Grand remplacement, remigration : pourquoi les Algériens de France sont visés par ces discours

Une semaine après l’attaque raciste de Trappes, deux députés écologistes ont déposé une proposition de loi pour sanctionner les discours sur le « grand remplacement » et la « remigration ». Éric Zemmour continue, lui, de défendre la remigration. L’historien Benjamin Stora alerte depuis Alger : « Nous sommes passés des mots aux actes ».
Grand remplacement : pourquoi le débat ressurgit après l’attaque de Trappes
Le 23 octobre, un homme a tiré sur des passants à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. L’attaque a fait un mort et sept blessés, dont une fillette de 11 ans. Le parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête.
Le 29 octobre, le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a précisé les aveux du suspect, Kévin T., 39 ans. Celui-ci a reconnu avoir « spécifiquement ciblé » des personnes « de type musulman, africain ou nord-africain ». Il a aussi expliqué avoir choisi Trappes, qu’il considérait comme « un repaire d’islamistes ».
Le suspect a été mis en examen pour assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste. La justice retient la circonstance aggravante liée à l’origine ou à la religion supposée des victimes. Il affirme n’être adhérent ou sympathisant d’aucun parti politique.
Qu’est-ce que la théorie du « grand remplacement » et la « remigration » ?
L’écrivain Renaud Camus a popularisé l’expression « grand remplacement » au début des années 2010. Selon cette théorie, une population d’origine européenne serait progressivement remplacée par des populations issues de l’immigration. De nombreux démographes contestent cette lecture de l’évolution de la population française.
La « remigration » désigne, chez ses partisans, le départ organisé de populations immigrées ou d’origine immigrée. Les auteurs de la proposition de loi y voient un projet « fondé sur l’expulsion collective de personnes en raison de leur origine réelle ou supposée ». Les deux notions se répondent : l’une pose un constat, l’autre propose un programme.
Proposition de loi sur le grand remplacement : ce que prévoit le texte
Le 30 octobre, les députés Sabrina Sebaihi et Steevy Gustave, du groupe Écologiste et social, ont déposé une proposition de loi. Elle vise à « renforcer la lutte contre les discours incitant à la haine et aux actes racistes et xénophobes ». L’Assemblée nationale l’a renvoyée à sa commission des lois.
Le texte complète l’article 24 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Il vise les propos qui, en invoquant le « remplacement d’une population par une autre » ou la « remigration », désignent un groupe comme une menace en raison de ses origines. Les peines seraient portées à trois ans de prison et 75 000 euros d’amende pour les élus et les candidats.
La proposition prévoit aussi des sanctions renforcées pour les médias audiovisuels en cas de manquements répétés. Elle permettrait enfin à la justice d’ordonner le retrait de contenus illicites en ligne. « Il ne s’agit pas de priver les citoyens de leur liberté d’opinion en créant un délit d’opinion », assurent ses auteurs.
Sur franceinfo, Sabrina Sebaihi a défendu son texte, selon des médias français. « Ce n’est pas un point de vue, c’est une théorie raciste », a-t-elle déclaré. Pour être adopté, le texte devra toutefois être inscrit à l’ordre du jour, puis voté par les deux chambres du Parlement.
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Remigration : ce que défend Éric Zemmour
Le président de Reconquête, Éric Zemmour, défend ouvertement la remigration. Le 18 octobre, sur CNews, il a affirmé qu’« il n’y aura pas de retour à la paix sociale sans la remigration ». Il l’a définie comme « le départ de ces gens-là après déchéance de nationalité ».
Ce n’est pas une position nouvelle. Candidat à l’élection présidentielle de 2022, Éric Zemmour proposait déjà de créer un « ministère de la Remigration ». Il revendique aujourd’hui être « le seul à le réclamer » parmi les responsables politiques.
Éric Zemmour a aussi plaidé pour la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968, qui régit le séjour des Algériens en France. En octobre 2025, l’Assemblée nationale avait adopté une proposition de résolution du Rassemblement national en ce sens. Ce texte, non contraignant, n’a pas remis en cause l’accord.
Benjamin Stora : « Nous sommes passés des mots aux actes »
De passage au Salon international du livre d’Alger, l’historien Benjamin Stora a réagi à l’attaque de Trappes. « Il faut nommer les choses, c’est un crime raciste et islamophobe », a-t-il déclaré à TSA le 1er novembre. « Malheureusement, nous sommes passés des mots aux actes », a-t-il ajouté.
Dans un entretien au quotidien Ech Chaâb, le spécialiste de l’histoire de l’Algérie a aussi évoqué les relations entre les deux pays. Il a lié le ralentissement du travail de mémoire aux pressions de l’extrême droite française, qui refuse de reconnaître le passé colonial. Selon lui, des excuses officielles de la France ne suffiraient pas, sans un vaste travail éducatif.
Le maire de Trappes, Ali Rabeh, dénonce lui aussi le poids des discours. Selon lui, les discours de haine contre les étrangers, les immigrés et les musulmans ont contribué à « déshumaniser une partie des Français ». Il estime qu’ils les ont érigés en « ennemis de l’intérieur ».
Les Algériens de France au cœur des discours sur le grand remplacement
Les Algériens et les Français d’origine algérienne forment l’une des communautés les plus nombreuses issues de l’immigration en France. Ils se retrouvent donc particulièrement exposés aux discours sur le grand remplacement. L’attaque de Trappes a ravivé l’inquiétude dans les quartiers populaires, où vit une partie de cette communauté.
Les débats sur l’immigration citent aussi régulièrement les ressortissants algériens. Selon Eurostat, 45 725 Algériens ont reçu en 2025 un ordre de quitter le territoire d’un pays de l’Union européenne, première nationalité concernée. Ces chiffres visent toutefois des étrangers en situation irrégulière, et non les Français d’origine algérienne.
Cette confusion entre immigration irrégulière et citoyens d’origine étrangère nourrit précisément les tensions. C’est l’un des enjeux du débat ouvert par la proposition de loi. Reste à savoir si le Parlement s’en saisira dans les prochains mois.
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