Voler le constructeur à la source : c’est le pari audacieux d’un groupe de malfaiteurs qui s’est emparé de neuf Peugeot sur le site de Poissy fin décembre 2023. Si l’enquête a duré plus de deux ans, elle vient de se solder par l’interpellation des suspects. Une affaire qui illustre la mutation d’un trafic bien rodé — l’envoi de voitures françaises vers le continent africain, notamment en Algérie — où les usines elles-mêmes sont désormais dans le viseur de filières très organisées.
Si l’envoi de voitures volées vers l’Afrique est un trafic bien connu, il touche désormais directement les constructeurs eux-mêmes. Ces derniers sont devenus les cibles privilégiées de réseaux criminels particulièrement polyvalents.
Cette réalité est confirmée par le dénouement d’une enquête lancée il y a deux ans et demi, suite à un vol d’envergure chez Stellantis. Fin décembre 2023, la plateforme logistique du site de Poissy (Yvelines) avait été le théâtre d’un casse ciblé, au cours duquel neuf véhicules Peugeot avaient été dérobés ou endommagés par les malfaiteurs.
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Un braquage commis à la source
En pleine nuit de Noël, un commando s’introduit par effraction sur le site de l’usine Peugeot-Stellantis à Poissy (Yvelines). Aux alentours de 1h30, le groupe fait main basse sur neuf véhicules stationnés sur le parc logistique du sous-traitant Ceva Logistics (ex-Gefco). Pour s’ouvrir le passage au niveau du poste D, les malfaiteurs n’hésitent pas à projeter deux des voitures volées contre le portail de sécurité. Le chemin est libre, la fuite commence.
Mais tout ne se passe pas comme prévu. Une Peugeot 308 se retrouve bloquée par la patrouille de sécurité et finit sa course dans un bloc de béton. Son conducteur parvient in extremis à s’extirper de l’habitacle. Il s’enfuit en courant vers le rond-point Camille-Jenatzy, où un complice l’attend à bord d’une autre voiture volée pour prendre la fuite.
Le butin final s’est avéré plus maigre qu’espéré. Entre les voitures abandonnées dans l’urgence et celles sacrifiées en guise de « béliers » pour enfoncer les grilles du site, la fuite a coûté cher aux voleurs. Cinq véhicules manquaient néanmoins à l’appel à l’issue de ce spectaculaire braquage. Ce préjudice a poussé le parquet de Versailles à confier les investigations aux enquêteurs du commissariat de Conflans-Sainte-Honorine.
Un voleur trahi par son ADN
Selon Le Figaro, l’enquête vient de s’achever par un coup de filet ciblé en région parisienne, ainsi que dans les secteurs de Tours et de Marseille. Fin juin, cette opération policière d’envergure a conduit à la garde à vue de cinq suspects, tandis que deux autres complices présumés ont été entendus librement par les enquêteurs.
C’est une empreinte génétique qui a confondu le cerveau de l’opération. Trahi par son ADN prélevé dans un véhicule accidenté, Malick O. (né en 1997 en Côte d’Ivoire) est passé aux aveux en garde à vue, reconnaissant son rôle de premier plan. Dans son sillage, ses complices — des trentenaires et quadragénaires originaires du Maghreb et basés en région parisienne — ont eux aussi rompu le silence.
Par ailleurs, le rôle de chacun s’est alors dessiné : trois des suspects ont avoué avoir été recrutés comme simples « convoyeurs » vers l’étranger. L’enquête a prouvé qu’à peine quelques jours après le casse, quatre des Peugeot se trouvaient déjà à Marseille, prêtes pour une traversée maritime vers l’Algérie. En effet, pour fluidifier le trafic, deux membres du réseau servaient d’aiguilleurs, récupérant les véhicules dérobés pour en donner les clés et les papiers aux transporteurs.
Un dernier malfaiteur sous mandat de recherche
Pour les voitures de Stellantis, le plan a été exécuté en un temps record. Ces vols répondent généralement à des commandes précises de l’étranger, avec Marseille comme point de départ idéal. La cité phocéenne offre non seulement un accès direct vers l’Afrique du Nord, mais abrite aussi des ateliers clandestins capables de falsifier les documents et de maquiller les véhicules afin de les réintégrer sans encombre dans le circuit légal.
Le démantèlement du réseau va maintenant se jouer devant les tribunaux. Selon le parquet de Versailles, au moins deux des suspects arrêtés, parmi lesquels Malick O., seront convoqués le 16 novembre 2027 pour répondre de faits de vol et de recel. Un dernier complice présumé, Oussama S., toujours en fuite à l’issue de l’opération policière de fin juin, fait quant à lui l’objet d’un mandat de recherche.
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