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Gaz algérien : pourquoi plusieurs pays européens en réclament davantage avant l’hiver 2026-2027

Gaz algérien : pourquoi plusieurs pays européens en réclament davantage avant l’hiver 2026-2027
À l'approche de l'hiver 2026-2027, plusieurs pays européens cherchent à augmenter leurs importations de gaz naturel algérien.

République tchèque, Allemagne, Espagne, Italie : à l’approche de l’hiver, plusieurs pays européens veulent plus de gaz algérien. Stocks bas, prix en hausse et crise du GNL expliquent cette ruée. Mais la consommation intérieure limite les volumes que Sonatrach peut exporter. Analyse.

Gaz algérien : pourquoi l’Europe frappe à la porte de Sonatrach

À l’approche de l’hiver 2026-2027, plusieurs pays européens se tournent vers l’Algérie pour sécuriser leur approvisionnement en gaz. Les stocks européens restent bas, et les prix ont fortement augmenté. Fin octobre, le mégawattheure s’échangeait près de 90 dollars sur le marché de référence néerlandais.

Les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar ont aussi souffert des tensions au Moyen-Orient. L’Europe a par ailleurs tourné le dos au gaz russe depuis 2022. Dans ce contexte, la proximité de l’Algérie et ses gazoducs vers l’Italie et l’Espagne deviennent des atouts majeurs.

L’Algérie reste le premier exportateur de gaz d’Afrique. Elle a assuré 33,9 % des importations de gaz de l’Espagne au premier semestre 2026, devant les États-Unis. Elle demeure aussi le premier fournisseur historique de l’Italie, son principal client en Europe.

Tchéquie, Allemagne, Espagne : ce qui est signé et ce qui reste à négocier

La République tchèque veut doubler ses achats, de 200 à 400 millions de mètres cubes par an. Prague a exprimé cet objectif lors de la visite à Alger du Premier ministre Andrej Babiš, les 26 et 27 octobre. Sonatrach a confirmé avoir évoqué avec ČEZ les possibilités d’extension du contrat signé en 2024.

À ce stade, ce doublement reste un objectif tchèque, et non un engagement contractuel. D’après nos calculs, 200 millions de mètres cubes supplémentaires représenteraient moins de 0,5 % des exportations algériennes de 2025. L’enjeu est donc surtout stratégique : l’Algérie consolide sa présence en Europe centrale.

L’Allemagne a déjà franchi le pas. Sonatrach et le groupe allemand VNG ont signé le 16 juillet 2026 un contrat d’approvisionnement qui augmente les livraisons vers le marché allemand à partir du 1er janvier 2027. Les volumes n’ont pas été rendus publics.

L’Espagne discute, elle aussi, d’une hausse des volumes acheminés par le gazoduc Medgaz, qui relie directement les deux pays. Le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, a abordé le sujet lors de sa visite à Alger, fin mars 2026. Medgaz transporte environ 28 millions de mètres cubes par jour, avec une possible hausse à 32 millions. D’après nos calculs, cela représenterait environ 1,5 milliard de mètres cubes supplémentaires par an, mais aucun accord définitif n’a été annoncé.

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Italie : une demande liée à la crise du GNL qatari

L’Italie, premier client européen de l’Algérie, cherche elle aussi des volumes supplémentaires. Le gaz algérien couvre déjà environ 30 % de sa consommation. La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, s’est rendue à Alger le 25 mars 2026 pour en obtenir davantage.

Rome cherche à compenser la perte du GNL qatari, qui couvrait environ 10 % de ses besoins. Les tensions au Moyen-Orient ont interrompu ces livraisons, qui pourraient manquer pendant plusieurs années. Les livraisons algériennes par gazoduc vers l’Italie ont d’ailleurs progressé de 4 % au premier semestre 2026.

La France aurait aussi sollicité des livraisons supplémentaires de pétrole et de GNL, selon la plateforme spécialisée Attaqa. Mais le GNL reste le maillon faible de l’offre algérienne, déjà engagée auprès d’autres clients. Les demandes européennes les plus réalistes portent donc sur le gaz livré par gazoduc.

Consommation intérieure : la limite des exportations de gaz algérien

La principale limite tient au marché intérieur. La consommation algérienne de gaz a atteint un record de 57,27 milliards de mètres cubes en 2025, en hausse de 8,9 % sur un an. Le gaz fournit en effet près de 99 % de l’électricité du pays.

D’après nos calculs, le marché national a absorbé environ 56 % de la production en 2025, qui s’élevait à 101,84 milliards de mètres cubes. Les exportations sont ainsi tombées à 45,7 milliards de mètres cubes, contre 49,29 milliards en 2024. Les exportations de GNL ont même atteint leur plus bas niveau depuis au moins vingt ans.

La tendance s’est améliorée en 2026. Au premier semestre, la production de gaz a progressé de 4,2 %, à 54,01 milliards de mètres cubes, et les exportations de 2,4 %. Mais la consommation intérieure a aussi augmenté de 6,3 % et a encore absorbé 53 % de la production.

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Gazoduc ou GNL : pourquoi Sonatrach ne peut pas tout livrer

Les gazoducs résistent mieux que le GNL. En juillet 2026, les exportations par gazoduc ont progressé d’environ 8 %, à 3,18 milliards de mètres cubes. Les exportations de GNL ont, elles, chuté à 580 millions de mètres cubes, contre plus d’un milliard un an plus tôt.

Le GNL a souffert des travaux de maintenance sur les complexes de liquéfaction d’Arzew et de Skikda. Au premier semestre 2026, ses exportations sont tombées à leur plus bas niveau semestriel depuis au moins 2013. Les demandes de GNL, comme celle attribuée à la France, restent donc les plus difficiles à satisfaire à court terme.

Les pays raccordés au réseau de gazoducs, comme l’Italie, l’Espagne ou l’Europe centrale via l’Italie, sont mieux placés. Pour élargir ses capacités, l’Algérie mise aussi sur de nouveaux investissements et sur l’énergie solaire, qui libère du gaz pour l’exportation. Le pays affiche l’objectif de porter ses exportations à 100 milliards de mètres cubes.

Gaz algérien : quel impact sur les recettes de l’Algérie ?

Pour Sonatrach, ces demandes renforcent sa position de négociation. Les contrats à long terme intègrent toutefois des clauses de révision des prix, souvent indexées avec plusieurs mois de décalage. Une hausse des prix européens ne se traduit donc pas immédiatement par des recettes équivalentes.

Les recettes dépendront surtout des volumes réellement disponibles et des contrats effectivement signés. Le gaz reste l’une des principales sources de devises du pays. L’hiver 2026-2027 dira si l’Algérie peut transformer cette demande en revenus durables.

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AS

Ahmed Saifi

Journaliste senior – Politique, actualité nationale et société

Ahmed Saifi est journaliste senior au sein de la rédaction d'Algerie360. Fort de plus de vingt années d'expérience dans le journalisme, il suit et analyse les grands enjeux politiques, institutionnels et sociaux qui façonnent l'actualité algérienne.

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