Il poursuit ses massacres en dépit du bon sens et du droit international, Le nouveau pharaon d’Égypte !

lundi 19 août 2013 à 22:09
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sissi.jpgLe «généralissime» al-Sissi, qui oublie même que c’est le président Morsi qui l’avait fait «roi», n’en démord toujours pas. Surfant de massacre en massacre, il a réussi à générer une haine viscérale entre les deux pans de la société égyptienne.

Le général putschiste, soutenu par le roi saoudien et les dirigeants de l’entité sioniste, ignore superbement les mises en garde et les condamnations émanant de la plupart des États de la planète, à commencer par les capitales occidentales… Àcause de l’action irréfléchie et, pour tout dire, suicidaire, des dirigeants de l’armée égyptienne, ce pays est en train de basculer vers la guerre civile.

En attendant, sur fond d’une violence porteuse au quotidien de dizaines de morts, le tourisme s’est écroulé et, avec lui, toute l’économie de ce pays. Et, comme un malheur ne vient que rarement seul, les États occidentaux, à commencer par les Américains, ont suspendu leurs aides financières, économiques et militaires à ce pays. L’Égypte est en train de basculer vers le chaos.

Elle est également menacée d’une implosion sociale. Tout cela, parce que l’armée a décidé un jour que la démocratisation de ce pays n’était pas à l’ordre du jour, et qu’il était hors de question de laisser les Frères musulmans finir leur mandat, y laissant le peu de crédibilité qu’ils avaient, avant d’être remplacés (démocratiquement) par une autre force politique.

Il n’y avait, en effet, aucune urgence. Les Frères musulmans ne sont pas dangereux comme les intégristes salafistes de l’ex-FIS en Algérie, ou bien ceux qui sont en train de terroriser les populations civiles en Syrie et en Tunisie.

Le coup de force de la junte militaire égyptienne répondait forcément à d’autres considérations. Pour qui sait que celle-ci a toujours partagé le pouvoir et la rente avec le président déchu Hosni Moubarak, lui-même issu de ses rangs, il semble bien qu’elle ait pris ombrage du fait que les frères musulmans aient décidé de ne pas (trop) se laisser marcher sur les pieds par les bottes cloutées des militaires.

Bref, Abdelfettah al-Sissi, quoique lâché par les capitales occidentales, qui ne peuvent quand même pas cautionner les massacres gratuits que son armée est en train de commettre sur des populations civile, se prend vraiment pour le nouveau pharaon d’Égypte, à voir le ton de plus en plus arrogant et hautain qu’il adopte à chacune de ses sorties publiques.

Le chef de la junte, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui s’exprimait pour la première fois dimanche depuis le carnage de mercredi, qui s’était soldé par plus de 600 morts devant des centaines d’officiers de l’armée et de la police, a promis aux islamistes une riposte «des plus énergique», sans considération apparente pour le tollé déclenché dans les pays occidentaux dont certains parlent de «massacres».

En effet, hier à Bruxelles, en prélude à une possible réunion des ministres des Affaires étrangères, se tiendra une première rencontre diplomatique de haut niveau pour examiner la situation en Égypte.

Dimanche, les dirigeants de l’Union européenne, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, ont averti le gouvernement égyptien que l’UE était prête à «réexaminer» ses relations avec l’Égypte s’il n’était pas mis fin aux violences. Ils estiment que la responsabilité d’un retour au calme incombe à l’armée et au gouvernement.

Par ailleurs, au moins 36 partisans des Frères musulmans, détenus par les forces de l’ordre, sont morts dimanche 18 août en tentant de s’évader d’une prison de la périphérie du Caire. Mais les circonstances de leur mort demeurent encore confuses. Selon le ministère de l’Intérieur, les prisonniers ont pris un policier en otage puis des affrontements ont suivi.

La majorité des détenus sont morts suffoqués par les gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre. L’agent pris en otage, lui, a été libéré, mais il est gravement blessé, d’après les autorités. Cependant, d’après une source judiciaire, les partisans des Frères musulmans sont morts étouffés à l’arrière d’une camionnette de police surchargée lors d’un transfert en prison.

Cette même source, ainsi que d’autres proches des services de sécurité, annoncent un bilan de 38 morts. Les Frères musulmans ont pour leur part annoncé finalement un nombre de 35 prisonniers tués, alors que l’Alliance contre le coup d’État, qui organise les manifestations, avait auparavant dénoncé un «assassinat» et parlé de 52 détenus tués.

«Le meurtre de 35 prisonniers, des manifestants anticoup d’État, confirme la violence intentionnelle visant les opposants au coup d’État et l’assassinat de sang-froid dont ils sont les cibles», indique la confrérie dans un communiqué en anglais.

Wassim Benrabah

QUELS CHOIX POUR L’ÉTAT-MAJOR ?

L’armée égyptienne, qui a la maîtrise du jeu politique du pays depuis 1952, tout en contrôlant plus de 30 % de l’économie, ira-t-elle jusqu’à interdire la confrérie des Frères musulmans ?

Cette interdiction ne risque risque-t-elle pas d’encourager de larges franges, de ce mouvement rompu à la clandestinité et qui a de larges ramifications au sein de la société et des relais importants à l’internationale, de basculer dans le terrorisme ? Jusqu’alors, hormis le bain de sang que l’on ne peut que déplorer, l’état-major égyptien a somme toute bien manoeuvré et se pose désormais en sauveur de la Nation.

Dans un premier temps, il a encouragé en sous main la rue à chasser Moubarak, ce qui lui a permis de remplacer une génération militaire usée par une plus jeune. Puis il a laissé s’essayer au pouvoir les Frères musulmans, fortement encouragés par les États-Unis, la Turquie, Israël et le soutien financier illimité du Qatar.

Il a laissé faire l’amateurisme politique et leur hégémonisme pour mieux mettre en exergue leur échec politique et économique, pour recueillir le pouvoir, en faisant jouer un large rejet des frères par la population, mettant en avant un pétition portant des millions de signatures et en affirmant haut et fort qu’il souhaitait mettre en place une transition civile.»

De leur côté, les Frères musulmans, enfermés dans leurs certitudes, ont refusé tout compromis politique après l’éviction de Morsi. Les événements tragiques se sont précipités avec des manifestations considérables réprimées dans le sang et un point de nonretour au-delà duquel une réconciliation nationale sera longue et difficile.

Mais, forte du soutien politique et financier de l’Arabie saoudite, de la condamnation plus formelle que réelle des États- Unis, l’armée égyptienne semble en mesure d’initier un sortie de crise et une normalisation afin d’éviter la paralysie du pays et surtout une guerre civile, aux conséquences incalculables.

Une insurrection islamiste et l’implantation de maquis semblent difficilement envisageables. Les raisons objectives sont nombreuses : elles sont en premier lieu géographiques : à l’exception du Delta, l’Égypte n’est peuplée que le long de son étroit cordon alluvial ; tout le reste est désert ou constitué d’oasis facilement contrôlables.

À l’exception du Sinai, mais étroitement surveillé par les drones israéliens, il n’y existe pas de vastes zones de montagnes propices à l’implantation de maquis.

Au contraire de la Syrie, il n’y existe pas de zones confessionnelles en damier et en dehors des 10 % de chrétiens coptes mélangés à la population musulmane, tous les Égyptiens sont sunnites.» D’éventuels mouvements terroristes ne disposeraient pas de base arrière comme l’est la Turquie pour l’opposition armée syrienne.

L’armée égyptienne n’hésitera pas à intervenir contre d’éventuelles bases libyennes ou soudanises. D’un autre côté et si elle ne se résout pas à interdire le mouvement, elle a déjà décapité sa direction politique et va écraser ses démembrements militaires secrets, et le couper du Hamas.

Pour ce faire, elle a quasiment les mains libres, pouvant «compter sur l’aide financière illimitée de l’Arabie saoudite et des Émirats qui viennent d’ouvrir au général Abdel Fattah al-Sissi une première ligne de crédit sans intérêt équivalent à dix années d’aide américaine… soit 16 milliards de dollars.

À travers le soutien à l’armée égyptienne, les pétromonarchies règlent un double compte, à la fois contre les Frères musulmans qui ont juré leur perte, et contre le Qatar, leur principal allié financier.

À laisser l’Égypte plonger dans le chaos le royaume wahhabbite, y perdrait à la fois son plus grand fief dans la région et son leadership sur le monde arabe que le petit Qatar a osé contester ! Hamad Ben Khalifa et Hamad Ben Jassim, les deux parrains qataris « déposés », à l’instigation des États-Unis, Riyad reprend la main et tient sa revanche sur le Qatar, la Libye et la Turquie.

Les États-Unis et en particulier Obama, qui a subi un camouflet du général Sissi, qui a refusé de le prendre au téléphone ; se refusent toujours à évoquer le terme de coup d’État, synonyme de gel de l’aide américaine à l’Égypte.

Le Président qui a fait dans le service minimum, en terme de déclarations, comme appeler les deux clans à la retenue ou au dialogue, s’est contenté, pour toute mesure de rétorsion, de geler les manoeuvres militaires communes, «Bright Star», suite à l’assaut sanglant, place Rabaâ El Adaouyia, dans le souci évident, de ménager le Caire, partie prenante dans les négociations de paix israélopalestiniennes.

De son côté, la France, sixième partenaire de l’Égypte, son septième client et son premier investisseur, avec plus de 50 000 personnes employées, dans des secteurs aussi variés que les services, l’énergie, la construction ou l’industrie, a opté pour le service minimum, même si, par la voix de Laurent Fabius, elle a condamné «avec la plus grande fermeté les violences sanglantes intervenues en Égypte et demande un arrêt immédiat de la répression.»

En appelant «toutes les parties à refuser l’engrenage des affrontements et à ouvrir sans délai un dialogue incluant l’ensemble des forces politiques égyptiennes pour trouver une issue démocratique à cette crise grav» et en réaffirmant «sa disponibilité immédiate pour favoriser ce dialogue», Paris tient à sauver ses intérêts.

D’autant qu’elle doit aussi tenir compte des positions de Ryad et des monarchies du Golfe où les intérêts économiques français sont considérables.

En attendant de voir quelle forme prendra la normalisation de l’Égypte, on peut déjà faire un premier constat ; les islamistes, une fois au pouvoir, apportent la preuve de leur incompétence et de leur ambition coupable à vouloir islamiser à tout prix un pays bi-confessionnel, au risque de le plonger dans l’obscurantisme.

Mokhtar Bendib

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