Il boucle sa première année à la primature : Ouyahia dans l’attente de son “destin”

jeudi 16 août 2018 à 18:34
Source de l'article : Liberte-algerie.com

S’il a rempli la “feuille de route” pour laquelle il semble avoir été rappelé, il est loin d’avoir abattu toutes ses cartes.

Il avait coutume de rappeler, à qui voulait bien l’entendre, qu’il est un homme d’État au service du pays. Lorsqu’il y a une année, Ahmed Ouyahia remplaçait au pied levé l’ex-Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, limogé brutalement trois mois seulement après son installation, beaucoup se sont interrogés sur ce choix porté par les “décideurs” sur le patron du RND. Entre ceux qui y ont vu l’expression “d’une anarchie totale au sommet de l’État”, ceux pour qui “le pouvoir bascule dans l’informel” ou le “choix du désastre”, ou encore ceux qui ont applaudi la décision, le consensus était loin d’être réalisé. Les malentendus sont fondés : outre une mauvaise popularité qui remonte à la fin des années 90 avec ses fameuses décisions sur les ponctions sur salaires et l’opération “mains propres” qui s’était soldée par l’envoi derrière les barreaux de centaines de cadres, Ahmed Ouyahia traîne la réputation de l’homme des sales besognes, un serviteur zélé du régime. Comprendre : il hérite des missions casse-cou à chaque fois que le régime se trouve en difficulté ou contraint à prendre des mesures impopulaires. “Ce n’est pas la première fois que je le dis : Ahmed Ouyahia est l’homme le mieux placé (pour le poste, ndlr). Il a les qualités et les capacités de gérer la situation dans laquelle nous sommes et de faire face aux difficultés que nous rencontrons actuellement sur le plan économique et social. À mon avis, c’est un choix qu’on aurait pu déjà faire il y a deux ou trois ans”, avait jugé l’ancien président de l’APN, Abdelaziz Ziari. Confit dans la culture du système, Abdelaziz Ziari doit, probablement, savoir les raisons profondes ayant conduit à ce choix. Mais au-delà des appréciations sur un homme habitué à partir puis à revenir, la question fondamentale, à quelques mois d’une échéance électorale cruciale, était de savoir si son rappel était destiné à préparer la succession à Bouteflika ou pour le monter en épingle. En une année à la tête de la primature, force est de constater, en effet, que le patron du RND n’a rien laissé filtrer de ses intentions, lui qui, en 2014, n’avait pas hésité à suggérer qu’“un quatrième mandat pour Bouteflika ne rendra pas service à l’Algérie” et “quand on fait de la politique, on se destine à servir”. “Être président de la République, c’est servir son pays. Mais il est encore tôt pour parler de cela”, disait-il. Mais  ses adversaires politiques, qu’il qualifie d’“alliés”, semblent le surveiller comme le lait sur le feu. Ce fut le cas lorsqu’en décembre dernier, il convoque une tripartite sur le pacte de “partenariat public-privé”. Quelques jours seulement après la réunion, Djamel Ould Abbes convoque une tripartite qualifiée par beaucoup de “parallèle”. “Certains parlent d’un conflit avec Ouyahia. Le Premier ministre est désigné par le président de la République qui est aussi président du parti. Lui est Premier ministre, il dirige le gouvernement, nous, nous sommes le parti au pouvoir”, tenta d’expliquer alors Djamel Ould Abbes. Mais, il dissimulait difficilement ses craintes, voir ses soupçons de voir Ouyahia se “constituer un trésor de guerre” au service de ses ambitions cachées, grâce aux entreprises à céder aux “amis”. Le désaveu viendra également après la confection des listes des concessionnaires automobiles ou encore sur certaines taxes introduites dans la LFC. Acculé par le FLN dont l’ancien SG, Amar Saâdani, disait de lui, en mars 2016, qu’il n’était “pas fidèle au président Bouteflika” et qu’il était “mû par l’ambition présidentielle”, Ahmed Ouyahia a décidé récemment, comme pour lever les équivoques, de soutenir “un nouveau bail pour le Président”. Une décision d’apparence conforme aux arrangements du sérail mais qui ne met pas en veilleuse l’ambition de l’homme. Et si, en une année, il a rempli la “feuille de route” pour laquelle il semble avoir été rappelé, notamment sur le plan économique, au chapitre politique, il est loin d’avoir abattu toutes ses cartes. D’autant que l’agenda pour 2019 peut être chamboulé à tout moment, malgré le choix apparent du “système” en faveur d’un cinquième mandat. Le soldat attend toujours la rencontre de son destin.

Karim Kebir

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