Fugitif condamné à 20 ans, Aïssiou interpellé à l’aéroport de Barcelone en provenance du Maroc

Fugitif condamné à 20 ans, Aïssiou interpellé à l’aéroport de Barcelone en provenance du Maroc
Condamné par contumace à 20 ans de prison en Algérie, Ayoub Aissiou a été arrêté à l’aéroport de Barcelone en provenance du Maroc avec un passeport libérien

C’est à l’aéroport El Prat de Barcelone que la longue cavale d’Ayoub Aïssiou a pris fin. Arrivé en provenance du Maroc, l’homme d’affaires algérien condamné par contumace à 20 ans de prison ferme a été interpellé par les autorités espagnoles, selon les informations rapportées par El-Watan. Dans ses bagages, un passeport libérien, qu’il affirme avoir acquis pour la somme de 100 000 euros. Visé par au moins trois mandats d’arrêt internationaux et réfugié à Paris, celui qui fut l’un des hommes d’affaires les plus influents d’Algérie se retrouve aujourd’hui au cœur d’une procédure d’extradition.

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Un empire multisectoriel bâti sur des décennies de rente pétrolière

Parti de rien au tournant des années 2000, Ayoub Aïssiou a su tirer profit de deux décennies d’abondance pétrolière pour construire un conglomérat tentaculaire. Sa proximité avec les cercles décisionnels lui aurait ouvert des portes que peu d’entrepreneurs pouvaient franchir : facilités bancaires hors normes, acquisition de terres agricoles fertiles, reprise d’entreprises publiques cédées au dinar symbolique. Son groupe a progressivement investi l’importation, la production laitière, la sidérurgie et l’immobilier de luxe.

En 2012, il avait lancé une chaîne de télévision privée, consolidant ainsi une influence qui dépassait largement le seul monde des affaires. Autour de lui gravitaient ses cinq frères associés, son épouse et son beau-père Bachir Ould Zemirli, ancien présiden du club Nasr Hussein-Dey et 2e vice président de la fédération algérienne de football (2017-2021). Un réseau familial structuré, dont les ramifications permettaient, selon les enquêteurs, d’étouffer des investigations et de maintenir les activités via des prête-noms, même lorsque la justice commençait à s’intéresser de près au groupe.

Des montages financiers frauduleux à grande échelle

Les investigations ont mis au jour un système de détournement d’une ampleur considérable. Au port de Mostaganem, des scanners auraient été volontairement mis hors service entre 2021 et 2024, permettant le passage de centaines de conteneurs de marchandises prohibées. Parallèlement, des transferts illicites de capitaux vers la France, la Suisse, les Émirats arabes unis et le Canada ont été documentés, pour un total dépassant la centaine de millions de dollars. Sur le seul premier semestre 2018, 29 millions d’euros ont transité via une société écran.

Du côté bancaire, les sociétés du groupe ont cumulé plus de 63 milliards de dinars de crédits auprès de plusieurs établissements financiers, sans que les projets industriels censés les justifier ne voient jamais le jour. Des centaines de souscripteurs, ayant investi leurs économies dans des programmes de logements haut standing à Alger et à Oran, attendent toujours la livraison de biens jamais achevés.

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La fuite organisée d’Aïssiou et de ses frères

Sentant la pression judiciaire se resserrer, Ayoub Aïssiou a quitté clandestinement le territoire algérien après avoir mis à l’abri une grande partie de sa fortune à l’étranger. Ses frères l’ont suivi dès 2021. Réfugié à Paris, il pensait sans doute que la distance suffirait à le protéger. C’est finalement un passeport libérien, présenté à un guichet de contrôle barcelonais, qui a trahi sa présence sur le sol européen.

La condamnation à 20 ans de prison ferme confirmée par la Cour d’Alger en mars 2026 concernait également son frère Ibrahim Hamza Aïssiou, condamné à 15 ans, ainsi que leur beau-père Bachir Ould Zemirli, écroué à l’établissement pénitentiaire de Koléa et condamné à sept ans de prison. Les sociétés du groupe ont pour leur part écopé d’une amende globale de 32 millions de dinars. Les chefs d’inculpation retenus couvrent le blanchiment d’argent, les infractions à la législation des changes, le financement occulte de partis politiques et la dissimulation de revenus issus de la corruption.

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