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Suspension des importations de bovins : en Irlande, les veaux perdent jusqu’à 350 € par tête

Suspension des importations de bovins : en Irlande, les veaux perdent jusqu’à 350 € par tête
Des bovins d'élevage dans une ferme, sur fond de suspension des importations algériennes. - Crédit photo : Austin Santaniello / Unsplash

La suspension des importations de bovins vivants par l’Algérie se fait sentir jusqu’en Irlande. Les éleveurs irlandais vendent désormais leurs jeunes bovins jusqu’à 350 euros de moins par tête qu’il y a un an. Des milliers d’animaux attendent un acheteur, et la filière irlandaise presse son gouvernement de rouvrir le marché algérien.

Importations de bovins : ce que l’Algérie a suspendu

La Direction générale des services vétérinaires a suspendu le 22 octobre les importations de bovins vivants, « pour des raisons sanitaires » et « jusqu’à nouvel ordre ». Elle a aussi annulé toutes les dérogations sanitaires encore valables. Notre article sur la suspension des importations de bovins sur pied en détaille les conséquences pour les consommateurs.

Le 28 octobre, la même direction a précisé la portée de sa décision. La mesure concerne exclusivement les bovins destinés à la reproduction et à l’engraissement, comme l’expliquait notre article sur la clarification de la DGSV. Les bovins destinés à l’abattage et les importations de viande restent autorisés.

Cette décision intervient alors que des foyers de fièvre aphteuse ont été signalés dans l’est du pays. Les autorités ont ainsi fermé les marchés à bestiaux des wilayas de Jijel et de Sétif. La fièvre aphteuse est une maladie animale très contagieuse, sans danger pour l’homme mais redoutée par les éleveurs.

Irlande : jusqu’à 350 euros de moins par jeune bovin

En Irlande, l’impact se mesure déjà sur les prix des « weanlings », ces jeunes bovins sevrés vendus pour l’engraissement. Les éleveurs en tirent aujourd’hui 300 à 350 euros de moins par tête qu’il y a un an, selon des médias irlandais. Ces animaux correspondent précisément à la catégorie que l’Algérie a suspendue.

« Perdre 300 à 350 euros par veau par rapport à l’an dernier représente un coup très dur pour le revenu d’un éleveur », a déclaré Eoin Ryan, responsable de l’élevage allaitant à l’Association irlandaise des éleveurs de bovins et d’ovins (ICSA). Certains exportateurs ont des étables pleines de jeunes bovins sans acheteur, selon lui. Des éleveurs rentrent même des marchés aux bestiaux avec leurs animaux invendus.

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L’Algérie, un débouché en forte hausse pour les bovins irlandais

La suspension frappe un marché en plein essor. Au 10 octobre, les exportations irlandaises de bovins vers l’Algérie avaient bondi de près de 3 500 têtes, pour atteindre 5 400 têtes, selon des médias irlandais. Cette hausse reposait surtout sur une forte demande algérienne de jeunes bovins.

Or, ce débouché compensait en partie le recul des marchés européens traditionnels de l’Irlande. Au 10 octobre, l’Irlande n’avait exporté que 28 628 jeunes bovins, contre 38 259 un an plus tôt, soit une baisse de 25 %. Toutes catégories confondues, ses exportations de bovins ont reculé de 10 %, à 294 163 têtes.

Les exportateurs irlandais auraient aujourd’hui entre 5 000 et 10 000 jeunes bovins en attente d’un marché. Faute de débouché à l’étranger, ces animaux doivent trouver preneur en Irlande. Cette offre supplémentaire pèse sur un marché local déjà difficile.

Éleveurs et exportateurs irlandais : des réactions contrastées

Les organisations agricoles irlandaises demandent à leur gouvernement d’agir vite. L’ICSA appelle le ministère irlandais de l’Agriculture et l’agence Bord Bia à tout faire pour rouvrir le marché algérien. Le syndicat agricole IFA souhaite, lui, que les autorités irlandaises interrogent directement l’Algérie sur la durée probable de la mesure.

Les exportateurs irlandais adoptent un ton plus mesuré. Leur groupement affirme reconnaître et respecter « le droit souverain de l’Algérie » de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé publique et son cheptel. Il dit rester en contact avec les autorités algériennes, sans spéculer sur les raisons de la décision.

Selon les mêmes médias irlandais, un représentant de la filière algérienne de l’élevage a indiqué que les importations ne reprendraient pas avant la fin de la campagne de vaccination. Aucune date n’a été officiellement annoncée par la DGSV. La mesure reste donc en vigueur « jusqu’à nouvel ordre ».

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Projet Baladna : quelles conséquences pour les vaches laitières américaines ?

La suspension soulève aussi une question pour le mégaprojet laitier Baladna, à Adrar. Le groupe qatari prévoyait de faire venir plus de 30 000 vaches laitières américaines, par avion, à partir de novembre 2026, comme l’expliquait notre article sur l’arrivée des vaches américaines de Baladna. Ces animaux relèvent de la catégorie des bovins de reproduction.

Aucune annonce officielle n’a précisé si ce projet bénéficie d’une dérogation. Baladna a choisi le transport aérien pour mieux maîtriser le suivi vétérinaire et la biosécurité de son troupeau. Le complexe doit couvrir à terme jusqu’à la moitié des besoins de l’Algérie en lait en poudre.

Prix de la viande en Algérie : quel effet de la suspension ?

La suspension touche les bovins d’engraissement, élevés en Algérie avant leur abattage. Elle ne concerne ni les bovins importés pour l’abattage direct, ni la viande importée, qui reste la principale alternative à la viande locale. L’effet sur les prix dépendra donc de la durée de la mesure.

Le marché des viandes rouges reste sous tension en Algérie. Le 18 octobre, le président Abdelmadjid Tebboune avait ordonné une enquête sur les prix de la viande importée, visant certains importateurs. La DGSV n’a fixé aucune date de reprise des importations de bovins d’engraissement.

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AS

Ahmed Saifi

Journaliste senior – Politique, actualité nationale et société

Ahmed Saifi est journaliste senior au sein de la rédaction d'Algerie360. Fort de plus de vingt années d'expérience dans le journalisme, il suit et analyse les grands enjeux politiques, institutionnels et sociaux qui façonnent l'actualité algérienne.

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