Il est censé réduire l’hécatombe des routes, Le permis à points arrive

Il est censé réduire l’hécatombe des routes, Le permis à points arrive

permis-conduire.jpgA en croire nos confrères d’El-Moudjahid, qui citent des sources au niveau du ministère des Transports, le permis à point, usité dans plusieurs pays occidentaux, devrait entrer en vigueur dès le début de l’année prochaine. Objectif : tenter de réduire l’hécatombe des routes, en optant pour une voie relativement pédagogique, après l’échec cuisant de la politique répressive suivie jusque-là par les pouvoirs publics.

Il s’est fait attendre, certes, mais il est ,enfin, là. Ou presque. Le permis à point, venu remplacer l’actuel permis à… poings, basé sur le tout répressif, devrait entrer en vigueur dès le mois de janvier prochain. C’est, en tous cas, ce qu’a annoncé le journal El-Moudjahid, qui cite une source au niveau du ministère des Transports.

Concrètement parlant, nous apprend la même source, un document contenant les fameux 24 points viendra s’adjoindre au permis que possédaient, initialement, les conducteurs. À chaque infraction commise, un ou plusieurs points seront retirés. Après la perte de la totalité des 24 points, le permis sera retiré.

Le conducteur en infraction peut récupérer les points perdus en suivant une formation, selon la même source. Mais, pour éviter toute forme de fraude, cette nouvelle mesure ne pourrait entrer en vigueur qu’une fois que sera finalisé le «projet portant casier national du permis de conduire, ainsi que celui des cartes grises».

La même source explique que «le casier national du permis de conduire devrait permettre aux services de sécurité d’avoir accès aux antécédents de chaque permis, car certains avaient pris l’habitude, lorsqu’ils se faisaient retirer leur permis, d’en retirer un autre, en dehors de leur wilaya de résidence, et évitaient, ainsi, toute forme de poursuite judiciaire».

Il faut dire que l’hécatombe des routes, qui n’en finit plus de monter en crescendo, devient un véritable cassetête pour les responsables en charge de cet épineux dossier.

Ces derniers ont eu beau durcir de plus en plus les règles du jeu, le nombre d’accidents et de morts n’en continue pas moins de grimper en cadence. Cela est dû, essentiellement, au fait que les autoécoles font dans le bricolage, dispensant des permis de conduire «garanti» à des chauffards qui n’ont jamais tenu un volant de leur vie contre le paiement de sommes d’argent supplémentaires.

Ces mêmes chauffards disposent, en outre, de plusieurs tours dans leur sac pour récupérer leurs permis retirés, ce qui fait que ceux sont presque toujours les mauvaises personnes qui payent et que les serial killers des routes continuent de sévir en toute impunité. Bref, une nouvelle formule, déjà annoncée en grandes pompes l’année passée, devrait entrer en vigueur dès le mois de janvier prochain. Il s’agit de ce fameux permis à point.

Le permis à points, adopté fin 2011, est censé compléter l’arsenal de la lutte contre l’insécurité routière. Ses «vertus», supposées ou pas, font, cependant, l’objet de débats, en raison des principes qui ont été adoptés. Une fois atteint un total de 24 points retirés, le chauffard se verra étiqueter «récidiviste ». Il devra suivre une formation pour récupérer des points, mais pourra continuer à conduire.

Or, de pareilles mesures contredisent foncièrement le Code de la route, toujours en vigueur, lequel prévoit un grand nombre de cas de retraits de permis, dont la durée varie selon la gravité de l’infraction constatée. Cette loi n’a jamais été abrogée. Une sorte de casse-tête attend, donc, les agents de l’ordre public, les commissions de probation et la justice dans le cas où une solution n’est pas proposée avant le mois de novembre prochain.

L’an dernier, pas moins de 4 598 personnes ont trouvé la mort sur les routes d’Algérie. Un nombre comparable à celui de la France. Sauf que le niveau d’insécurité routière est beaucoup plus élevé en Algérie, puisque l’on a deux fois moins d’habitants et cinq fois moins de véhicules. La situation de l’Algérie aurait été bien pire, si elle avait continué sur sa tendance des années 1980.

La chute de la mobilité due au climat de terreur, pendant la Décennie noire, s’était alors traduite par une diminution de près de 50 % du nombre d’accidents jusqu’en 1995, pour remonter par la suite et retrouver dans les années 2000 le niveau de 1985.

De plus, l’économie de nature collectiviste, avec le monopole d’importation des véhicules, avait freiné la motorisation de la population, qui se rattrape, depuis lors, avec une multiplication par deux du Parc en une dizaine d’années, pour atteindre 6,5 millions de véhicules.

Dans le même temps, la généralisation du port de la ceinture a permis de stabiliser le nombre de morts, le nombre de blessés ayant, lui, notablement augmenté. Le bilan 2011 est d’autant plus décevant que l’année 2010 avait enregistré une baisse spectaculaire du nombre de tués avec seulement 3 660.

Le nouveau code de la route, entré en vigueur en 2010, avait porté ses fruits au-delà des espérances, en durcissant les pénalités pour nombre d’infractions et en introduisant la mesure radicale du retrait de permis pendant trois mois pour diverses infractions. Près de 140 000 permis furent retirés dès le premier trimestre 2010, provoquant un tollé dans l’opinion. Le premier ministre demanda, alors, de marquer une pause dans les contrôles, au début 2011.

Cette mesure, on s’en souvient, était également liée à la volonté d’apaisement affichée par les autorités, au lendemain des émeutes sanglantes qui avaient secoué le pays, pendant que le vent de la révolte soufflait sur beaucoup de pays arabes et musulmans. Mais, ce faisant, les résultats parlèrent d’eux-mêmes : la mortalité sur les routes retrouva son niveau antérieur d’environ 4 500 tués par an.

Wassim Benrabah