il s’est sacrifié pour sauver le site gazier d’in amenas, L’état se souviendra-t-il de Lahmar Amine ?

il s’est sacrifié pour sauver le site gazier d’in amenas, L’état se souviendra-t-il de Lahmar Amine ?

64_slide_1_130123125310.jpgAmine s’est illustré par un héroïque acte de résistance qui a contrarié le plan funeste du groupe terroriste de Mokhtar Belmokhtar.

L’attaque contre le site gazier de Tiguentourine, c’est aussi l’histoire de ces gens qui ont donné leur vie pour sauver leurs collègues et leur outil de travail. Lahmar Mohamed Amine est la première et seule victime algérienne de la prise d’otages d’In Amenas. Il a été tué froidement d’une balle dans la tête au moment où il donnait l’alerte.

Amine s’est illustré par un héroïque acte de résistance qui a contrarié le plan funeste du groupe terroriste de Mokhtar Belmokhtar. À en croire certains témoignages, il avait les mains posées sur la tête, tenu en joue par les ravisseurs, quand il a réussi à tromper leur vigilance. Il se lève rapidement, il leur fait un bras d’honneur dans un ultime geste de défi et se précipite pour actionner la sonnette d’alarme. La réaction d’Amine Lahmar mérite d’être saluée, parce qu’il mesurait les risques qu’il encourait. Il a sacrifié sa vie pour en sauver d’autres, laissant derrière lui une famille éplorée, mais fière de lui. Lors de sa conférence de presse tenue lundi dernier, un tiède hommage a été rendu à cet agent de sécurité de 31 ans par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Quelques membres des autorités locales de la wilaya de Tiaret, d’où il est originaire, des gendarmes et des représentants de Sonatrach l’ont accompagné à sa dernière demeure.

Est-ce suffisant ? Par son geste de bravoure, Amine a permis à certains expatriés de se cacher, aux chargés de la sécurité des lieux de riposter et aux travailleurs algériens et étrangers de fermer les vannes et arrêter la production de gaz, évitant ainsi une explosion dont les conséquences, de l’aveu même de Abdelmalek Sellal, auraient été désastreuses sur un rayon de 5 km. Amine méritait des funérailles à la hauteur de son sacrifice, d’être consacré comme l’un des symboles de la résistance contre le terrorisme. Dans des pays qui ont une haute idée du sens du devoir et du sacrifice au service de la patrie, le moindre petit acte de citoyenneté suscite la reconnaissance et la compassion des institutions de l’État et de toute la nation. Ce fut le cas notamment du président américain, Barack Obama. Il s’est rendu dès les premières heures du drame auprès des familles des victimes de la tuerie de Denver afin de leur exprimer sa solidarité. Très ému, il leur a dit : “Aujourd’hui, je ne suis pas venu en tant que président, mais en tant que père et mari.” Ces mots lui ont valu des marques de respect et la considération, y compris de la part de son rival aux dernières élections présidentielles. Amine aura eu les remerciements de ses collègues de travail exprimés dans les colonnes des journaux et un vibrant hommage à travers les réseaux sociaux.

Pour réhabiliter la mémoire de cet Algérien, une page a vu le jour sur facebook, invitant les internautes à mieux connaître le défunt. “Nous sommes capables de partager des inepties via facebook alors, pour une fois, donnons un sens à nos partages et rendons hommage à ce jeune homme qui a sacrifié sa vie pour protéger ses collègues et surtout accomplir le travail pour lequel il avait été engagé sur le site”, expliquent les initiateurs de cette page. Une société qui ignore ses héros et tous ceux qui contribuent à son progrès s’enfonce inévitablement dans la médiocrité et le déni de l’individu. Amine méritait d’être décoré à titre posthume par le président de la République. Il ne l’a pas fait. Ce héros n’a même pas eu droit à une pensée à sa mémoire, par le truchement des représentants de l’État ayant assisté à son enterrement. La démobilisation face au terrorisme et autres menaces visant le pays peut être alimentée aussi, parfois, par ce genre d’actes manqués.

N. H