Injections, lasers et fillers : pourquoi la médecine esthétique ne s’improvise pas

Injections, lasers et fillers : pourquoi la médecine esthétique ne s’improvise pas
Dr Yamina Kesseiri, docteur en médecine diplômée de la Faculté de médecine de l’Université d’Alger et experte en médecine esthétique.

Longtemps cantonnée aux clichés et aux excès visibles sur les réseaux sociaux, la médecine esthétique reste pourtant une discipline médicale à part entière, dont les bénéfices peuvent être réels lorsqu’elle est pratiquée dans un cadre strictement médical. Rajeunir sans se transformer, corriger sans dénaturer, accompagner le temps qui passe plutôt que le combattre : telle est la promesse d’une médecine esthétique raisonnée.

Mais cette promesse s’effrite dès lors que certains actes, parfois lourds de conséquences, sont réalisés hors cadre médical, dans des salons ou par des praticiens non qualifiés. Injections, lasers, cryothérapie… ces gestes ne sont pas anodins et engagent la responsabilité du médecin, lorsqu’il y en a un.

Pour éclairer ces enjeux, nous avons rencontré Dr Yamina Kesseiri, docteur en médecine diplômée de la Faculté de médecine de l’Université d’Alger. Experte en médecine esthétique, qu’elle pratique depuis plus de seize ans, elle revendique une approche rigoureuse, individualisée et profondément humaine d’une spécialité en constante évolution.

Docteur Yamina Kesseiri, quel est votre parcours et comment êtes-vous venue à la médecine esthétique ?

Je suis docteur en médecine, diplômée de la Faculté de médecine de l’Université d’Alger. Obtenir mon doctorat en médecine en Algérie reste, à ce jour, ma plus grande fierté. C’est le socle de tout mon parcours.

Par la suite, pour exercer la médecine esthétique selon des standards internationaux exigeants, j’étais obligée de me former à l’étranger. J’ai suivi plusieurs formations qualifiantes et Diplômes Universitaires, notamment à l’Université de Versailles – Paris. Cette démarche m’a permis d’obtenir une certification internationale de niveau expert dans mon domaine.

Je pratique la médecine esthétique depuis plus de seize ans. Mon intérêt pour cette spécialité est né d’une motivation très personnelle, celle de vouloir bien vieillir. En tant que femme, je comprends profondément les changements que nous traversons avec le temps entre le stress, les grossesses, les bouleversements hormonaux, l’impact psychologique du vieillissement.

La médecine esthétique m’a permis d’aider de nombreuses patientes et patients à sortir de leurs complexes, parfois profondément ancrés. Ce qui me procure la plus grande satisfaction, ce n’est pas seulement le rajeunissement esthétique, mais aussi le mieux-être mental que j’observe chez mes patients. Retrouver confiance en soi est souvent aussi important que le résultat visible.

Quelles sont aujourd’hui les principales techniques de rajeunissement ?

Il existe une grande diversité de techniques de rajeunissement, mais aucune solution standardisée. Chaque visage est unique.
Tout commence par une analyse précise et correcte du visage, de sa structure, de son histoire et de ses besoins. Les techniques doivent s’adapter au cas par cas, avec une approche sur mesure. C’est cette personnalisation qui garantit des résultats naturels et harmonieux.

Vous insistez beaucoup sur l’importance du cadre médical. Pourquoi est-ce essentiel ?

Toutes les interventions de médecine esthétique doivent absolument être réalisées par un médecin qualifié. Il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. Certains salons proposent aujourd’hui des actes qui comportent des risques sérieux : injections, lasers, cryothérapie, botox, fillers… Dès qu’un geste dépasse la simple superficie de la peau, on entre dans le champ médical.

La présence d’un médecin est primordiale car elle exige une parfaite maîtrise de l’anatomie faciale. Le botox et les fillers ne sont pas des actes anodins, ni dénués de risques. Le médecin est responsable de l’acte, du suivi et de la gestion des complications éventuelles. C’est une responsabilité que l’on ne peut pas déléguer.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes souhaitant recourir à la médecine esthétique ?

Je conseille systématiquement de faire plusieurs consultations avant de se lancer. C’est crucial. Il faut prendre le temps d’échanger, de poser des questions, de comprendre ce qui va être fait et surtout de s’assurer que l’on est bien face à un médecin. La confiance et la transparence constituent les piliers essentiels de toute prise en charge esthétique.

Quelles sont les idées reçues les plus fréquentes chez les patients ?

La plus courante est la peur des résultats dits « over » des visages figés, transformés, qui dépassent la norme et changent complètement le faciès. En réalité, la majorité des patients recherchent aujourd’hui des résultats naturels, discrets, respectueux de leur identité. Et c’est justement cette demande de naturel qui est la plus gratifiante pour un médecin.

Une question revient souvent, pourquoi n’avez-vous pas été présente plus tôt sur les réseaux sociaux ?

C’est une question importante, et on me l’a effectivement beaucoup posée. J’ai choisi de consacrer mon temps à développer, perfectionner et faire évoluer mes techniques afin d’être à la hauteur des attentes de ma patientèle, tant en matière de résultats que de satisfaction.

La médecine esthétique est une discipline en progression permanente. Elle ne se résume pas à posséder une multitude d’appareils ou à suivre des tendances. Le véritable secret de la réussite d’un acte repose sur un diagnostic juste, le choix de la technique appropriée, du bon produit ou du laser adapté à chaque situation. Et parfois, sur l’art de combiner intelligemment plusieurs techniques.

Cette exigence de rigueur, d’expertise et de résultats naturels a toujours primé sur la visibilité. Aujourd’hui, être présente sur les réseaux s’inscrit dans une continuité logique : transmettre, expliquer et rassurer, sans jamais compromettre l’essentiel, à savoir la qualité des soins et la sécurité des patients.