Geely en Algérie : usine, intégration locale, ambitions… ce que prépare le géant chinois

Une usine opérationnelle en six mois à peine après les autorisations, des robots high-tech et l’ambition de transformer l’Algérie en plaque tournante régionale : le géant chinois Geely dévoile un plan industriel ambitieux. Emplois, transfert de savoir-faire, voitures hybrides à l’horizon de cinq ans… Algérie360 a pu découvrir, lors d’un voyage de presse en Chine, les coulisses de ce projet qui pourrait bouleverser le marché automobile national.
Dans le cadre d’un voyage de presse organisé par l’ambassade de Chine en Algérie, une délégation de journalistes algériens, dont Algérie360, a eu l’opportunité de découvrir plusieurs fleurons de l’industrie technologique chinoise. Après une série de visites à Hangzhou, capitale de l’innovation numérique en Chine, le programme s’est poursuivi avec une étape particulièrement attendue : la visite du centre d’expériences et du siège international du constructeur automobile Geely.
Sur place, Jason Liu, directeur régional commercial et marketing du groupe, a accueilli la délégation aux côtés de Saïd Abdelmounaime, directeur marketing pour l’Algérie. Ce jeune cadre algérien, qui évolue aujourd’hui au sein du constructeur chinois, a présenté les ambitions de la marque sur le marché national et a accompagné les journalistes tout au long de cette plongée dans l’un des plus grands groupes automobiles du monde.
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Geely veut s’ancrer durablement en Algérie
Geely ne cache plus ses intentions de s’implanter durablement en Algérie, et pas seulement pour y vendre des voitures. Premier signal de cet intérêt, un chiffre clé : plus de 10 000 véhicules Geely ont trouvé preneur en Algérie en 2023. Un score que les responsables du groupe présentent comme la preuve d’un engouement réel des consommateurs algériens pour la marque et comme un argument de poids pour accélérer le projet d’implantation locale.
Son projet d’unité de production en Algérie suivra une montée en puissance progressive, avec pour objectif d’augmenter, phase après phase, le niveau d’intégration locale de la production. Une trajectoire qui n’est pas le fruit du hasard, puisqu’elle répond directement aux orientations fixées par les autorités algériennes, particulièrement attentives à l’intégration locale et au transfert de compétences dans le cadre de la relance de la filière automobile nationale.
Et Geely assure être prêt à aller vite. Selon ses responsables, une fois les autorisations officielles obtenues, l’usine pourrait devenir opérationnelle en seulement six mois, un délai que le groupe dit pouvoir tenir grâce à son expérience dans la mise en place d’unités de production et d’assemblage sur plusieurs marchés à travers le monde.
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Usine Geely en Algérie : vers une ligne de production largement automatisée
Lors de la présentation, le groupe a également détaillé le système de production avancé de sa future usine en Algérie, articulé autour de trois étapes : le soudage de la carrosserie, la peinture et le montage final. Dans l’atelier de soudage, le constructeur s’appuiera notamment sur 17 robots de soudage laser par points ainsi que sur des systèmes de transport AGV.
La chaîne de peinture utilisera, de son côté, un procédé C3B présenté comme conforme aux normes environnementales, avec 23 robots dédiés à la peinture de finition et une ligne de transport automatisée. Au stade du montage final, Geely misera encore sur la robotisation, notamment pour l’assemblage du châssis par AGV et pour le montage du pare-brise, du tableau de bord et des quatre portes. Le constructeur indique par ailleurs utiliser le système VOATS, développé en interne, pour accompagner ces opérations.
Des modèles thermiques d’abord, puis l’hybride à l’horizon de cinq ans
Sur le plan des modèles, Geely a fait des choix pragmatiques. La production algérienne démarrera avec des berlines et des petits SUV compacts, deux segments qui concentrent aujourd’hui une forte demande sur le marché national. Dans un premier temps, seuls des véhicules thermiques sortiront des chaînes.
Mais l’ambition ne s’arrête pas là. À l’horizon de cinq ans, l’usine algérienne du groupe chinois devrait aussi produire des véhicules hybrides, en cohérence avec la transition énergétique engagée par Geely à l’échelle mondiale, et avec l’évolution attendue du marché automobile algérien.
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Geely mise sur les compétences locales
Au-delà des chaînes de montage, Geely affirme vouloir investir dans le capital humain. Former localement les techniciens, les ingénieurs et les cadres appelés à accompagner le développement industriel de la marque constitue, selon les responsables du groupe, un axe prioritaire du projet, au même titre qu’un transfert progressif du savoir-faire technologique.
Une approche qui correspond aux attentes des pouvoirs publics algériens, lesquels souhaitent voir émerger une véritable industrie automobile nationale, appuyée sur une intégration croissante de la chaîne de valeur plutôt que sur un simple assemblage de véhicules importés en pièces détachées.
Un partenariat industriel pensé sur le long terme
À travers ce projet, Geely affiche l’ambition de devenir un acteur durable du paysage automobile algérien. Pour le constructeur chinois, il ne s’agit pas uniquement de vendre des voitures, mais de construire un véritable écosystème industriel, mêlant production, réseau de distribution, service après-vente, formation et intégration locale croissante.
Alors qu’Alger accorde aujourd’hui une importance stratégique au développement d’une industrie automobile créatrice d’emplois et de valeur ajoutée, Geely entend se positionner comme un partenaire de long terme, prêt à accompagner cette nouvelle dynamique.
Une ambition qui dépasse le marché algérien
Au-delà de la production destinée au marché national, Geely envisage donc l’Algérie comme un point d’appui régional. La vision présentée lors de la rencontre est de construire une chaîne d’approvisionnement capable, à terme, de rayonner vers le Moyen-Orient, l’Afrique et la Turquie. Cette ambition traduit la volonté de Geely de faire de sa future implantation industrielle en Algérie un projet tourné au-delà du seul marché national.
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Geely, un poids lourd mondial de l’automobile
Filiale du groupe Zhejiang Geely Holding, l’entreprise dépasse largement le statut de simple constructeur automobile. Son portefeuille de marques couvre plusieurs segments du marché : Geely, Zeekr, Lynk & Co, mais aussi des participations stratégiques dans des noms connus à l’international comme Volvo Cars, Lotus ou Polestar.
Les chiffres donnent la mesure de cette montée en puissance. En 2025, Geely Holding Group a écoulé plus de 4,11 millions de véhicules dans le monde, soit une progression annuelle de 26 %. Les véhicules à énergie nouvelle (NEV) représentent à eux seuls plus de 2,29 millions d’unités, soit 56 % des ventes du groupe. De quoi placer Geely parmi les huit plus grands groupes automobiles mondiaux en volume, derrière Toyota, Volkswagen, Hyundai, General Motors, Stellantis, BYD et Ford, mais devant Honda et Nissan.
La dynamique se confirme en 2026. Au premier trimestre, Geely Auto Group a enregistré plus de 709 000 ventes de véhicules, en hausse de 13 % par rapport au mois précédent, se classant ainsi au premier rang des marques chinoises indépendantes.


Geely, le géant automobile chinois en quelques chiffres
Cette montée en puissance s’accompagne d’une reconnaissance qui dépasse le seul secteur automobile. Le groupe figure au classement Fortune Global 500 depuis quatorze années consécutives, où il occupait la 155ᵉ place en 2025, soit un gain de 30 places par rapport à l’année précédente. Geely s’est également imposé, en avril 2021, comme le premier constructeur asiatique à intégrer l’International Automotive Task Force (IATF), et revendique la première place parmi les constructeurs chinois en matière de notation ESG depuis trois années consécutives.
La sécurité, déjà présentée comme une priorité stratégique, se traduit elle aussi par des références chiffrées. Inauguré le 12 décembre 2025, le Geely Safety Center a décroché cinq records du Guinness World Records :
-le plus grand laboratoire de sécurité automobile au monde, avec un bâtiment de plus de 81 900 m² ;
-le plus grand nombre de types de tests réalisables au sein d’un laboratoire de constructeur, avec 27 catégories d’essais ;
-la plus vaste zone de crash-test à angle variable, de 0 à 180 degrés, avec près de 12 700 m² ;
-la piste de crash-test intérieure la plus longue au monde, avec environ 293 mètres ;
-la plus grande soufflerie climatique dédiée à l’automobile, avec plus de 28 500 m².

Une stratégie industrielle tournée vers la recherche
Tout au long de la visite, les responsables du groupe sont revenus, à plusieurs reprises, sur un même message : l’innovation reste le moteur de leur développement. Le groupe s’appuie sur cinq centres mondiaux de design, cinq centres d’ingénierie, plus de 30 000 chercheurs et ingénieurs, ainsi qu’un investissement dépassant 250 milliards de yuans dans la recherche et le développement au cours de la dernière décennie.
Concrètement, cette capacité d’innovation se traduit par le développement en interne de nombreuses technologies : plateformes électriques, batteries, motorisations hybrides, logiciels embarqués ou encore systèmes de conduite intelligente.
L’intelligence artificielle, nouveau cœur des véhicules Geely
Sans surprise, l’intelligence artificielle occupe une place centrale dans les futurs modèles du groupe. Geely développe son propre écosystème d’IA, baptisé Omni-AI, qui intervient à la fois dans la conduite assistée et dans les systèmes embarqués. Le constructeur mise sur des cockpits intelligents capables d’interagir naturellement avec le conducteur, des architectures électroniques entièrement repensées, ainsi que des plateformes de calcul parmi les plus puissantes du secteur automobile chinois.
Le groupe travaille par ailleurs sur des solutions de conduite assistée de niveau avancé, combinant LiDAR, intelligence artificielle et calcul haute performance, dans le but d’améliorer à la fois la sécurité et l’expérience à bord.

Une expansion internationale déjà bien engagée
Ainsi, l’implantation algérienne s’inscrit dans une stratégie d’expansion internationale déjà largement engagée. Le groupe dispose aujourd’hui d’usines en Chine, mais aussi au Royaume-Uni, en Malaisie, en Indonésie, au Kazakhstan, en Égypte, au Brésil et au Nigeria. Cette stratégie s’accompagne de partenariats industriels de premier plan avec Renault, Mercedes-Benz, Volvo ou encore Proton, autant d’alliances qui illustrent la volonté de Geely de peser durablement sur la transformation de l’industrie automobile mondiale.









