Gasoil : pourquoi l’Algérie en a importé 1,08 million de tonnes malgré ses raffineries

L’Algérie a importé 1,08 million de tonnes de gasoil en 2025, alors qu’elle n’en achetait presque plus à l’étranger un an plus tôt. Le rapport annuel de Sonatrach révèle que ces achats, non subventionnés, ont pesé sur son bénéfice. Demande en hausse, raffineries en maintenance, facture estimée et projets en cours : ce qu’il faut comprendre.
Importations de gasoil : près de sept fois plus de produits pétroliers achetés en 2025
Les importations de produits pétroliers de Sonatrach ont atteint 1,4 million de tonnes en 2025, contre 209 000 tonnes en 2024. D’après nos calculs, elles ont donc été multipliées par près de sept en un an. Cette envolée s’explique surtout par l’achat de 1,08 million de tonnes de gasoil à l’étranger.
Les achats de MTBE, un additif utilisé dans la fabrication de l’essence, ont aussi progressé de 42 %. Ces chiffres figurent dans le rapport annuel 2025 de Sonatrach, publié fin octobre. Notre article sur les revenus de Sonatrach en 2025 en présente les principaux résultats.
Un an plus tôt, le rapport annuel 2024 présentait l’arrêt total des importations de carburants comme un objectif atteint. Il s’appuyait alors sur une production record de 10,8 millions de tonnes de gasoil. L’année 2025 marque donc un retour des achats à l’étranger.
Pourquoi l’Algérie a dû importer du gasoil en 2025
La demande intérieure de carburants continue de grimper. Les ventes de gasoil ont progressé de 4,8 % en 2025, à 11,5 millions de tonnes, et celles d’essence de 6,1 %, à 3,7 millions de tonnes. Ces deux carburants représentent 92 % des produits raffinés vendus sur le marché national.
Dans le même temps, les raffineries algériennes ont légèrement reculé. Elles ont traité 26,2 millions de tonnes de pétrole brut, en baisse de 1 %, et produit 30 millions de tonnes de produits raffinés, également en baisse de 1 %. La raffinerie de Skikda, la plus grande du pays, a notamment été arrêtée 25 jours en mai 2025 pour maintenance, comme le racontait notre article sur l’arrêt de la raffinerie de Skikda.
Cette raffinerie couvre à elle seule 67 % des besoins du marché algérien en carburants. Son arrêt, même planifié, réduit donc l’offre nationale. D’après nos calculs, le gasoil importé a couvert environ 9 % des ventes de gasoil en 2025.
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Exporter des produits raffinés et importer du gasoil : le paradoxe expliqué
L’Algérie a exporté 14,2 millions de tonnes de produits raffinés en 2025, tout en important du gasoil. Ce paradoxe s’explique par le fonctionnement des raffineries. Elles transforment le pétrole brut en proportions relativement fixes de différents produits, comme le naphta, le fioul, l’essence ou le gasoil.
Or, le gasoil représente l’essentiel de la consommation nationale de carburants. Les raffineries algériennes produisent donc des excédents de produits moins demandés sur le marché local, qui partent à l’export. Lorsque la demande de gasoil dépasse la production, il faut compléter par des importations.
Gasoil importé : ce que ces achats ont coûté à Sonatrach
Sonatrach a réalisé un bénéfice de 603 milliards de dinars en 2025, contre 812 milliards en 2024, soit une baisse de 26 %. Le rapport explique ce recul par la baisse du chiffre d’affaires, mais aussi par une autre raison. Il cite les charges liées à l’importation de gasoil pour le compte de l’État, non subventionnée.
Concrètement, Sonatrach a acheté ce gasoil aux prix du marché international. Elle l’a ensuite revendu sur le marché national, où le gasoil est vendu 31 DA le litre à la pompe, un prix fixé par l’État. L’écart entre prix d’achat et prix de vente pèse directement sur ses comptes.
Le rapport ne chiffre pas cette charge, mais un ordre de grandeur peut être calculé. En 2025, la tonne de gasoil s’échangeait en moyenne entre 695 et 730 dollars sur les principaux marchés de gros, hors transport. D’après nos calculs, les 1,08 million de tonnes importées représenteraient donc une facture d’environ 750 à 790 millions de dollars, soit autour de 100 milliards de dinars.
Ces importations restent toutefois loin des niveaux d’avant 2020. En 2017, l’Algérie importait encore environ 3 millions de tonnes d’essence et de gasoil par an, pour plus d’un milliard de dollars. La facture estimée de 2025 reste donc inférieure, mais elle marque un retour net des achats de carburants à l’étranger.
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Raffinerie de Hassi Messaoud, essence d’Arzew : les projets pour réduire les importations
Sonatrach a fortement augmenté ses investissements dans le raffinage et la pétrochimie en 2025. Ils ont atteint près de 190 milliards de dinars, soit environ 1,4 milliard de dollars, contre 51 milliards de dinars en 2024. D’après nos calculs, ils ont donc été multipliés par plus de trois et demi.
Le principal projet reste la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud, d’une capacité de 5 millions de tonnes par an. Sonatrach prépare aussi une unité de conversion du fioul à Skikda, de 2,3 millions de tonnes par an. Ces projets doivent augmenter la production de carburants à partir du même pétrole brut.
Pour l’essence, Sonatrach a signé en novembre 2025 avec le chinois Sinopec un contrat pour une nouvelle unité à la raffinerie d’Arzew. Elle doit porter la production annuelle d’essence de ce site de 550 000 tonnes à 1,2 million de tonnes. Le rapport ne donne pas de date de mise en service pour ces projets.
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