Le parquet de Dunkerque vient d’ouvrir une enquête visant des marins français opérant en Manche. Accusés de comportements racistes et de manœuvres dangereuses envers des migrants, ces agents sont au cœur de révélations explosives publiées par Le Monde et Lighthouse Reports.
La procureure de Dunkerque a précisé que l’enquête, déclenchée le 13 avril après un signalement du préfet maritime, porte sur deux volets : des injures publiques à caractère racial et la mise en danger de la vie d’autrui.
L’affaire a éclaté suite au courrier d’un lanceur d’alerte de la Marine nationale en France. Ce dernier y dénonce les agissements de ses collègues à bord du Ridens, un navire affrété par l’État, lors d’opérations de sauvetage menées entre août et décembre 2025 auprès de migrants tentant de rejoindre l’Angleterre.
En Manche, un équipage de secours aux migrants accusé de racisme
« Sales races », « faudrait tous les brûler »… Ces insultes d’une violence extrême auraient résonné sur le Ridens, un navire pourtant affrété par la France pour secourir les exilés. Derrière ces propos racistes, l’enquête révèle un système de mauvais traitements visant des migrants en pleine détresse alors qu’ils tentaient de rallier l’Angleterre.
L’alerte a été donnée par la préfecture maritime de la Manche : des « faits et propos, mettant en cause des marins du Ridens et pouvant recevoir une qualification pénale » ont été signalés au parquet le 13 avril dernier. La procureure de Dunkerque, Charlotte Huet, précise que les investigations visent des chefs d’accusation graves, notamment des « injures publiques en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion », ainsi qu’une « mise en danger de la vie d’autrui par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité ».
Le scandale prend de l’ampleur début 2026. Une femme marin, Magalie, dénonce un « climat délétère » et des « attitudes inappropriées » à bord du Ridens. Ses révélations ont déjà alerté l’inspection du travail, désormais mobilisée au sein de l’entreprise.
Lors de ses missions en 2025, cette femme rapporte avoir côtoyé des membres d’équipage « ouvertement racistes ». Elle décrit des scènes de violence verbale inouïe, parfois en présence des naufragés. Elle relate notamment l’agression verbale d’un matelot, David H., lançant à un père de famille iranien : « sale race ». Un autre agent de sécurité, Eric G. aurait multiplié les insultes déshumanisantes : « C’est vraiment des animaux »; ou encore en aparté : « il faudrait tous les brûler au lance-flammes ». Ces propos sont confirmés par un ex-marin de SeaOwl, témoin de déclarations islamophobes telles que : « Ils puent, tous ces musulmans, il faut les tuer, on va les balancer ».
Rationnement de la nourriture
Au-delà des injures, plusieurs témoignages d’anciens membres d’équipage dénoncent des privations délibérées et un climat de paranoïa à bord du navire. Magalie rapporte notamment que les migrants étaient soumis à un rationnement injustifié de l’eau et de la nourriture. Et ce, malgré des stocks abondants, une rigueur dictée par le refus des marins d’adopter une posture « humanitaire ». Ce traitement déshumanisant serait alimenté par une méfiance extrême du personnel. Ils sont persuadés que les exilés secourus pourraient être des terroristes potentiels.
L’enquête révèle également un ancrage profond de l’idéologie d’extrême droite chez plusieurs membres d’équipage. Sur les réseaux sociaux, ces agents, dont d’anciens policiers, affichent ouvertement leur soutien à la mouvance nationaliste. Cyril M., l’un des marins, manifeste notamment son hostilité envers les mineurs isolés. D’ailleurs, il affiche son soutien au policier auteur du tir mortel contre l’adolescent algérien Nahel en utilisant sa photo comme bannière Facebook.
Un des témoins regrette l’incidence délétère sur les sauvetages : « Certains se pointent encagoulés », poursuit-il. « Ils cherchent constamment la confrontation et crient sur les gens, les empoignent et les bousculent. Ils font tout pour créer des tensions », assure un autre.
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