Faut-il destituer Bouteflika pour incapacité : Yahia Abdenour demande l’application de l’article 88

Faut-il destituer Bouteflika pour incapacité : Yahia Abdenour demande l’application de l’article 88
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Faut-il destituer le président Abdelaziz Bouteflika en invoquant l’article 88 de la constitution ? Pour les animateurs de la CNCD (Coordination nationale pour le changement et la démocratie), la question est désormais posée.

Ali Yahia Abdenour, porte-parole de la CNCD, a explicitement mis la question sur la table lors d’une conférence de presse tenue dimanche 24 avril à Alger.

« Lors de son discours, le président a donné une image pathétique d’une personne usée par la maladie, incapable d’assurer sa fonction. L’article 88 est peut-être la solution », explique Ali Yahia Abdenour.

La loi fondamentale du pays amendée en décembre 1996 par Liamine Zeroual puis en novembre 2008 par Abdelaziz Bouteflika stipule dans son article 88 que « lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil Constitutionnel, se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. »

Si l’état de santé vrai du président Bouteflika reste entouré d’une stricte confidentialité tant il relève du secret d’Etat, sa capacité avérée à assumer ses fonctions ne constitue plus désormais un sujet tabou.

« Si le président de la République est reconnu comme ne pouvant pas assurer ses fonctions, ce sera à l’armée de prendre sa responsabilité », a tranché Ali Yahia Abdenour.

Ce scénario rappelle la déposition de l’ancien président tunisien Habib Bourguiba en novembre 1987 par Zine El Abidine Ben Ali.

Le 7 novembre 1987, le Premier ministre Ben Ali avait déposé le président à vie Habib Bourguiba en convoquant un panel de médecins qui ont conclu à l’« incapacité physique et mental » du vieux Bourguiba à assumer ses fonctions. L’affaire a été pliée en deux trois mouvements.

Un tel scénario est-il susceptible de se reproduire en Algérie ? Rien n’est moins sûr.

Paradoxalement, c’est le clan du président qui, en décidant de le faire apparaitre amoindri devant des millions d’Algériens, aura fournit à ses opposants les arguments idoines pour réclamer son départ précipité.

Vendredi 15 avril, le chef de l’Etat algérien était apparu très affaiblit lors d’un discours à la nation au cours duquel il avait annoncé des reformés politiques sans en fixer un calendrier.

La voix éteinte, le visage pâle, les épaules voutées, les gestes des mains lents et parfois hésitants, le président Bouteflika a livré une image pathétique de sa personne tant et si bien que sa prestation télévisée donnait peine à voir.

Curieusement, celle-ci a fini par susciter de la pitié même auprès des détracteurs les plus acharnés du chef de l’Etat.

L’exercice devant la caméra était devenu tellement difficile pour Bouteflika que le protocole a dû interrompre l’enregistrement à plusieurs reprises pour lui permettre de reprendre son souffle, couper et réenregistrer les scènes qui pouvaient êtres embarrassantes pour l’image présidentielle.

L’autre détail et non des moindres qui a retenu l’attention des téléspectateurs et des observateurs est le fait que ce discours lu par Bouteflika avait été transcris en gros caractère.

Pour permettre au président de lire cette allocution, le protocole a donc dû l’imprimer sur 44 feuillets, ce qui laisse supposer que chaque feuillet contenait entre dix et douze lignes. Pas plus.

Ce pose alors une question cruciale, celle-là même qui permet aujourd’hui plus qu’hier aux opposants d’évoquer l’incapacité physique président de la République à assumer convenablement et pleinement ses fonctions : les documents qui lui sont transmis quotidiennement (paraphes, notes, synthèses de ses collaborateurs et autres correspondances officielles) sont-ils tous imprimés en gros caractère comme c’était le cas avec le discours du vendredi 15 avril ?

Ce discours imprimé en gros caractère est-il une exception ou bien l’état de santé du président s’est tellement dégradé au cours des derniers mois qu’il oblige son protocole à imprimer tous les documents en gros caractère?

Ces interrogations sont d’autant plus embarrassante pour le clan présidentiel que le chef de l’Etat n’est même pas arrivé à mi-terme de son troisième mandat.

Agé de 74 ans, Abdelaziz Bouteflika qui a été opéré en 2005 d’un ulcère hémorragique à Paris, a été réélu en avril 2009 à un troisième mandat. Depuis, ses apparitions publiques se font de plus en rares.

Affaiblit par la maladie, affecté par la disparition de ses proches, le président a dû alléger son agenda au point où il se rend de moins au moins à son bureau de la présidence à El Mouradia, séjournant davantage dans son appartement privé sur les hauteurs d’Alger ou dans la résidence d’Etat de Zéralda, sur le littoral ouest de la capitale.

Même les Conseils des ministres se sont espacés au fil des ans à tel point qu’on les compte sur les dix doigts de la main depuis sa réélection en avril 2009.

Le contraste entre ses éclipses prolongées et ses soudaines réapparitions plus au moins « en forme » lors de sorties publiques (audiences accordées à ses hôtes ou tournées d’inspection à l’intérieur du pays comme ce fut le cas récemment à Tamanrasset et à Tlemcen) laisserait supposer que le président subirait des traitements thérapeutiques particuliers afin d’atténuer les effets de sa maladie et de le maintenir en état d’exercer ses fonctions.

D’aucuns parleraient même d’acharnement thérapeutiques.

Maintenant qu’Ali Yahia Abdenour a mis les pieds dans le plat, la question ne manquera pas de revenir sur le devant de la scène dans les semaines ou les mois qui viennent.

Ce que dit l’article 88 de la constitution algérienne :

Art. 88.__ Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil Constitutionnel, se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement.

Le Parlement siégeant en chambres réunies déclare l’état d’empêchement du Président de la République, à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres et charge de l’intérim du Chef de l’Etat, pour une période maximale de quarante cinq (45) jours, le Président du Conseil de la Nation, qui exerce ses prérogatives dans le respect des dispositions de l’article 90 de la Constitution.

En cas de continuation de l’empêchement à l’expiration du délai de quarante cinq (45) jours, il est procédé à une déclaration de vacance par démission de plein droit, selon la procédure visée aux alinéas ci-dessus et selon les dispositions des alinéas suivants du présent article.

En cas de démission ou de décès du Président de la République, le Conseil Constitutionnel se réunit de plein droit et constate la vacance définitive de la Présidence de la République. Il communique immédiatement l’acte de déclaration de vacance définitive au Parlement qui se réunit de plein droit.

Le Président du Conseil de la Nation assume la charge de Chef de l’Etat pour une durée maximale de soixante (60) jours, au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées.

Le Chef de l’Etat, ainsi désigné, ne peut être candidat à la Présidence de la République. En cas de conjonction de la démission ou du décès du Président de la République et de la vacance de la Présidence du Conseil de la Nation pour quelle que cause que ce soit, le Conseil Constitutionnel, se réunit de plein droit et constate à l’unanimité la vacance

définitive de la Présidence de la République et l’empêchement du Président du Conseil de la Nation. Dans ce cas, le Président du Conseil Constitutionnel assume la charge de Chef de l’Etat dans les conditions fixées aux alinéas précédents du présent article et à l’article 90 de la Constitution. Il ne peut être candidat à la Présidence de la République.