Interrogations sur la contestation de diar echems ,Drogue, émeutes et relogement

Interrogations sur la contestation de diar echems ,Drogue, émeutes et relogement
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S’il est vrai que tous les relogements ont un dénominateur commun, celui d’améliorer les conditions de vie des citoyens, chaque opération, en revanche, revêt sa particularité. À Diar Echems, derrière le refus de certains de rejoindre le lieu d’affectation à Birtouta, se cache une amère vérité.

Lancée par petits convois en fin de matinée de mercredi, l’opération qui a concerné 399 familles de la populaire cité Diar Echems s’est achevée vers une heure du matin, jeudi. Un relogement dans la plus grande sérénité contrairement aux craintes appréhendées suite aux émeutes d’il y a quelques jours.

Les deux états-majors installés au niveau des sites de départ et d’accueil n’ont vécu aucune contrariété susceptible d’être citée, à l’exception d’une poignée de familles qui a exprimé le vœu de changer d’étage. Les arrivées sont plutôt timides en fin de matinée et ce n’est qu’en début d’après-midi qu’une chaîne de camions se forme à l’entrée du site de Birtouta.

La feuille de route étant le document permettant de décharger les bagages, certains pères de famille ayant oublié ce papier sont contraints de prendre leur mal en patience en attendant la régularisation de leur situation.

Au QG de l’administration formée de représentants de la Direction du logement, de l’OPGI et des services de sécurité ainsi que de la Protection civile, on est sur le qui-vive.

C’est là que les familles viennent prendre possession des clés et de l’affectation du logement. La gestion de ce volet est réglée comme du papier à musique. En quelques heures, le site grouille de monde. Entre deux arrivées, les responsables de l’orientation accordent leurs chiffres sur le nombre de logements occupés, histoire d’avoir une idée sur l’heure du bouclage de cette opération.

Il faut dire que la grande majorité d’entre eux est debout depuis les premières lueurs du jour. C’est aussi le moment que nous mettons à profit pour musarder parmi les familles.

Des youyous attirent notre attention sur un fait tout à fait original. Une terrine de couscous à la viande ragoûtante de mouton est offerte par une famille aux responsables et ouvriers en place.

Pas loin de là, des adeptes de Boualem Titiche agrémentent le repas convivial que le directeur du logement, Mohamed Smaïl, à peine arrivé, ne voulait pas rater pour tout l’or du monde. C’est pour tous les présents, une autre image de ce qu’on pouvait imaginer de ces familles dont on avait une autre idée une semaine auparavant.

On nous a trompés

Au fur et à mesure des arrivées, des petits rassemblements se forment. Nous butinons d’un groupe à l’autre des informations qui ne tardent pas à révéler le dessous des cartes. À l’origine, dit-on, des représentants du quartier ont visité ce site.

À leur retour, une sinistre image a été faite de cette cité décrite comme se trouvant éloignée de plusieurs kilomètres du centre-ville de Birtouta, dépourvue de commodités comme le transport et les structures sanitaires, sans école, et en plus les logements sont petits et mal finis par rapport aux sites.

La première réaction était, comme le confirmait un des bénéficiaires, d’exiger d’être relogés dans le même site que leurs anciens voisins à Seballa.

Ainsi le mot d’ordre est passé et de peur des représailles de la part de ceux qui avaient imposé leur diktat. Au fait, ces derniers ne sont qu’un groupe de malintentionnés. Des dealers, affirment certains. Leur objectif serait, selon les témoignages, de dissuader les habitants de rejoindre les logements de Birtouta et d’exiger le site de Seballa pour retrouver leurs anciens acolytes et renforcer le réseau de trafiquants de drogue. Mais la stratégie n’a pas fonctionné.

C’est l’avis de ammi Kaddour, 85 ans bon pied bon œil. Lui, c’est la mémoire vivante du quartier. Il ne l’a pas quitté depuis quarante-cinq ans.

Le vieux retraité, ancien syndicaliste, parle de cette “maudite cité” construite par De Gaulle juste après son investiture à la tête de la Ve République en 1958 dans le cadre du plan dit de Constantine. Un mini-plan Marshall destiné, selon la politique coloniale, à apporter un soi-disant confort à la population indigène reléguée dans les taudis des plus grands départements de l’Algérie.

Mais, selon l’interlocuteur, ce qui était un soulagement pour les pauvres malheureux de l’époque ne tardera pas à devenir, la population grandissante aidant, un cauchemar dès les années 1970 pour les familles de Diar Echems. “On a essayé toutes les transformations possibles pour avoir ne serait-ce qu’un mètre de plus sur la surface du logement. Ce dernier devenait plus petit à chaque naissance et à l’âge croissant des enfants. Je me rappelle de mon ancien voisin pour qui faire coucher ses huit enfants posait chaque nuit problème dans son F1. Une cage à poule. Ce n’est pas pour rire du malheur des autres, mais on le taquinait quelquefois sur la question, que Dieu ait son âme. Aujourd’hui, il n’y a pas de comparaison à faire. Pour moi, j’ai quitté l’enfer pour le Paradis”, confie l’octogénaire.

D’autres témoignages confortent la confession du vieux, tel celui de ce père de famille qui en signe de gratitude s’est carrément prosterné sur le trottoir. Les youyous fusent de partout et le sourire est sur toutes les lèvres.

Veillée d’armes au QG

Il est dix-huit heures. Mme Raïs, le wali délégué de Birtouta, entourée des organisateurs, s’enquiert des dernières nouvelles de l’opération. Elle demande le nombre de repas à servir aux agents des différents EPIC de la wilaya affectés à cette opération.

Le directeur de l’OPGI de Dar El-Beïda, Tarek Souissi, tarabuste ses agents pour prendre en charge les doléances des familles notamment en matière de plomberie, d’électricité et d’eau.

Avec la tombée de la nuit, les électriciens et les plombiers sont très sollicités.

Un des agents de l’OPGI nous fait savoir que suite aux visites qui ont précédé le relogement, des citoyens s’en sont pris aux logements en saccageant la tuyauterie, les mélangeurs de cuisine et de salle de bain, même les murs n’y ont pas échappé aux larges égratignures. “Par esprit de vengeance et pour faire dissuader les futurs occupants”, explique l’agent. Ces actes de sabotage n’ont évidemment pas manqué de générer, en plus des dépenses à l’État, des désagréments pour les bénéficiaires. Et c’est dans ce cadre qu’une cellule d’intervention est aux alertes.

À vingt et une heures, une vieille femme est ramenée par la Protection civile pour régulariser la situation du logement, ce dernier étant à son nom. C’est sur le brancard de l’ambulance qu’elle a opposé sa signature synonyme du sésame pour le logement. Sa famille s’empresse vers le nouveau logement. La fatigue commence à gagner les organisateurs et des esprits s’échauffent. Un des organisateurs pris à partie par un père de famille qui exigeait les clés sans la personne habilitée à savoir une vieille dame, affiche son impatience devant le citoyen récalcitrant. On prie donc ce dernier de se conformer à la réglementation.

Au bout de quelques minutes, tout est rentré dans l’ordre. On explique à cet effet que des cas de trafic ont été enregistrés dans le passé. Il est minuit passé.

Le QG se réunit sous une sécurité irréprochable à longueur de journée des services de la police et de la gendarmerie. On compare les chiffres.

Le compte est bon. Les 399 familles sont relogées. Près de 50 recours sont acceptés. Les familles seront relogées dans les sites de Draria et Béni Messous. C’est le dernier relogement de l’année en cours pour la wilaya d’Alger. Pour le directeur du logement, la prochaine opération dépend de la livraison.