Faux contrats, vrais milliards : chute d’un escroc se faisant passer pour influent à la Présidence

Faux contrats, vrais milliards : chute d’un escroc se faisant passer pour influent à la Présidence
Tribunal Dar El-Beïda

Le tribunal criminel de Dar El Beïda a prononcé, ce dimanche, une peine de 10 ans de prison ferme à l’encontre d’un ingénieur en informatique. Ce dernier a été reconnu coupable de falsification et d’usage de faux dans des documents officiels, d’usurpation de fonction réglementée et d’escroquerie.

Selon le média « Ennahar », l’enquête a révélé que le mis en cause a escroqué des dizaines de victimes, dont cinq étaient présentes à l’audience. Écarté de ses fonctions de directeur des ressources générales au sein d’une haute institution souveraine en 2001, il a exploité ce poste pour orchestrer une série d’arnaques, ce qui lui a valu d’être poursuivi devant plusieurs tribunaux et la cour d’Alger, avec des condamnations par contumace pour des affaires similaires.

Par ailleurs, le parquet de la République près le tribunal de Bir Mourad Raïs avait lancé un appel au public afin de faciliter sa localisation et son arrestation, après avoir établi qu’il ciblait aussi bien des fonctionnaires que des commerçants privés. L’accusé proposait de faux marchés d’une valeur de plusieurs milliards de centimes, s’appuyant sur des documents falsifiés, notamment des contrats de vente et des cachets officiels contrefaits.

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Les affaires détaillées

Dans le détail, les débats ont mis en lumière qu’il a escroqué son ancien professeur universitaire à Bab Ezzouar, originaire de Jijel, pour un montant de 1,8 milliard de centimes à travers deux transactions fictives. Il lui avait fait croire qu’il disposait d’un acte de propriété foncière portant le cachet de l’ancien wali de Jijel, obtenant ainsi une première somme de 150 millions de centimes. Par la suite, il lui a soutiré davantage d’argent dans le cadre d’un prétendu achat de 15 véhicules mis aux enchères par la Présidence de la République. Pour appuyer ses dires, il lui avait présenté plusieurs documents portant des sceaux et cachets de hautes autorités de l’État.

L’accusé a appliqué le même mode opératoire avec d’autres victimes, notamment un commerçant en matériel informatique, ainsi qu’un autre négociant en pièces de rechange. Ce dernier a été convaincu d’investir 3,5 milliards de centimes dans une supposée acquisition de téléphones mobiles de type iPhone destinés au personnel de la Présidence, sur la base de bons de commande falsifiés au nom de cette institution.

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Les conséquences et l’arrestation

Les investigations ont été ouvertes le 4 août 2025, à la suite d’informations signalant qu’un individu se prévalait d’une influence au sein de la Présidence pour escroquer des citoyens. L’arrestation du suspect a permis la saisie, à son domicile, d’un ordinateur portable, d’un matériel informatique, d’une imprimante utilisée pour la falsification, ainsi que de trois cachets à son nom et au nom de son entreprise spécialisée dans le développement informatique.

Les enquêteurs ont également perquisitionné un appartement situé dans la commune de Bir Mourad Raïs, appartenant à une autre victime, un professeur universitaire. L’enquête a révélé que l’accusé entretenait une relation amicale avec l’un des plaignants depuis 2021, sous couvert de prestations informatiques dans son commerce de pièces automobiles.

Ce dernier a déclaré l’avoir revu en 2024, après une période d’absence durant laquelle l’accusé lui avait affirmé avoir été en poste en Bulgarie en tant qu’ambassadeur d’Algérie. Il lui avait ensuite assuré travailler à la résidence Djenane El-Mithak, relevant de la Présidence, en qualité de responsable du réseau informatique, et négocier un marché de téléphones intelligents.

Il lui a ainsi proposé de financer l’achat de 21 smartphones haut de gamme à hauteur de 150 millions de centimes en décembre 2024, promettant un bénéfice de 100 millions. La victime a accepté et lui a remis la somme en plusieurs tranches, formalisées par un contrat de dépôt chez un notaire, en échange de documents falsifiés portant l’emblème de la Présidence.

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Des opérations d’escroquerie estimées à des milliards

Selon ce même témoin, l’accusé a continué à différer le remboursement jusqu’en février 2025, avant de lui proposer une nouvelle affaire portant sur la vente aux enchères de 15 véhicules de luxe appartenant à la Présidence, évaluée à 4,8 milliards de centimes, avec un rendement annoncé de 10 %.

Il lui a alors demandé de verser 480 millions de centimes, lui promettant l’immatriculation de huit véhicules à son nom. Pour le convaincre, il lui a présenté de nouveaux documents falsifiés, accompagnés de correspondances prétendument émanant des services de la Présidence et relatifs à la gestion du parc automobile officiel.

Plus grave encore, l’accusé a exhibé des avis de dépôt signés et cachetés, mentionnant les caractéristiques des véhicules ainsi que le numéro de compte de la Présidence, en plus de huit ordres de paiement comportant différents montants.

Lors du procès, plusieurs victimes ont détaillé les stratagèmes utilisés, à commencer par son ancien professeur à l’Université Houari Boumediene, qu’il avait trompé en lui soutirant 150 millions de centimes sous prétexte qu’un oncle travaillait à la Présidence pouvait l’aider à acquérir un terrain à El Aouana. Il avait même simulé un appel téléphonique avec ce prétendu oncle avant de lui remettre, une semaine plus tard, un faux acte de cession établi à son nom.

L’accusé avait également proposé à cette même victime l’achat de deux véhicules de luxe contre un versement de 25 millions de centimes, présenté comme frais de séjour au Club des Pins.