montage automobile, le gel des importations et des chantiers ont des conséquences directes sur la baisse de nos activités. 

Mais ce qui est déplorable est que cette crise a exacerbé d’une part, les mauvaises pratiques dans notre marché, C’est ainsi que nous observons le dumping qui a connu son apogée cette année et la vente à crédit de contrats d’assurance, une singularité algérienne. Et d’autre part la pression des pouvoirs publics qui surcharge le produit d’assurance que nous pennons à promouvoir de nombreuses taxes le rendant ainsi rédhibitoire. 

Avec la crise sanitaire, les choses se sont précipitées et la baisse drastique du chiffre d’affaires a mis en difficulté de trésorerie les compagnies d’assurances et il n’est pas exclu que ces dernières aient des difficultés à couvrir leurs engagements.   

Il est de notre responsabilité de proposer et de mettre en place avec notre tutelle des mesures de sauvegarde de nos compagnies et de nos engagements. Nous avons dans le cadre de l’UAR fait une proposition au ministère des Finances et nous souhaitons vivement être entendus. Ces mesures si elles sont adoptées pourraient nous permettre de traverser cette crise avec un minimum de dommages. 

Que peuvent faire les assureurs pour aider les citoyens en cette période de coronavirus ?

À ce sujet, nous avons, en ce moment à la GAM, deux préoccupations: 

Nos collaborateurs qui sont également nos concitoyens : pour eux notre engagement de tous les jours est de garder la cohésion dans l’entreprise et de maintenir les emplois dans ce contexte général de crise économique.

Pour nos clients : un assureur peut mettre son réseau d’assistance et d’experts au service du citoyen, cela revient à lui fournir du conseil et de l’assistance à domicile.

C’est ce que nous avons entrepris à la GAM, en mettant en place de nouvelles lignes via notre service clients qui prend en charge toutes sortes de demandes auxquelles nous essayons de répondre favorablement.

Egalement, comme évoqué, nous avons mis en place gratuitement le principe de livraison des documents d’assurances entre nos agences et les domiciles des citoyens, qu’il s’agisse de renouvellement, de souscription ou de déclaration de sinistres. Nous espérons ainsi permettre à nos assurés de rester en sécurité chez eux tout en évitant l’illégalité par défaut d’assurances obligatoires ou les retards de déclarations.

L’Algérie est parmi les pays les plus touchés par la crise économique due au coronavirus. Les assureurs couvrent-ils les dégâts occasionnés aux particuliers et aux entreprises?

L’Algérie est en effet parmi les pays les plus touchés par la crise économique. Malheureusement cette pandémie met en lumière et en exergue les problèmes économiques structurels. Il est à mon avis urgent de penser et d’entreprendre les réformes de fonds pour diversifier, moderniser et dynamiser tous les secteurs économiques.

En termes de couverture d’assurance, aucun assureur dans le monde n’a prévu cette pandémie, il n’y a donc aucun contrat qui couvre les conséquences d’une telle crise. 

Les contrats sur le marché ne couvrent que la perte d’exploitation consécutive aux sinistres occasionnant des dommages matériels. Comme par exemple nos contrats incendie.

La pandémie et le confinement sanitaire n’engendrent pas de dégâts matériels. De plus, comme je vous le disais, il est impossible avec les contrats d’assurances classiques qui sont pratiqués de couvrir des pertes d’exploitations parfois colossales. 

Cette terrible crise poussera j’espère les différents acteurs économiques et parties prenantes à tirer toutes les leçons. 

D’ailleurs, avec nos partenaires réassureurs, nous sommes convaincus qu’il y aura un après COVID 19, et qu’un nouveau produit d’assurance verra le jour.

Parlez-nous des nouveaux produits que vous avez lancé ces dernières années

Dans notre domaine d’expertise qui est l’automobile, nous offrons une panoplie de produits tous risques forfaitaires, modulables personnalisables, nous avons également mis en place des variantes dans l’assistance automobile offrant un catalogue de service allant du dépannage jusqu’à la mise à disposition d’un véhicule de remplacement en passant par le bris de glace. Nous offrons également des services inédits sur le marché algérien tel que le remboursement au frais réel et la réparation en nature en partenariat avec concessionnaires automobiles. 

Pour les produits destinés aux ménages et aux professionnels nous avons également intégré le service d’assistance ; et il y’a également l’assurance des appareils mobile qui est une première en Algérie.

Comment se passe votre partenariat avec Macir Vie ?

Macir vie, tout comme AMANA sont des filiales vie partenaires de la GAM sur lesquels nous nous appuyons pour compléter notre gamme de produits à destination de nos assurés.

Il est très important pour nous d’être en mesure de proposer et d’offrir une solution d’assurance globale à nos clients. Macir vie est une compagnie innovante qui répond au besoin de flexibilité de la GAM. 

Ces dernières années ont été consacrées à la consolidation de la GAM en tant que compagnie dommages mais il n’est pas exclu que nous nous lancions dans la vie avec un partenaire à moyen terme.

Comment voyez-vous la sortie de cette crise économique ? 

A court terme nous pourrions nous inspirer et tirer des leçons des solutions que de nombreux pays dans le monde, ont mis en place face au Covid-19. Je considère cette crise sanitaire comme une occasion pour l’Algérie d’entreprendre un vrai plan de restructuration national comportant le développement de secteurs d’avenir hors hydrocarbures, la restructuration profonde des finances publiques et l’assurance de la stabilité juridique et de la justice.

Pour une sortie de crise, il y a lieu de relancer la machine économique en reconstruisant l’outil de production, en libérant les initiatives et soutenant l’innovation, le savoir et la recherche scientifique. 

Il est également primordial que les autorités publiques travaillent la main dans la main avec les diverses parties prenantes économiques, et qu’elles soient à l’écoute des difficultés et des recommandations remontées par les entreprises. 

L’économie informelle est également une plaie qu’il faut traiter de toute urgence et l’état doit jouer son rôle de régulateur. 

L’Algérie doit également consolider des partenariats stratégiques équilibrés dans des domaines définis, et mettre en place une politique économique moderne et diversifiée.

Je reste optimiste et je crois en la capacité de notre pays et de ses forces vives à aller de l’avant. Nous devons néanmoins travailler ensemble et être conscients que ce sont les efforts de tous qui mèneront notre pays à sa réussite.

Massin.A

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