Immigration : l’UE veut autoriser Frontex à expulser des migrants avant même leur arrivée en Europe

L’Union européenne s’apprête à revoir la gestion de ses frontières. Grâce à une révision majeure de ses règles, l’agence Frontex pourrait bientôt être autorisée à expulser des migrants avant même leur arrivée sur le sol européen.
Selon des sources européennes confiées à Euronews, l’UE s’apprête à renforcer les compétences de Frontex. L’agence garde-frontières pourrait désormais être habilitée à expulser des migrants en situation irrégulière d’un pays tiers vers un autre, marquant une nouvelle étape dans l’externalisation de la politique migratoire européenne.
Attendue ce mardi, la nouvelle réforme de la Commission européenne promet de booster les capacités d’action de Frontex hors de l’UE. Une extension de pouvoirs opérationnels qui s’annonce déjà explosive et risque de déclencher une vive opposition des ONG et de la société civile.
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L’UE prévoit d’autoriser Frontex à expulser des migrants avant leur arrivée en Europe
Jusqu’à présent, le rôle de Frontex se limite à l’assistance aux États membres pour l’expulsion de migrants en situation irrégulière vers leur pays d’origine, ainsi qu’à la surveillance des côtes et des frontières extérieures de l’Union européenne.
Désormais, l’agence basée à Varsovie pourra épauler des pays tiers — comme ceux d’Afrique du Nord — afin de renvoyer des migrants d’Afrique centrale vers leur pays d’origine, et ce, avant même qu’ils ne mettent le cap sur l’Europe.
Les agents de Frontex pourront également prendre part aux expulsions menées depuis ces « hubs de retour », des structures hors UE récemment autorisées par la législation européenne. Actuellement, cinq gouvernements négocient le lancement du tout premier centre, dont l’ouverture est prévue pour 2027.
Destinés aux migrants dont les demandes d’asile ou de titre de séjour ont été rejetées, ces centres doivent permettre leur retour vers leur pays d’origine. Dans cette phase finale d’expulsion, l’appui opérationnel de Frontex s’avérera capital.
Une « agence d’expulsion » ?
Pour Josephine Solanki, chercheuse au Transnational Institute, Frontex dépasse désormais son rôle d’assistance aux frontières pour devenir une véritable « agence d’expulsion » opérant loin du territoire européen. Face aux antécédents de violations des droits fondamentaux imputés à l’agence, plusieurs ONG exigent que l’extension de son mandat s’accompagne de mécanismes de contrôle et de responsabilisation nettement renforcés.
Sur le plan légal, toute intervention de Frontex hors de l’Union reste conditionnée à la signature d’un « accord de statut » avec l’État hôte. Déjà formalisés avec des pays comme l’Albanie, la Serbie ou la Macédoine du Nord, ces traités autorisent le déploiement d’agents européens sur place pour mener des opérations conjointes et des interventions frontalières rapides.
Dans cette dynamique d’externalisation, l’UE négocie actuellement un nouvel accord avec le Sénégal. En parallèle, l’agence s’appuie déjà sur des arrangements informels scellés en 2023, concrétisés par la nomination d’un officier de liaison dont le champ d’action s’étend au Sénégal, à la Mauritanie et à la Gambie.
Déployer une unité d’intervention rapide
Le projet prévoit également le déploiement d’une force de réaction rapide en cas d’afflux massif et soudain de migrants. En parallèle, une unité de veille numérique sera créée pour scruter les réseaux sociaux et anticiper les déplacements de grande ampleur.
Le dispositif vise à éviter le scénario de juillet dernier à Ceuta, où près de 90 000 migrants avaient forcé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole lors d’une tentative d’entrée massive.
Présentée mardi à l’issue du Collège des commissaires par Henna Virkkunen (sécurité) et Magnus Brunner (affaires intérieures), cette réforme s’accompagnera d’un effort financier majeur : le budget sur sept ans de Frontex doublera pour atteindre 12 milliards d’euros.
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