À l’occasion du salon Djazagro 2026, qui s’est tenu du 12 au 15 avril 2026 au Palais des Expositions SAFEX, Danone Djurdjura Algérie a réaffirmé son ancrage dans le paysage agroalimentaire national et sa volonté de peser dans les débats stratégiques autour de la souveraineté alimentaire. Salon de référence en Algérie, Djazagro s’impose comme le rendez-vous annuel incontournable des professionnels, avec une offre internationale couvrant l’ensemble des segments de l’industrie : process et conditionnement, boulangerie-pâtisserie, produits alimentaires et boissons, ingrédients, restauration, logistique, hygiène, traçabilité et services.
Dans ce contexte, nous avons rencontré Monsieur Zakari Sayah, Responsable Corporate Affairs chez Danone Djurdjura Algérie, pour décrypter le rôle que joue l’entreprise dans la structuration de la filière laitière nationale. Entre ambitions d’intégration locale, accompagnement des éleveurs et défis structurels du secteur, cet entretien apporte un éclairage concret sur les dynamiques à l’œuvre et les marges de manœuvre réelles d’un acteur industriel face aux enjeux de production et de dépendance aux importations.
Après 25 ans de présence en Algérie, comment définissez-vous aujourd’hui le rôle de Danone Djurdjura Algérie dans la filière laitière nationale ?
Nous nous positionnons avant tout comme un acteur pionnier dans la structuration d’un réseau de collecte de lait organisé en Algérie. Dès 2006, nous avons mis en place un système de contractualisation avec des éleveurs partenaires, accompagné de la création de centres de collecte, appelés « maisons des éleveurs », répartis sur l’ensemble du territoire national.
Ce réseau permet d’organiser efficacement la collecte : les éleveurs livrent leur production aux centres, qui assurent ensuite l’acheminement du lait vers notre usine de production.
Nous sommes ainsi engagés durablement dans l’écosystème laitier national. Notre rôle dépasse la simple transformation de produits laitiers, car nous intervenons sur toute la chaîne de valeur, de l’amont agricole jusqu’au consommateur final, avec une logique de partenariat, de montée en compétences et de sécurisation de la filière.
Quel est aujourd’hui votre taux d’intégration en lait cru et comment évolue-t-il ?
Aujourd’hui, nous intégrons environ 80 % de lait cru dans nos produits finis. Ce lait occupe une place centrale dans notre modèle, notamment à travers le programme H’lib Dzair.
Le lait cru local apporte une réelle valeur ajoutée en termes de goût et de texture, et surtout de valeur nutritive, tout en permettant aux consommateurs d’accéder à des produits issus de lait collecté en Algérie.
Cependant, comme pour l’ensemble du secteur, le recours à la poudre de lait importée reste une réalité structurelle, liée à des contraintes de disponibilité, de saisonnalité et de coût.
Nous cherchons donc à rééquilibrer progressivement ce mix en faveur du lait cru local, dans des conditions économiquement et techniquement soutenables. La progression est d’ailleurs significative, nous sommes passés de 40 % d’intégration en 2014 à 80 % aujourd’hui, avec l’ambition de poursuivre cette dynamique à long terme.
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Que représente concrètement le programme H’lib Dzair dans votre stratégie et pour la filière ?
Le programme H’lib Dzair constitue le socle structurant de notre collecte de lait organisée. Lancé pour répondre aux difficultés identifiées sur le terrain, manque de formation, contraintes techniques et faible rentabilité, il vise à accompagner les éleveurs dans la durée.
Il repose sur plusieurs leviers, notamment la formation aux bonnes pratiques, l’amélioration de l’alimentation du cheptel, l’accompagnement technique et vétérinaire, la sensibilisation à la qualité du lait et à la traçabilité, ainsi que le soutien à l’investissement.
Nous avons également déployé des techniciens spécialisés qui interviennent directement sur le terrain à l’échelle nationale. Aujourd’hui, nous travaillons avec plus de 1 000 éleveurs, organisés autour de 26 centres de collecte. Les impacts sont concrets, il s’agit particulièrement de l’amélioration progressive de la qualité du lait et la meilleure stabilité des revenus des éleveurs.
Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés auxquelles font face les éleveurs ?
Les défis restent importants et tiennent principalement à des contraintes structurelles, notamment l’accès à l’alimentation animale, la volatilité du coût des fourrages, la gestion de l’eau, les aléas climatiques et les maladies bovines.
Pour y répondre, nous avons notamment mis en place des partenariats avec des producteurs de fourrage afin de stabiliser les coûts et limiter l’impact des fluctuations saisonnières sur les exploitations.
Où en êtes-vous dans le déploiement de l’agriculture régénératrice en Algérie ?
Nous sommes encore dans une phase d’exploration, avec l’identification de fermes pilotes que nous accompagnons à travers des audits et des actions ciblées.
Notre approche est pragmatique, nous nous appuyons sur des référentiels internationaux tout en les adaptant aux réalités locales, qu’elles soient climatiques, économiques ou sociales.
Nous suivons notamment des indicateurs liés à la santé des sols, à l’efficacité de l’utilisation de l’eau, au bien-être animal et à la résilience économique des exploitations.
Quels leviers permettraient de réduire durablement la dépendance aux importations de lait, et quels en sont les principaux freins ?
La réduction de cette dépendance repose sur plusieurs leviers, notamment l’augmentation de la productivité locale, l’amélioration génétique et alimentaire des troupeaux, ainsi que la structuration de la collecte et la sécurisation économique des éleveurs.
Les freins demeurent toutefois structurels, liés aux contraintes climatiques, à la disponibilité de l’eau, au coût des intrants, à la volatilité des prix de l’alimentation animale et à la fragmentation de l’amont agricole.
Quel rôle doivent jouer respectivement les pouvoirs publics et les industriels ?
L’État joue évidemment un rôle central de stratège et de facilitateur, à travers les dispositifs de soutien à la filière. Les industriels, de leur côté, doivent investir, assurer le transfert de compétences et s’inscrire dans une logique de partenariat durable avec les éleveurs. La réussite repose sur une coordination étroite entre l’ensemble des acteurs.
Comment voyez-vous évoluer la filière laitière algérienne dans les prochaines années ?
Nous anticipons une filière davantage professionnalisée, avec un amont mieux structuré, pour mieux faire face aux contraintes économiques et climatiques fortes.
Notre objectif est clair : renforcer l’intégration locale tout en maintenant un haut niveau de performance industrielle. Les deux sont indissociables pour Danone Djurdjura Algérie afin de garantir une durabilité économique réelle.
Envisagez-vous de nouveaux relais de croissance, notamment à l’international ?
Nous avons effectivement exprimé notre volonté de nous orienter vers l’export. En marge de notre participation au Salon du lait et des fromages à Tizi Ouzou, nous avons échangé à ce propos avec le ministre du Commerce extérieur et de la promotion des exportations, Monsieur Kamel Rezig, autour de cette ambition.
Nous ciblons notamment des marchés comme le Niger et la Libye, dans une logique de contribution à la dynamique portée par les pouvoirs publics vers les marchés africains. Il s’agit pour nous de valoriser le savoir-faire local au-delà du marché national.

Entretien avec M. Kamel Rezig, Ministre du Commerce extérieur et de la promotion des exportations lors du salon national des fromages et des produits laitiers à Tizi Ouzou.
Quel rôle joue Danone Djurdjura Algérie dans le développement des talents locaux ?
L’entreprise compte aujourd’hui plus de 800 collaborateurs, dont 99 % sont algériens. Nous investissons dans la formation et le développement des compétences locales, avec une volonté de contribuer durablement à l’écosystème national.
Danone Djurdjura Algérie constitue ainsi un véritable vivier de compétences, ce qui représente une réelle fierté pour nous. Cette dynamique s’inscrit également dans une démarche structurée, reconnue à travers la certification Top Employer obtenue en 2025, ainsi que le label B Corp décroché en 2024, qui atteste de notre engagement en matière de performance sociale et environnementale.
Par ailleurs, nous participons activement à des initiatives, notamment des incubateurs industriels, permettant à des étudiants spécialisés de développer leurs projets au sein même de l’entreprise, contribuant ainsi à renforcer l’écosystème d’innovation local.
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Que représente votre participation au salon Djazagro ?
Le salon Djazagro constitue une opportunité stratégique pour renforcer les liens avec nos partenaires et fournisseurs, et développer de nouvelles synergies. Il s’agit également d’un moment privilégié pour renforcer le contact avec nos partenaires, travailler avec eux sur des projets en cours, mais aussi initier de futurs projets de développement.
Ce rendez-vous reste un salon couronné de succès, qui conserve un fort dynamisme et joue un rôle de plateforme d’échanges entre industriels, favorisant l’émergence de nouvelles synergies et collaborations.
Le salon Djazagro a également été l’occasion de mettre en avant les réalisations et les progrès de l’entreprise, rappelant qu’elle affiche aujourd’hui 80 % d’intégration en lait cru et environ 70 % d’intégration locale sur certaines matières premières, notamment les emballages.
Par ailleurs, Danone Djurdjura Algérie valorise également sa certification B Corp, un label qui atteste du respect de normes élevées en matière sociale, environnementale et de durabilité. Cette reconnaissance s’inscrit dans une démarche plus large, soutenue notamment par des programmes comme H’lib Dzair, ainsi que par des certifications de qualité telles que la FSSC 22000, sans oublier les engagements en matière de recyclage et d’amélioration continue des pratiques industrielles.
À propos de Danone Djurdjura Algérie
Née en 2001 de la fusion entre Danone et la laiterie Djurdjura, Danone Djurdjura Algérie s’inscrit dans une mission claire, apporter une alimentation saine au plus grand nombre et contribuer au développement d’une filière laitière locale structurée.
Pionnière dans l’organisation de la collecte de lait en Algérie, l’entreprise a déployé dès 2006 un réseau structuré d’éleveurs partenaires et de centres de collecte, appelés « maisons des éleveurs », répartis sur l’ensemble du territoire national. Ce dispositif a permis de renforcer à la fois les volumes et la qualité du lait collecté, tout en professionnalisant progressivement les acteurs de l’amont agricole.
Dans cette dynamique, Danone Djurdjura Algérie a lancé le programme H’lib Dzair, conçu comme un levier d’accompagnement des éleveurs à travers la formation, l’appui technique et vétérinaire, l’amélioration de l’alimentation du cheptel, ainsi que le soutien aux investissements. Ce programme vise à structurer durablement la filière et à renforcer la stabilité économique des exploitations partenaires.
L’entreprise travaille aujourd’hui avec plus de 1 000 éleveurs à travers 26 centres de collecte, et affiche un taux d’intégration d’environ 80 % en lait cru, témoignant de la montée en puissance de la production locale dans son modèle industriel. Danone Djurdjura Algérie s’appuie également sur un réseau de plus de 800 collaborateurs, majoritairement algériens, avec un fort engagement en faveur de la formation, de l’insertion des jeunes diplômés et du développement des compétences locales.
