Face à l’envolée des prix du gaz et à la suspension des approvisionnements en provenance du Qatar, la Sonatrach déploie une stratégie d’urgence pour stabiliser les marchés et renforcer sa position d’acteur clé sur l’échiquier énergétique mondial.
En effet, l’Algérie s’apprête à passer à l’offensive sur le marché mondial du Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Ce déploiement stratégique intervient après l’arrêt temporaire des exportations du Qatar, consécutif à des attaques de drones ayant visé les installations vitales de Ras Laffan et Mesaieed.
Selon la plateforme spécialisée Attaqa (basée à Washington), la compagnie nationale Sonatrach prévoit de porter sa production de GNL à sa capacité maximale. L’objectif est double : tirer profit de la flambée des cours mondiaux et pallier l’absence des cargaisons du Golfe, dans un contexte de volatilité extrême.
L’Algérie, un géant africain en ordre de bataille
L’Algérie domine actuellement le top 5 des puissances de liquéfaction en Afrique, avec une capacité installée d’environ 25,3 millions de tonnes par an. Cet appareil industriel repose sur quatre complexes majeurs gérés par la Sonatrach :
- À Arzew : Les complexes GL1Z et GL2Z disposent chacun de six unités de production, avec des capacités respectives de 7,9 et 8,2 millions de tonnes/an. S’y ajoute le complexe GL3Z et sa capacité de 4,7 millions de tonnes.
- À Skikda : Une unité performante contribue à hauteur de 4,5 millions de tonnes/an.
Guerre au Moyen-Orient : un séisme sur les marchés européens
L’onde de choc ne s’est pas fait attendre. Ce lundi 2 mars 2026, les prix du gaz en Europe ont bondi de près de 40 %, marquant leur plus forte progression quotidienne depuis août 2023.
L’inquiétude est alimentée par la paralysie du détroit d’Ormuz, point de passage de 20 % du commerce mondial de GNL.
🟢 A LIRE AUSSI : Tebboune signe le départ officiel du français Engie : nouvelle donne pour le champ gazier de Touat
Selon les données de suivi maritime, au moins 24 navires (chargés ou vides) ont déjà dérouté leur trajectoire pour éviter la zone de conflit. Selon les analystes de Goldman Sachs, un blocage prolongé d’un mois pourrait doubler les prix en Europe et provoquer une hausse de 130 % des prix spot en Asie.
Le défi de la relance pour la Sonatrach
Pour Alger, ce « coup d’accélérateur » est aussi l’occasion de redresser ses statistiques. En 2025, les exportations algériennes de GNL avaient reculé de 18 %, atteignant un point bas historique à 9,54 millions de tonnes, loin du record de 13,45 millions établi en 2023.
Malgré cette baisse de volume, la confiance des partenaires européens reste inébranlable. La structure des exportations en 2025 confirme cette fidélité :
- Turquie : 3,14 millions de tonnes.
- France : 2,31 millions de tonnes.
- Italie : 1,62 million de tonnes.
- Espagne : 1,44 million de tonnes.
Au-delà de l’Europe, l’Algérie envisage de réorienter certaines cargaisons vers ses voisins arabes — notamment l’Égypte, le Koweït, la Jordanie et Bahreïn — pour combler les déficits structurels laissés par le retrait forcé du Qatar.
🟢 A LIRE AUSSI : Guerre contre l’Iran : l’Algérie se positionne en recours gazier stratégique
En exploitant l’intégralité de ses capacités de liquéfaction, l’Algérie ne se contente pas de répondre à une opportunité commerciale ; elle s’impose comme le garant de la sécurité énergétique du bassin méditerranéen face à l’instabilité croissante du Moyen-Orient.
