« Il faut s’excuser » : le plan de Ségolène Royal pour desserrer le nœud France-Algérie

« Il faut s’excuser » : le plan de Ségolène Royal pour desserrer le nœud France-Algérie
La nouvelle présidente de l’Association France – Algérie AFA, Ségolène Royal.

À Paris, la nouvelle présidente de l’Association France – Algérie a livré sa première prise de parole publique. Face à une relation diplomatique à l’arrêt depuis l’été 2024, Ségolène Royal a choisi un terrain sensible, longtemps repoussé, pour esquisser une sortie de crise. Au centre de son discours, la mémoire coloniale, les restitutions et les séquelles encore ouvertes des essais nucléaires français dans le Sahara.

Samedi, à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), universitaires, militants associatifs et acteurs du dialogue franco-algérien se sont réunis autour d’un thème lourd de sens : « Demain, la France et l’Algérie ».

Très attendue, cette intervention n’a rien eu d’un discours de convenance. L’ancienne ministre a posé un diagnostic sans détour, la crise diplomatique actuelle ne se réglera pas par des gestes symboliques ou des rappels d’ambassadeurs. Le blocage, selon elle, plonge ses racines dans un passé encore mal assumé.

Crise France – Algérie : la mémoire coloniale remise au centre du débat par Ségolène Royal

D’emblée, Ségolène Royal a placé le dossier mémoriel au cœur de sa démarche. « Le problème, c’est la mémoire », a-t-elle affirmé devant l’auditoire, avant de préciser que « certaines blessures, les crimes de la colonisation, n’ont pas été nommées totalement, ni réparées, ni excusées ».

🟢 À LIRE AUSSI : Des vols à partir de 52 € : Volotea déploie de nouvelles liaisons France – Algérie

Une position assumée, dans un contexte où l’expression de « rente mémorielle » s’est imposée dans le débat public français, notamment à droite. Une notion que l’ancienne candidate à la présidentielle rejette fermement. « Je n’accepte pas le concept de rente mémorielle, parce que c’est une manière commode de délégitimer la parole des blessés de l’histoire », a-t-elle déclaré.

Pour elle, la mémoire des violences coloniales ne relève ni d’un calcul politique ni d’un rapport de force diplomatique. « La mémoire des violences coloniales n’est pas un calcul ou un intérêt, c’est un droit de reconnaissance de faits établis et documentés », a-t-elle insisté, appelant la France à assumer pleinement cette part de son histoire.

France – Algérie : restitutions, archives et symboles au cœur des propositions

Deuxième axe avancé par Ségolène Royal, la restitution des biens culturels, des archives et des dépouilles liées à la période coloniale. Un sujet sensible, régulièrement évoqué, mais rarement abordé de manière aussi directe.

« Pour l’Algérie, il faut restituer, il faut tout rendre », a-t-elle lancé, évoquant aussi bien les objets historiques que les restes humains conservés en France.

🟢 À LIRE AUSSI : GEW : L’Algérie numéro 1 mondiale de l’entrepreneuriat en 2025

Elle a notamment cité plusieurs symboles forts :

  • La tente, le sabre et le fusil de l’Émir Abdelkader, conservés au musée Condé de Chantilly.
  • Le canon Baba Merzoug, toujours exposé à Brest.
  • Les crânes et dépouilles de résistants algériens conservés dans les collections françaises

À propos du canon Baba Merzoug, elle a assuré : « Je vais voir cela avec le maire de Brest pour que ce soit fait dans les meilleurs délais ». Concernant les dépouilles, son objectif est clair, travailler à la restitution de « la totalité des dépouilles des résistants algériens ».

Essais nucléaires français : ouvrir les archives et réparer les territoires

Troisième volet, particulièrement sensible, les essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien dans les années 1960. Ségolène Royal réclame la transmission complète des archives à l’Algérie, ainsi qu’une mise à jour des données liées aux contaminations.

« Il faut documenter toutes les conséquences, notamment les contaminations et les conditions de la dépollution de ce territoire », a-t-elle souligné.

🟢 À LIRE AUSSI : Peine de mort en Algérie : ce que reconnaît officiellement le ministre de la Justice

Au-delà du devoir de vérité, elle y voit un champ concret de coopération bilatérale. Dépollution, expertise environnementale, transition énergétique. « Voilà une belle opportunité de développer des entreprises sur le secteur énergétique, sur le secteur de la transition énergétique et de la propreté environnementale », a-t-elle estimé, appelant à mobiliser des spécialistes français et algériens sur ces enjeux.