L’industrie automobile revient au centre de l’agenda gouvernemental. Le Premier ministre a installé un groupe de travail multisectoriel chargé d’élaborer un nouveau référentiel national d’intégration.
Derrière cette décision, l’enjeu de fixer une base de calcul précise du taux d’intégration dans l’industrie automobile et conditionner, sur cette base, l’accès aux avantages prévus par la loi.
Une étape qui pourrait modifier en profondeur les règles du jeu pour les constructeurs déjà agréés.
Industrie automobile : un nouveau référentiel pour encadrer le taux d’intégration
Selon un communiqué des services du Premier ministre, le futur référentiel constituera « le document de référence pour le calcul des taux d’intégration réalisés par les constructeurs ». Ce cadre permettra de déterminer l’éligibilité aux avantages préférentiels prévus par la législation régissant l’activité de production et de montage de véhicules.
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La feuille de route vise à structurer un réseau national intégré de sous-traitants spécialisés dans la fabrication de pièces et composants destinés aux voitures, autobus et motocyclettes. Les autorités avancent plusieurs leviers :
- Création d’emplois dans les filières industrielles associées
- Transfert de technologie
- Développement des compétences nationales
- Réduction de la facture d’importation des pièces et composants
- Stimulation de l’investissement productif
En mai 2025, Sifi Ghrieb, alors ministre de l’Industrie, affirmait : « Je rassure tout le monde, nous y travaillons en silence, de manière précise et scientifique. Et nous allons sortir un taux d’intégration qui va satisfaire tous les Algériens ». Il annonçait également l’adoption d’un calendrier sur le taux d’intégration, « chose qui n’existait pas avant ».
Il s’interrogeait alors sur les anciens seuils de 10 %, 20 % et 30 %. Demandant s’ils concernaient « la formation, les cadres ou les batteries ». Promettant de « satisfaire le peuple algérien de manière qualitative, quantitative et tarifaire ».
Industrie automobile : des engagements à 30 % et une question pour les constructeurs déjà agréés
Plusieurs opérateurs ont déjà obtenu l’agrément de l’Etat et lancé leurs activités. A l’image de Fiat via Stellantis El Djazair, JAC avec Emin Auto, Tirsam, Pen piu pour Daewoo Trucks, ainsi que SYM et VMS pour les deux-roues.
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Ces constructeurs se sont engagés à atteindre un taux d’intégration de 30 % au terme de la cinquième année d’activité, selon une base référentielle en vigueur.
La mise en place d’un nouveau mode de calcul soulève donc une interrogation. Les nouvelles règles s’appliqueront-elles aux opérateurs déjà en production ?
Montage ou production réelle ? Un précédent controversé depuis 2014
Le débat sur le taux d’intégration ne date pas d’aujourd’hui. En 2014, le cahier des charges prévoyait 15 % d’intégration à la troisième année et plus de 40 % à la cinquième. Le partenariat conclu avec Renault, qui a lancé son unité en novembre 2014, fixait un objectif de 42 % à l’horizon 2019, à l’issue des avantages fiscaux liés à l’ANDI.
Un bonus de 10 % pouvait s’ajouter en cas d’adaptation de moteurs, ponts et boîtes de vitesses de production nationale.
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En 2017, le décret exécutif n°17-344 du 28 novembre fixait un taux minimum de 15 % après la troisième année et de 40 % à 60 % après la cinquième année. Il introduisait également une nouveauté en intégrant le taux d’exportation de pièces de rechange. Et le taux d’emplois liés à ces pièces dans la formule globale.
un nouveau cadre pour mesurer l’intégration locale : vers un calcul « sur une base réelle »
Le 26 juin, le directeur général du développement industriel au ministère de l’Industrie, Ahmed Salem Zaid, a indiqué sur la chaîne 1 que « le taux d’intégration sera calculé, à l’avenir, sur une base réelle ». Il a qualifié l’ancienne méthode de calcul financier d’« inefficace, compte tenu de la dévaluation de la valeur de la monnaie nationale au fil du temps ».
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Ainsi, le nouveau mode de calcul reposera sur « le pourcentage de pièces détachées fabriquées localement ». L’orientation affichée vise un transfert technologique effectif et une production locale tangible, au-delà des écritures comptables.

