Dans un contexte marqué par la volatilité des hydrocarbures et les ajustements budgétaires successifs, la Banque d’Algérie se dote d’un nouvel instrument d’analyse : l’AMPM.
Développé avec l’appui technique du Fonds monétaire international, ce modèle de projection macroéconomique vise à éclairer la décision publique en testant différents scénarios de croissance, d’inflation et de taux de change.
Plus qu’un outil technique, l’AMPM traduit une volonté de moderniser la conduite de la politique monétaire.
Détaillé dans un document de travail publié début février par le FMI, le modèle baptisé Algeria Macroeconomic Projection Model constitue désormais la nouvelle grille de lecture de la Banque d’Algérie.
AMPM : un modèle adapté aux réalités de l’économie algérienne
L’AMPM fonctionne comme un simulateur. Il ne prédit pas l’avenir, mais teste des scénarios et mesure l’impact de chocs, notamment pétroliers.
Sa particularité réside dans la distinction entre secteur extractif et secteur non extractif. Cette séparation reflète la structure de l’économie nationale.
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Le document du FMI rappelle que « la production d’hydrocarbures a exhibé une tendance baissière claire » depuis 2008. Le modèle intègre donc cette contrainte dans ses projections.
Croissance, inflation, réserves : des équilibres sous surveillance permanente
Entre 2021 et 2023, la croissance a atteint en moyenne 3,8 %, contre 2,2 % sur la période 2015-2019. Dans le même temps :
- Les réserves de change ont chuté de 194 milliards de dollars en 2013 à 48 milliards fin 2020.
- La dette publique a culminé à 60 % du PIB en 2021 avant de se stabiliser autour de 50 %.
- L’inflation, supérieure à 9 % entre 2021 et 2023, est revenue autour de 4 % fin 2024.
L’AMPM suit ces variables de manière trimestrielle et distingue inflation de fond et produits volatils afin d’identifier les pressions durables.
Politique monétaire : un outil confronté aux limites du système bancaire
Le modèle prend aussi en compte la faible transmission des décisions de la Banque centrale. Plus de 85 % des actifs bancaires sont détenus par des établissements publics, ce qui limite l’impact des variations de taux.
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Selon le FMI, cette configuration « contribue à affaiblir la transmission et sape le rôle de signalisation de la banque centrale ».
La loi monétaire et bancaire de 2023 cherche à renforcer le cadre opérationnel et à encadrer les relations avec le Trésor.
Un outil de décision pour viser les 400 milliards de dollars de PIB
Actualisé tous les trois mois, l’AMPM ajuste ses prévisions en fonction des données disponibles. Il permet d’évaluer les marges de manœuvre dans un régime de « flottement administré » du dinar et de surveiller les seuils de vulnérabilité liés aux réserves.
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À l’horizon 2027, l’objectif de porter le PIB à 400 milliards de dollars impose une trajectoire maîtrisée. En structurant l’analyse autour de données formalisées, l’AMPM offre à la Banque d’Algérie un cadre d’aide à la décision plus cohérent face aux chocs extérieurs.
