Gestion des fonds récoltés pour la campagne de Bouteflika : Sellal et Zaâlane dans le collimateur de la justice

jeudi 18 avril 2019 à 11:29
Source de l'article : Liberte-algerie.com

La justice s’intéresse de près à plusieurs personnalités politiques qui s’étaient engagées à collecter de l’argent et à doter la direction de campagne de moyens logistiques.

Le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a officiellement ouvert une information judiciaire pour faire toute la lumière sur les fonds collectés pour financer la campagne électorale de l’ex-président de la République, Abdelaziz Bouteflika, qui avait annoncé sa candidature le 10 février dernier pour briguer un cinquième mandat lors de l’élection présidentielle annulée du 18 avril.

Selon nos sources, la justice s’intéresse de près à plusieurs personnalités politiques qui s’étaient engagées à collecter de l’argent et à doter la direction de campagne de la logistique, dont les véhicules, les moyens d’impression et de sérigraphie, les déplacements, la nourriture, la location des salles pour les meetings populaires et l’hébergement. À commencer par l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, ex-directeur de campagne de Bouteflika, limogé le 2 mars dernier après la scandaleuse conversation téléphonique (interceptée) avec l’ex-président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), Ali Haddad, (actuellement sous mandat de dépôt à la prison d’El-Harrach), et son successeur, Abdelkader Zaâlane, ex-ministre des Transports et des Travaux publics.

Frappés d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN) à titre conservatoire, ces deux hauts responsables doivent rester en Algérie jusqu’à l’achèvement de l’enquête judiciaire, au cas où cette dernière révélerait des irrégularités ou encore des dilapidations de ces fonds. Deux autres noms sont cités dans la même affaire, en l’occurrence Mustapha Karim Rehiel, membre de l’instance dirigeante du parti du Front de libération nationale (FLN), ancien ministre et ancien directeur de cabinet de Sellal lorsqu’il était Premier ministre, désigné pour diriger la direction de l’organisation de la campagne de l’ex-chef de l’État. Un autre nom a également émergé du lot des personnalités politiques qui pesaient dans la direction de campagne. Il s’agit de l’ex-ministre de la Santé, Abdelmalek Boudiaf, un membre actif chargé également par Sellal d’approcher des sponsors pour financer une campagne qui n’a jamais eu lieu après la révolte du peuple et les imposantes marches des Algériens qui réclamaient le départ de Bouteflika et de son système.

Des opérateurs économiques, dont plusieurs oligarques, des concessionnaires automobiles et des industriels, qui avaient misé sur la candidature de Bouteflika et avaient sponsorisé la campagne à coups de dizaines de milliards de centimes, sont cités dans ce dossier. À titre d’exemple, indiquent nos sources, chaque concessionnaire avait versé des sommes avoisinant les 15 et 20 milliards de centimes, en plus d’un quota de véhicules flambant neufs pour les besoins des déplacements.
D’autres membres de la défunte direction de campagne de Bouteflika sont évoqués dans le même dossier, à commencer par les trésoriers et les comptables chargés de contrôler les dépenses et la traçabilité de ces sommes astronomiques collectées en un temps record. Selon nos sources, la justice s’intéresse, en premier lieu, aux bilans moral et financier de la direction de campagne dissoute après l’annonce de Bouteflika de son retrait de ladite élection.

Et si les procédures seront bientôt engagées avant l’instruction de cette affaire qui risque d’éclabousser plusieurs personnalités, il est clair que la justice s’interroge sur le bilan de clôture après l’arrêt du processus. Car, affirment encore nos sources, l’objectif de la justice est de reverser ces sommes colossales aux sponsors, dont certains ont déjà réclamé leur argent au lendemain du retrait de la candidature de Bouteflika et de l’annulation de l’élection présidentielle du 18 avril.

Mais, avant tout, la justice devra établir la (longue) liste des sponsors, définir le mode et la nature de versement de l’argent et des moyens logistiques pour la direction de campagne avant de statuer sur le reversement de ces moyens mobilisés et/ou de procéder à une saisie conservatoire. Si, évidemment, cet argent ne s’est pas évaporé dans la nature. Car, au stade actuel, plusieurs personnalités s’accusent mutuellement du sort de ces faramineuses sommes d’argent collectées pour mener campagne pour un candidat, non seulement décrié par le peuple, mais qui ne savait même pas, vu son état de santé dégradée, qu’il était candidat à la présidentielle.

FARID BELGACEM

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