Le bassin permien qui a régné sans rival pendant vingt ans sur la production américaine de gaz de schiste montre ses premiers signes d’épuisement.
Wood Mackenzie (WoodMac), cabinet de conseil spécialisé dans l’énergie, le dit sans détour dans son étude intitulée « Le retour de l’industrie en amont à l’exploration mondiale du schiste ». Plus aucun gisement majeur de l’ampleur du Permien ne viendra renouveler la croissance américaine à court terme. Les majors comme ExxonMobil et Chevron doivent donc chercher ailleurs. Leur carte au trésor pointe vers six pays prioritaires. L’Algérie en fait partie.
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Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2012 et 2025, huit compagnies (ExxonMobil, Chevron, Shell, BP, ConocoPhillips, Marathon, EOG et APA) ont englouti 230 milliards de dollars pour acquérir et développer leurs positions dans le bassin permien. Les coûts ont baissé. Les rendements ont explosé. Mais le réservoir de nouvelles opportunités à court cycle s’est vidé. Autrement dit, il n’y a plus de nouveaux terrains vierges faciles à exploiter.
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WoodMac a dressé une short-list. Seules six régions du monde présentent à la fois un potentiel géologique sérieux et des conditions commerciales viables pour le schiste. Les voici :
- Émirats arabes unis
- Algérie
- Mexique
- Australie
- Turquie
- Indonésie
L’Algérie se distingue par un atout de taille. Il s’agit de sa proximité avec l’Europe. « Le pays recèle un potentiel exceptionnel et l’enjeu commercial réside dans les exportations par pipeline qui diversifient l’approvisionnement en gaz de l’Europe », souligne le cabinet. Le gaz algérien n’a pas besoin de traverser les zones maritimes sensibles du Golfe ou de la mer Rouge. Il file directement vers l’Italie, l’Espagne ou la France.
Savoir-faire nord-américain et gisements vierges : les conditions d’un décollage
La première vague d’exploration du schiste hors de l’Amérique du Nord n’a pas tenu ses promesses. À l’époque, les compagnies avaient étudié plus d’une centaine de gisements à travers le monde. Une dispersion trop large, sans stratégie resserrée, qui a fini par freiner les résultats.
D’après Wood Mackenzie, l’approche a changé depuis. Les acteurs de l’industrie se concentrent désormais sur une vingtaine de zones jugées prioritaires, avec une sélection plus stricte des pays considérés comme viables.
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Le cabinet estime que « le transfert du savoir-faire nord-américain en matière de schiste à l’étranger pourrait transformer certains marchés pétroliers et gaziers ». Dans ce schéma, l’Algérie dispose de réserves significatives, mais l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels nécessite des technologies spécifiques, notamment le forage horizontal et la fracturation multi-étages. Des techniques largement maîtrisées par les opérateurs américains, qui dominent aujourd’hui ce segment de l’industrie.
Course contre la montre : les Américains temporisent, les Chinois avancent
Sur le terrain, les rythmes diffèrent selon les partenaires. Sonatrach mène des discussions avec ExxonMobil depuis 2024. Chevron figure également parmi les candidats. À ce jour, aucun accord n’a encore été finalisé.
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D’autres acteurs avancent plus vite. L’été dernier, Sinopec a signé un accord avec Sonatrach pour évaluer le potentiel du bassin de Berkine dans le domaine des hydrocarbures non conventionnels.
British Petroleum, de retour sur le marché algérien après plusieurs années d’absence, pourrait également s’inscrire dans cette même dynamique.
Ce que WoodMac attend des pays hôtes : l’exemple argentin et saoudien, une preuve par l’échelle
WoodMac ne se contente pas de pointer du doigt les gisements prometteurs. Le cabinet énonce aussi les conditions de la réussite. « Lorsque les gouvernements hôtes aligneront le développement des énergies non conventionnelles sur la sécurité énergétique nationale et mettront en place des procédures réglementaires rapides, les investissements et l’expertise suivront », affirme Robert Clarke, vice-président de la recherche amont.
L’Argentine et l’Arabie saoudite ont montré la voie. Leurs projets Vaca Muerta et Jafurah produiront plus de 2,5 millions de barils équivalent pétrole par jour dans la prochaine décennie, pour 250 milliards de dollars d’investissements. La preuve que le schiste hors US peut fonctionner à grande échelle.
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Enfin, le Permien ne fournira plus aux majors américaines la croissance facile des vingt dernières années. WoodMac le dit clairement, l’avenir du schiste se joue ailleurs, dans six pays prioritaires, dont l’Algérie.
