Le point final d’une traque internationale a été posé vendredi. Le Franco-Algérien Abdelkader Bouguettaia, alias Bibi, a vu son impunité s’effondrer : 20 ans de réclusion criminelle dont deux tiers de sûreté.
Pour les enquêteurs français, il n’était pas un simple intermédiaire, mais le cerveau logistique d’une organisation tentaculaire. Son rôle ? Avoir transformé le port du Havre en plaque tournante pour les cargaisons de cocaïne sud-américaine.
Rattrapé par son destin après une extradition musclée depuis son refuge de Dubaï, le baron franco-algérien voit sa cavale se terminer dans l’ombre d’une cellule, marquant un coup d’arrêt à un narcotrafic de grande envergure.
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Abdelkader Bouguettaia écope de 20 ans de prison et d’une amende d’un million d’euros
Outre la prison, le tribunal a frappé Abdelkader au portefeuille : une amende d’un million d’euros. Jusqu’ici ce narcotrafiquant s’est joué de la justice. De 2022 à 2024, alors qu’il était en fuite, il avait accumulé les condamnations par défaut, avec des peines grimpant jusqu’à 15 ans de prison.
Extradé de Dubaï en juin dernier, il a été contraint de faire face à ces juges en personne, devant la Jirs de Lille. Vendredi, c’est derrière un écran, en vidéoconférence, que le prévenu a écouté le verdict final. Malgré la lourdeur de la peine, l’homme est resté de marbre.
Au cœur de l’enquête, un chiffre donne le verdict : plus de deux tonnes de cocaïne saisies sur les docks du Havre. Le réseau piloté par Bouguettaia ne laissait rien au hasard. Pour tromper la vigilance des douanes, la drogue voyageait au milieu de marchandises parfaitement banales. En effet, l’enquête révèle une logistique de sophistication redoutable : des cargaisons de lames de bois ou de gélatine de bœuf arrivant du Brésil, ou encore dans des boîtes de miettes de thon conditionnées sous vide, expédiées depuis l’Équateur.
Si le tribunal a fusionné deux des dossiers pour lesquels le parquet réclamait des peines très lourdes, un troisième volet s’est soldé par une relaxe. Faute de preuves irréfutables, les juges ont estimé qu’un « doute » subsistait sur la culpabilité directe de Bouguettaia dans cette affaire précise.
Trentaine d’autres complices condamnés
Pour l’accusation, il n’y a pas de place au doute : Abdelkader Bouguettaia était bien le « chef » suprême d’une véritable multinationale du crime. Sous ses ordres, une trentaine de complices, à différents degrés, ont déjà été condamnés au fil des saisies.
Le profil dressé par le parquet lors du procès est celui d’un récidiviste endurci. Avant même de fuir la France, son casier judiciaire était déjà lourd de condamnations pour trafic de drogue. Pour le procureur, l’homme est un « réfractaire », un criminel que rien n’arrête.
L’enquête a finalement scellé son sort grâce à un nom : « Bibi ». Si Bouguettaia a admis à la barre que ce surnom l’accompagnait depuis son enfance, les policiers, eux, ont démontré qu’il s’agissait surtout de la signature du donneur d’ordres que tout le milieu craignait.
Une vie de millionnaire à Dubaï
Parti de France en 2019, Abdelkader s’était bâti un royaume à Dubaï. Là-bas, loin du port du Havre, il menait une existence de millionnaire : appartements de standing dans la marina, voitures de sport et fréquentation des piscines de luxe. Pour justifier ce train de vie, il a maintenu une ligne de défense surprenante devant ses juges, affirmant n’être qu’un simple « chef de salle » dans un restaurant local.
L’horizon de Bouguettaia, aujourd’hui détenu au quartier de lutte contre la criminalité organisée, pourrait s’assombrir encore. Une autre enquête, pilotée depuis Paris, le place au centre d’une opération massive : l’importation de 2,5 tonnes de cocaïne colombienne. Un dossier où il est présenté comme le maître d’œuvre de la logistique, prouvant que sa « chute » n’est peut-être que le début d’une longue série de comptes à rendre.
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