France : une plateforme accusée de ficher les musulmans, le gouvernement interpellé

France : une plateforme accusée de ficher les musulmans, le gouvernement interpellé
Sabrina Sebaihi

La question du fichage des musulmans en France s’est invitée au cœur du débat parlementaire. La députée écologiste Sabrina Sebaihi a interpellé officiellement le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, à propos d’une plateforme Internet issue de la mouvance d’extrême droite, accusée de cartographier mosquées, centres pour migrants et quartiers dits « sensibles ».

Il y a deux semaines, Sabrina Sebaihi avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur les réseaux sociaux. Elle avait signalé l’existence d’un site Internet qui permet de localiser, sur une carte interactive, des lieux associés à l’islam et à l’immigration en France. Pour la députée, il ne s’agit pas d’un simple outil informatif, mais d’un mécanisme dangereux de désignation et de stigmatisation.

La plateforme en question relaie notamment des messages évoquant la localisation des mosquées ou des centres d’accueil pour migrants, présentés comme des éléments à surveiller. Une démarche que la parlementaire juge lourde de conséquences dans un climat déjà marqué par la montée des tensions identitaires.

Sabrina Sebaihi interpelle à l’Assemblée nationale

Mercredi 21 janvier, Sabrina Sebaihi est revenue à la charge par la voie institutionnelle en posant une question orale au ministre de l’Intérieur à l’Assemblée nationale. Elle a dénoncé un processus qui dépasse largement le cadre de la liberté d’expression.

« L’extrême droite ne se contente plus d’attiser la haine de l’autre, désormais elle le cartographie méthodiquement », a-t-elle affirmé depuis l’hémicycle. Selon elle, le site superpose volontairement islam, immigration et danger, transformant une religion en facteur de risque.

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Les dangers du fichage religieux

Pour la députée écologiste, cette plateforme ne relève ni de la statistique ni de l’analyse objective. Elle parle clairement de fichage religieux. Une pratique qui, rappelle-t-elle, a toujours été un choix politique aux conséquences graves.

Sabrina Sebaihi s’inquiète d’un glissement inquiétant : une parole raciste qui ne reste plus symbolique, mais qui peut favoriser le passage à l’acte. Elle évoque un contexte marqué par la multiplication des crimes racistes et par une peur grandissante chez les personnes ciblées.

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Interroger la sécurité des citoyens musulmans

Face au ministre de l’Intérieur, la députée a posé une question directe et lourde de sens : « Peut-on vivre en sécurité en France lorsqu’on est musulman, noir ou arabe ? ». Pour elle, la banalisation de ce type d’outils fragilise le pacte républicain et met en danger une partie de la population.

Elle a rappelé que l’histoire a montré où mènent les pratiques de fichage fondées sur la religion ou l’origine, appelant les autorités à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Quelques jours après le premier signalement, l’Agence France-Presse a indiqué, le 8 janvier, que le ministre de l’Intérieur avait demandé aux services compétents d’étudier le dossier. L’affaire est actuellement en cours d’appréciation.

Si aucune décision n’a encore été annoncée, cette interpellation relance le débat sur les limites de la liberté numérique, la lutte contre l’extrémisme et la protection des citoyens contre les dérives de la haine en ligne. Un dossier sensible, qui pourrait marquer un tournant politique et juridique dans la lutte contre le fichage discriminatoire en France.

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