Industrie automobile : le nouveau pari à 300 milliards de dinars de l’Algérie

L’industrie automobile en Algérie pourrait prendre un nouveau virage dans les prochaines années. Une étude stratégique consacrée à la création d’un « cluster industriel des composants automobiles et de la mécanique de précision » propose un programme d’investissement de 300 milliards de dinars à l’horizon 2035. Le pari, ne plus mesurer la performance du secteur au seul nombre de véhicules assemblés, mais à la quantité de composants fabriqués localement et à la valeur ajoutée conservée en Algérie.
Élaborée en août 2026 par la Chambre nationale des commissaires aux comptes, selon l’étude consultée par Echorouk, cette feuille de route de 43 pages avance plusieurs chiffres. Un taux d’intégration locale moyen de 52 % à l’horizon 2035, près de 28 000 emplois directs et un impact annuel potentiel de 1,9 milliard de dollars sur la balance commerciale dans son scénario central.
Ces données restent toutefois des projections. Le document précise qu’elles relèvent d’un modèle stratégique et ne remplacent pas les études de faisabilité propres à chaque projet.
Industrie automobile en Algérie : 300 milliards de dinars pour développer les composants locaux
L’étude part d’un constat. Augmenter les capacités d’assemblage ne suffit pas à créer une industrie automobile intégrée. Une grande partie des composants d’un véhicule reste en effet dépendante de l’extérieur lorsque les fournisseurs locaux ne disposent pas des capacités nécessaires.
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Le document propose donc de déplacer le centre de gravité du secteur vers la fabrication des pièces et des équipements. Le réseau envisagé regrouperait notamment des entreprises spécialisées dans les :
- Composants métalliques ;
- Polymères et le caoutchouc ;
- Fils et câbles ;
- Systèmes électriques et électroniques ;
- Sièges et équipements intérieurs ;
- Pièces mécaniques ;
- Moules et outillages industriels ;
- Traitements thermiques et de surface ;
- Métrologie et les essais.
Selon l’étude, le marché accessible à cette future filière pourrait atteindre 303 milliards de dinars par an à l’horizon 2032. Cette estimation englobe les besoins liés à l’équipement initial des véhicules, le marché des pièces de rechange, les exportations ainsi que certaines applications de la mécanique de précision en dehors de l’automobile.
Industrie automobile en Algérie : quatre pôles pour répartir les nouvelles activités
La stratégie proposée ne prévoit pas de disperser les investissements dans les différentes zones industrielles. Elle recommande plutôt la création de quatre pôles industriels intégrés, répartis entre l’ouest, le centre, l’est et le sud-est avec les Hauts-Plateaux, selon les spécialisations et les capacités propres à chaque territoire.
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L’est occuperait une place particulière dans cette organisation. Sétif, Bordj Bou Arreridj, Constantine et Mila pourraient notamment accueillir des activités liées à l’électronique, aux batteries, à la mécanique de précision et aux moules.
L’ouest pourrait, de son côté, tirer parti de ses infrastructures portuaires, de sa position logistique et de ses capacités dans l’assemblage, les matières plastiques, les sièges et le formage.
Cette organisation vise à rapprocher les différentes étapes de production et à constituer progressivement un réseau de fournisseurs capables de travailler directement avec les constructeurs automobiles.
112 milliards de dinars pour les composants métalliques et 61 milliards pour l’électronique
Le montant de 300 milliards de dinars ne serait pas réparti uniformément entre les différentes branches. L’étude propose une enveloppe principalement destinée aux composants industriels.
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La répartition avancée se présente ainsi :
- 112 milliards de dinars pour les composants métalliques ;
- 61 milliards pour l’électricité et l’électronique ;
- 48 milliards pour les polymères et le caoutchouc ;
- 39 milliards pour la mécanique de précision, les moules et les outillages ;
- 26,5 milliards pour les plateformes et infrastructures ;
- 13,5 milliards pour la formation, la qualité et la recherche-développement.
La mécanique de précision constitue l’un des points importants du dispositif. La fabrication de pièces avec une précision micrométrique nécessite des équipements adaptés, mais aussi des compétences spécialisées, des normes de production et des laboratoires capables de mesurer et de certifier la conformité des pièces.
L’étude propose ainsi la création d’un laboratoire national de métrologie dimensionnelle et d’essais, pour un investissement estimé à 1,8 milliard de dinars.
Industrie automobile : 6 500 techniciens à former et 120 entreprises à accompagner
Le développement d’une chaîne locale de fournisseurs repose également sur les compétences disponibles. Le programme prévoit la formation d’environ 6 500 techniciens et travailleurs spécialisés pendant sa période de mise en œuvre.
L’étude prévoit également d’accompagner 120 entreprises dans l’obtention de la norme IATF 16949 et des exigences de qualité appliquées à l’industrie automobile.
Le document accorde par ailleurs une place aux véhicules électriques. Leur développement mondial pourrait ouvrir de nouveaux débouchés aux entreprises algériennes, notamment dans les batteries, l’électronique de puissance, les câbles haute tension, les systèmes de gestion thermique et différents composants électroniques.
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Mais l’étude pose plusieurs conditions à cette évolution. L’investissement, le foncier et les avantages accordés aux industriels ne suffiraient pas à eux seuls. La filière aura besoin d’un cadre réglementaire stable, d’une visibilité sur la demande, de contrats de longue durée entre constructeurs et fournisseurs, de certifications internationales et d’un dispositif national de métrologie.
Dix recommandations pour faire évoluer l’industrie automobile en Algérie
L’étude formule au total dix recommandations destinées à structurer cette nouvelle organisation industrielle. Elles portent notamment sur le calcul de l’intégration locale, la certification, le financement et la qualité.
Parmi les principales propositions figurent :
- Fixer une référence nationale pour calculer le taux d’intégration ;
- Confier la certification de ce taux à une mission professionnelle ;
- Conclure un contrat sectoriel entre l’État, les constructeurs et les fournisseurs ;
- Renforcer un centre technique dédié aux industries mécaniques ;
- Créer un fonds d’investissement consacré au cluster ;
- Revoir le régime douanier applicable aux intrants industriels ;
- Lancer le programme « Précision 2030 » pour renouveler les équipements de mécanique de précision ;
- Mettre en place un tableau de bord public pour suivre les performances du secteur.
Ce suivi ne devrait plus se limiter au nombre de véhicules produits. L’étude propose de prendre également en compte le taux d’intégration, la valeur ajoutée, la productivité, les exportations, le nombre de fournisseurs qualifiés et le niveau d’utilisation des capacités de production.
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Le taux d’intégration lui-même pourrait faire l’objet d’un contrôle plus précis. Le document propose de le calculer à partir des données techniques du véhicule, des listes de composants, de la comptabilité analytique et des sources d’approvisionnement des fournisseurs, afin d’en faire un indicateur vérifiable et certifiable.
À travers ce modèle, l’industrie automobile en Algérie ne se limiterait donc plus à l’activité des usines d’assemblage. Le programme vise à construire autour d’elles un tissu de fournisseurs capables de produire localement des composants conformes aux standards internationaux, puis de se tourner vers les marchés extérieurs.








