Ils ont trempé dans les dérives du régime pendant 20 ans : Repositionnement suspect des partisans de Bouteflika

mardi 26 mars 2019 à 13:02
Source de l'article : Liberte-algerie.com

Par Karim Kébir

S’il est évident que leurs sorties participent de ce souci d’un repositionnement, maintenant que l’attelage à Bouteflika semble rompu, il reste qu’elles s’inscrivent dans une guerre clanique, sans lien avec les aspirations de la majorité de la population.

Ils ont été aux premières loges, du moins en tant que béquilles du pouvoir, accompagnant sans broncher les dérives bonapartistes du Président, et voilà qu’ils se découvrent des âmes “d’opposants” au système.

Disparus de la circulation, en retraite ou toujours en service, avec tout ce que le vocable charrie comme arrière-pensées, ils écument, depuis quelques jours, les plateaux télé et autres supports médiatiques pour louer la mobilisation populaire inédite qui s’exprime depuis le 22 février dernier, non sans admettre, avec une pointe de gravité, la nécessité du changement du système auquel ils ont pourtant contribué, dans une large mesure, à son enracinement et à l’élargissement de ses tentacules dans tous les segments de la société. Loin de s’encombrer du verdict déjà prononcé par la rue à leur égard, ils tentent de se dédouaner aux yeux d’une opinion dont la réaction ne s’est pas fait attendre, en témoignent les commentaires acerbes et caustiques sur les réseaux sociaux.

Première figure à être sortie du bois : Seddik Chihab, bras droit d’Ahmed Ouyahia, qui, il n’y a pas si longtemps, défendait, avec un rare zèle, l’option du cinquième mandat. Contre toute attente, Seddik Chihab, dont on sait d’expérience qu’il ne se hasarde pas à prendre des libertés sans l’aval de son mentor, avoue que le “pays est géré depuis six ou sept ans par des forces extraconstitutionnelles”. “En soutenant le 5e mandat en dépit de l’état de santé de Bouteflika, nous avons commis une erreur, fait preuve de manque de vision et d’aventurisme. Nous nous sommes trompés dans l’évaluation et la vision”, dit-il, presque sans remords.

Pourtant, lorsqu’en 2015, le groupe des “19”, comprenant des personnalités historiques et politiques, réclame, en vain, une audience au président de la République pour “vérifier si les décisions émanaient de lui”, son parti le RND — avec le FLN, l’UGTA et autre FCE — était le premier à monter au créneau pour fustiger l’initiative. Passons sur le cynisme d’Ouyahia qui ne ratait aucune occasion pour tomber à bras raccourcis sur l’opposition qui ne cessait d’alerter sur les conséquences de la vacance du pouvoir.

Chargé d’une mission de tirailleur contre l’ex-patron du DRS, Mohamed Mediene, Amar Saâdani, après une éclipse de plus de deux ans, revient pour débiter “ses vérités” et charger, comme jamais, Ahmed Ouyahia, qu’il a longtemps accompagné, d’abord du temps où il était au perchoir de l’APN, puis au sein de l’Alliance présidentielle. “Le Président est kidnappé, on ne le voit pas. On fait faire au Président des choses qu’il n’accepte pas lui-même. Ils disent que le Président a envoyé une lettre alors qu’il ne peut pas écrire, a désigné des responsables, alors qu’il ne peut pas le faire. Les lettres sortaient de chez Ahmed Ouyahia signées par lui. Il les faisait entrer à la Présidence pour les faire sortir ensuite”, a-t-il soutenu, hier, dans une sortie médiatique. Mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour dire ce que l’opposition et une large partie de l’opinion connaissaient déjà ?

Durant toute la période de “descente aux enfers”, particulièrement depuis 2012, on ne les a jamais entendus s’indigner des violations des libertés, de la corruption qui se propageait à un rythme effréné, ni de la répression qui s’abattait sur les défenseurs des droits de l’Homme, l’opposition et la société civile et encore moins sur l’existence de ce pouvoir parallèle qu’ils se surprennent de découvrir. Passons sur les retournements de veste de ces caciques du FLN, comme Hocine Khaldoun, ou encore le néophyte Mouad Bouchareb, vantant le mouvement populaire. S’il est évident que leurs sorties participent de ce souci d’un repositionnement, maintenant que l’attelage à Bouteflika semble rompu, il reste qu’elles s’inscrivent dans une guerre clanique, sans lien avec les aspirations de la majorité de la population. Pis encore, elles contribuent à polluer le débat, à brouiller les pistes et la visibilité et à grenouiller la mobilisation.

Karim Kebir

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