Les laboratoires Frater-Razes ont réuni les professionnels des médias à Alger pour une session de formation scientifique. Cette rencontre, organisée autour d’un Iftar, a permis d’aborder les nouveaux enjeux de la prise en charge de la douleur.
Un enjeu de santé publique majeur
La douleur ne doit plus être perçue comme un simple symptôme. Les avancées de la recherche génétique expliquent aujourd’hui les variations de réponse d’un patient à l’autre. Certains malades tolèrent mieux les traitements, tandis que d’autres subissent des effets indésirables marqués.
Les précisions du Professeur Mokretar Karroubi
Le Chef du service d’Anesthésie Réanimation au CHU de Beni Messous a dirigé cette formation technique. Le Pr Karroubi a souligné que la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable. « Elle est difficile à définir car elle reste personnelle et subjective », a affirmé l’expert devant les journalistes.
Selon le spécialiste, les mécanismes de déclenchement sont identiques mais le ressenti diffère radicalement. Il a précisé que quatre aspects sont indissociables pour soulager un patient : le physique, l’émotion, le comportement et la réaction mentale.
1. La Nature de la Douleur : Entre Gènes et Émotions
La formation a d’abord déconstruit l’idée que la douleur est une donnée universelle. Elle est définie comme une expérience multidimensionnelle.
L’influence génétique : Le Pr Karroubi a expliqué que notre ADN dicte notre seuil de tolérance. Certaines variations génétiques modifient la structure des récepteurs aux opiacés dans le cerveau. Cela explique pourquoi une dose standard de morphine peut être inefficace pour un patient, mais provoquer des effets secondaires graves chez un autre.
La subjectivité totale : La douleur n’est pas toujours proportionnelle à la blessure physique. L’état émotionnel, comme l’anxiété ou le stress, peut amplifier le signal nerveux. C’est pourquoi le traitement doit être global et ne pas se limiter au seul aspect organique.
2. Classification et Typologie : Nociceptif vs Neuropathique
Il est crucial de distinguer l’origine de la douleur pour choisir le bon protocole thérapeutique :
Douleur Nociceptive : Il s’agit de la douleur « alarme » liée à une lésion réelle (brûlure, coupure, inflammation). Elle répond généralement bien aux antalgiques classiques.
Douleur Neuropathique : Elle résulte d’une lésion du système nerveux (sciatique, zona, douleur post amputation). Elle est décrite comme des décharges électriques ou des brûlures persistantes. Elle nécessite souvent des traitements spécifiques, comme des antiépileptiques à visée antalgique.
Douleurs Mixtes : Très fréquentes après une chirurgie, elles combinent ces deux mécanismes et demandent une approche plus complexe.
3. L’Analgésie Multimodale : La Stratégie du « Cocktail »
Plutôt que d’utiliser une seule molécule à forte dose, le Pr Karroubi préconise l’association de plusieurs médicaments agissant à différents niveaux du système nerveux.
Le Palier I (Paracétamol, AINS) agit directement au niveau de la lésion, en périphérie. Le Palier II (Tramadol, Codéine) intervient sur la transmission du signal nerveux. Enfin, le Palier III (Morphine, Fentanyl) agit directement sur les récepteurs du cerveau pour bloquer la perception de la souffrance. L’objectif est de réduire les doses de chaque produit pour diminuer les effets secondaires, comme les nausées ou la somnolence, tout en maximisant le confort du patient.
4. La Titration et la PCA : Le Patient devient Acteur
Le concept de titration est la pierre angulaire de la médecine moderne du confort présentée lors de la formation :
La Dose de Charge : On administre de très petites doses de morphine par voie intraveineuse toutes les 5 à 10 minutes jusqu’à ce que le patient atteigne un soulagement suffisant (score EVA inférieur à 3/10).
La PCA (Patient-Controlled Analgesia) : C’est la pompe visible sur vos photos. Le patient appuie lui-même sur un bouton lorsqu’il ressent une douleur. La machine libère alors une dose sécurisée pré-programmée. Cela évite l’attente du passage de l’infirmière et réduit l’angoisse du malade. Une sécurité électronique empêche tout risque de surdosage en limitant le nombre d’injections possibles par heure.
5. Les 4 Aspects Indissociables du Soulagement
Le Pr Karroubi insiste sur le fait que traiter la douleur ne se résume pas à prescrire un médicament. Le soignant doit agir sur le sensoriel (éteindre l’influx nerveux), l’émotionnel (rassurer pour baisser le stress), le comportemental (observer les signes non verbaux comme les grimaces) et le mental (aider le patient à interpréter sa guérison positivement).
Cette rencontre entre Frater-Razes et les médias renforce la diffusion de l’information médicale en Algérie. Elle permet aux journalistes de mieux comprendre les protocoles complexes de la médecine moderne. La prise en charge de la douleur demeure une priorité pour le confort et la dignité des patients algériens.
