Une procédure judiciaire est en cours en France à l’encontre de Mohammed Bedjaoui. L’ancien ministre algérien de la Justice, ayant officié à la tête de la Cour internationale de justice, est visé par des accusations de fraude fiscale et de blanchiment d’argent, selon le JDD.
L’origine de la fortune de Mohammed Bedjaoui suscite l’interrogation en France : comment un magistrat international au salaire mensuel d’environ 15 000 euros a-t-il pu accumuler un patrimoine se chiffrant en dizaines de millions d’euros ? Cette question intéresse désormais de près le Parquet national financier (PNF). L’alerte a été donnée l’été dernier par le député Philippe Latombe, dont le signalement, cité par le JDNews, pointe du doigt des zones d’ombre qui pourraient entacher la réputation de la Cour internationale de justice.
Tout commence au début des années 2000 avec un conflit frontalier majeur entre le Qatar et le Bahreïn pour le contrôle de gisements gaziers stratégiques. En 2021, la CIJ tranche en faveur de Doha, une décision qui suscite immédiatement le scepticisme des experts.
Ces doutes ont conduit le député Philippe Latombe à alerter la justice dès 2023 sur le rôle de Mohammed Bedjaoui dans ce délibéré. L’affaire a rebondi récemment avec les révélations d’une ONG canadienne : plusieurs magistrats, dont Stephen Schwebel (successeur de Bedjaoui), y dénoncent l’usage de faux documents et un climat de corruption qui auraient gravement altéré l’intégrité du verdict.
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Un patrimoine immobilier familial estimé à 7 millions d’euros en France
L’étau judiciaire se resserre autour de Mohammed Bedjaoui. Selon la même source, le pôle financier du tribunal de Paris, dirigé par le juge Serge Tournaire, a déjà intégré deux signalements à une information judiciaire pour corruption, trafic d’influence et blanchiment.
Un troisième volet, actuellement examiné par le Parquet national financier (PNF) en France, s’avère particulièrement critique pour Mohammed Bedjaoui. Ce dossier cible la fortune familiale, notamment un patrimoine immobilier de plus de 7 millions d’euros situé à Paris et dans les Hauts-de-Seine. Les enquêteurs s’interrogent sur la provenance de ces fonds, jugés incompatibles avec les revenus officiels d’un magistrat de la CIJ.
Par ailleurs, la justice française examine plusieurs soupçons financiers pesant sur Bedjaoui. Les enquêteurs s’arrêtent notamment sur un virement suspect de 216 000 euros effectué en janvier 2001 vers le compte suisse de l’un de ses neveux, au moment précis où la CIJ délibérait sur le conflit Qatar-Bahreïn. Une autre transaction interpelle la justice française : l’acquisition en 2011 d’un appartement à Neuilly-sur-Seine pour 3,5 millions d’euros auprès de la famille royale saoudite, qui l’avait pourtant payé plus cher (4 millions d’euros). Fait marquant, ces investissements de luxe étaient réglés intégralement au comptant, sans aucun prêt bancaire.
Mandat d’arrêt international
Le dossier Bedjaoui s’alourdit d’un volet algérien lié au groupe pétrolier Sonatrach. Condamné par contumace en 2023 pour corruption, mêlant plusieurs autres personnalités accusées d’avoir reçu des pots-de-vin pour décrocher des marchés de plusieurs milliards de dollars, l’ancien président de la CIJ fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. L’affaire prend une dimension familiale puisque son neveu, impliqué dans des réseaux d’association de malfaiteurs et condamné par le tribunal de Milan dans un autre volet de cette affaire, est lui aussi recherché par les autorités.
Le procès italien a révélé, via un audit indépendant, l’existence d’un transfert massif entre Mohammed Bedjaoui et son neveu. Ces flux financiers, transitant par des comptes suisses, atteindraient la somme colossale de 22 millions de dollars.
Pour échapper aux poursuites, le neveu, de nationalité française, a adopté une stratégie de dissimulation radicale : il a obtenu la nationalité cambodgienne et a changé de nom. Selon une source proche du dossier, citée par le JDD, cette « stratégie de fuite » vise à masquer un réseau de fraude et de blanchiment dont le préjudice sur le sol français est estimé à environ 35 millions d’euros.
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