HAMA AG SID’ AHMED, PORTE-PAROLE DU CONSEIL TRANSITOIRE DE L’ETAT DE L’AZAWAD, AU TEMPS D’ALGÉRIE

HAMA AG SID’ AHMED, PORTE-PAROLE DU CONSEIL TRANSITOIRE DE L’ETAT DE L’AZAWAD, AU TEMPS D’ALGÉRIE

l-entretien-de-france-24-hama-ag-sid-ahmed-porte-parole-du-mouvement-national-de-liberation-de-l-azawad.jpg«Une délégation du MNLA se rendra prochainement en Algérie»

Dans l’entretien accordé au Temps d’Algérie, Hama Ag Sid’ Ahmed, porte-parole du Conseil transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA, ex-MNLA), révèle qu’une délégation de ce conseil se rendra prochainement en Algérie pour faire le point avec Alger sur le conflit actuel se déroulant au nord du Mali.

Il revient, également, sur les violents affrontements ayant opposé, à Gao, au nord du Mali, le 26 juin, le MNLA au Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), organisation terroriste qui a enlevé sept diplomates algériens dans la même ville.

Le Temps d’Algérie : Le MNLA dépêche-t-il une délégation à Alger dans le cadre du dialogue mené par le président burkinabè pour trouver une solution au nord du Mali ? Le mouvement armé Ançar Eddine aurait envoyé une délégation, dans ce cadre…

Hama Ag Sid’ Ahmed : Dès la mise en place du Conseil transitoire de l’Azawad, le 9 juin 2012, nous avons, effectivement, évoqué une prise de contact rapide avec les autorités algériennes. Une délégation du Mouvement se rendra très prochainement en Algérie. Il s’agit de faire le point avec Alger sur le conflit actuel, de ses conséquences et surtout de mener une réflexion avec l’ensemble des acteurs impliqués qui pourraient arriver à des voies de sortie de crise.

La région est devenue une préoccupation importante pour la communauté internationale.  Une communauté internationale pour le moment qui piétine et qui a du mal à apporter  des propositions concrètes de sortie de crise aux parties en conflit. Nous savons, par ailleurs,  que les solutions de la crise actuelle sont devenues très complexes. Bien entendu, Alger aura à apporter une grande contribution à la stabilité de la région. Son action s’inscrit toujours dans l’esprit d’apaisement et de dialogue.

Certaines informations font état d’accrochages entre le MNLA et le Mujao. Confirmez-vous cette information ? Si oui, pourriez-vous nous fournir de plus amples détails ?

Les affrontements ont éclaté le 26 juin entre les brigades terroristes du Mujao et le MNLA dans la ville de Gao. Des éléments armés du Mujao, accompagnés de miliciens sous contrôle de ces derniers, ont tenté dans la journée de s’en prendre au personnel politique du CTEA qui se trouvait au Gouvernorat. Ce personnel politique du Mouvement était gardé seulement par un petit groupe de 15 Touaregs armés.

Ces derniers ont tenu plus de trois heures avant que des renforts du MNLA arrivent pour sécuriser le périmètre. Il y a eu des blessés graves et un mort dans la journée du 26 juin. Il s’agit d’actions menées par le Mujao et un groupe de miliciens formé par ces derniers dans les périphéries de la ville de Ménaka. C’est seulement dans la matinée du 27 juin, très tôt, que d’autres groupes du Mujao sont venus renforcer leurs camarades qui étaient en difficulté face aux 15 jeunes combattants du MNLA qui protégeaient le personnel politique du CTEA.

Les renforts du Mujao sont arrivés avec des armes lourdes et de petits missiles. Tôt dans la matinée, les hostilités ont commencé entre le MNLA dans la ville de Gao et les groupes terroristes du Mujao. Ce dernier a utilisé des missiles de petites portées dans les combats de l’après-midi du 27 juin et de l’artillerie lourde. Dans la soirée, le bilan s’est alourdi. Deux morts et 4 blessés parmi les combattants du MNLA. dans le camp Mujao, 7 terroristes tués et 14 blessés évacués vers l’hôpital de Gao.

C’est seulement en début de soirée, le 27 juin, que des renforts du MNLA ont commencé à prendre la direction de la ville de Gao pour soutenir ceux qui avaient commencé le combat avec le groupe terroriste du Mujao. Pour rappel, c’est ce même groupe terroriste qui a enlevé les diplomates algériens au mois d’avril 2012 à Gao. Au moment précis, des combats sont en cours entre les combattants du MNLA

et les groupes terroristes du Mujao. Ces derniers ont semé la peur depuis plusieurs semaines dans la région et avaient une tolérance zéro en direction des populations. Ils empêchaient même les jeunes de Gao de jouer au ballon avec des arguments complètement tordus, «jouer au ballon est un pêché». Une guerre est bien déclarée entre le MNLA et les groupes terroristes.

Pourquoi y a-t-il eu affrontements entre le MNLA et la population de Gao ?

Non, il n’y a pas eu d’affrontements entre le MNLA et la population. Plutôt le contraire. Il y a eu des affrontements violents entre les groupes terroristes du Mujao et le MNLA dans la journée du 26 juin. Toujours dans la même matinée, les groupes du Mujao brandissaient des drapeaux noirs, ils étaient accompagnés d’une cinquantaine des miliciens de la région de Gao formés depuis plusieurs semaines par les responsables de ce même groupe près de la ville de Ménaka (à Intaykarène).

Ces derniers ont commencé à tirer sur les citoyens qui faisaient leurs courses au marché et aussi en direction des jeunes combattants du MNLA qui surveillaient le personnel politique du Mouvement. Il y a eu une riposte des combattants du MNLA. Les combats ont duré plusieurs heures entre ce groupe du Mujao et le groupe touareg qui gardait un bâtiment administratif. Il y a eu plusieurs blessés et un mort pendant cette journée du 26 juin 2012.

Comment réagissez-vous à l’éventualité évoquée par la Cédéao d’une intervention militaire au nord du Mali ?

Ceux qui parlent d’une intervention militaire n’ont encore fait aucune proposition politique sérieuse de sortie de crise. Cette proposition n’est pas sérieuse car elle ne tient pas compte des réalités présentes dans la région. Les missions de cette force ne sont pas réellement connues pour le moment et elles sont mal définies. Je ne pense pas qu’elle puisse aboutir à court terme car les conditions ne sont pas réunies.

L’Algérie, comme d’autres pays, privilégient le dialogue pour trouver une solution au nord du Mali. Vous inscrivez-vous dans cette démarche ?

Bien entendu que nous nous inscrivons dans cette démarche. Je ne pense pas qu’il soit  nécessaire de compliquer davantage les choses. Elles sont suffisamment difficiles. Une intervention militaire dans la région remettrait en péril les perspectives de paix et de négociations entre les parties en conflit et pourrait favoriser la présence des groupes terroristes dans la région. Une présence qui aurait une répercussion sur l’ensemble de la région. Des solutions politiques existent.

Entretien réalisé par Mounir Abi